Tensions diplomatiques entre Madrid et Caracas sur fond de critique du régime de Maduro
Le Venezuela a rappelé son ambassadrice en Espagne pour des consultations suite aux déclarations de la ministre espagnole de la Défense concernant la « persécution » et la « limitation des droits fondamentaux » des opposants politiques du régime de Nicolás Maduro.
Le Venezuela a rappelé son ambassadrice en Espagne pour des consultations, ce vendredi 13 septembre, suite aux déclarations de la ministre espagnole de la Défense Margarita Robles (PSOE, Socialistes et Démocrates européens) concernant la « persécution » et la « limitation des droits fondamentaux » des opposants politiques du régime de Nicolás Maduro.
Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Yván Gil, a indiqué jeudi 12 septembre, que le Venezuela avait rappelé son ambassadrice en Espagne, Gladys Gutiérrez, pour des consultations urgentes.
Par ailleurs, il a annoncé que l’ambassadeur d’Espagne au Venezuela, Ramón Santo, devra également se présenter au ministère des Affaires étrangères à Caracas ce vendredi.
Cette manœuvre diplomatique fait suite aux commentaires de la ministre Margarita Robles après l’arrivée à Madrid dimanche 8 septembre du leader de l’opposition vénézuélienne, Edmundo González Urrutia, qui s’est vu accorder l’asile politique par l’Espagne.
La ministre a déclaré que l’homme politique faisait l’objet d’une persécution judiciaire, une pratique utilisée par le régime de Nicolás Maduro contre de « très nombreux » dissidents, ce qui est « inacceptable et inadmissible ».
Selon le régime de Nicolás Maduro, les déclarations de la ministre espagnole de la Défense « soulignent une détérioration des relations entre les deux pays ».
José Manuel Albares (PSOE), ministre espagnol des Affaires étrangères, a quant à lui tenté de désamorcer les tensions.
Dans une interview diffusée par la radio publique espagnole (RNE) vendredi, le ministre a assuré que le rappel de l’ambassadeur espagnol à Caracas était une « décision souveraine » du gouvernement de Nicolás Maduro.
D’autre part, il a assuré que Madrid répondrait à la mesure de Caracas en essayant de rechercher « les meilleures relations possibles » avec le peuple vénézuélien, avec lequel l’Espagne a des liens historiques et économiques forts.
« La convocation d’un ambassadeur et la demande de consultations sont des décisions souveraines de chaque État, et il n’y a donc rien à commenter », a souligné José Manuel Albares.
En ce qui concerne les déclarations controversées de la ministre de la Défense, le ministre a déclaré qu’il n’était « pas un professeur de droit constitutionnel ou un politologue » pour spéculer à ce sujet.
« Nous, les ministres des Affaires étrangères, sommes les derniers qui devraient utiliser n’importe quel type d’adjectif. Le Venezuela est un pays frère », a déclaré ce dernier à la radio RNE.
Les tensions politiques entre l’Espagne et le Venezuela ont atteint leur paroxysme cette semaine après que le parlement espagnol a adopté une motion non contraignante, mercredi 11 septembre, appelant le Premier ministre Pedro Sánchez (PSOE) à reconnaître la victoire d’Edmundo González Urrutia lors des élections du 28 juillet au Venezuela — une motion rejetée par les forces de gauche espagnoles.
La position officielle de l’Espagne sur la crise vénézuélienne s’aligne sur celle de l’UE. Bruxelles et une grande partie de la communauté internationale exigent que Caracas fournisse les procès verbaux électoraux confirmant la victoire autoproclamée de Nicolás Maduro.
Une éventuelle rupture des relations politiques et commerciales entre l’UE et le Venezuela aurait de graves conséquences pour les deux parties, en particulier pour l’Espagne.
En 2022, l’Espagne était la troisième destination des exportations vénézuéliennes, avec un total de 518 millions de dollars (468 millions d’euros), dont près de 85 % provenaient des ventes de pétrole. Une soixantaine d’entreprises espagnoles issues d’un large éventail de secteurs opèrent actuellement au Venezuela, notamment dans les secteurs du tourisme, de la finance (comme la banque BBVA) et de l’aviation (comme les entreprises Iberia et Air Europa).
[Édité par Anne-Sophie Gayet]