Tensions Serbie-Kosovo : l’UE convoque une réunion d’urgence

Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a exhorté les dirigeants du Kosovo et de la Serbie à désamorcer immédiatement les tensions après les affrontements dans le nord du Kosovo qu’il a qualifiés d’« inacceptables ».

Euractiv.com
High tensions continue after newly elected mayors took office in northern Kosovo
« J’ai demandé aux deux parties de prendre de toute urgence des mesures pour désamorcer les tensions immédiatement et inconditionnellement », a déclaré Josep Borrell. [EPA-EFE/GEORGI LICOVSKI]

Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a exhorté, ce mardi (30 mai), les dirigeants du Kosovo et de la Serbie à désamorcer immédiatement les tensions après les affrontements dans le nord du Kosovo qu’il a qualifiés d’« inacceptables ».

M. Borrell a déclaré qu’il s’était entretenu au téléphone avec le Premier ministre kosovar, Albin Kurti, et le président serbe, Aleksandar Vučić, pour leur demander d’éviter toute « nouvelle action unilatérale ».

« J’ai demandé aux deux parties de prendre de toute urgence des mesures pour désamorcer les tensions immédiatement et inconditionnellement », a déclaré M. Borrell aux journalistes à Bruxelles.

Les Serbes, qui représentent environ 6 % de la population du Kosovo, ont boycotté les élections du mois dernier dans les villes du nord, où ils sont majoritaires, ce qui a permis aux citoyens d’origine albanaise de prendre le contrôle des conseils locaux malgré un faible taux de participation de moins aux élections.

De nombreux Serbes du nord du Kosovo exigent le retrait des forces de police kosovares et des maires d’origine albanaise, qu’ils ne considèrent pas comme leurs représentants.

Cette situation a déclenché les violences observées ces derniers jours. Des manifestants serbes ont par exemple tenté d’entrer de force dans la mairie de Zveçan lundi, mais ils ont été repoussés par la police du Kosovo qui a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule.

La force de maintien de la paix de l’OTAN (KFOR) a tenté de séparer les manifestants de la police, mais a ensuite commencé à disperser la foule à l’aide de boucliers et de matraques. Les manifestants serbes ont réagi en lançant des pierres, des bouteilles et des cocktails Molotov sur les soldats, faisant environ une trentaine de blessés.

À Bruxelles, M. Borrell a déclaré que les autorités kosovares devaient suspendre les opérations de police axées sur les bâtiments municipaux dans le nord du Kosovo et que les manifestants serbes devaient se retirer.

L’UE, a-t-il averti, « discute des mesures qui peuvent être prises si les parties continuent de résister aux mesures proposées en vue d’une désescalade ».

L’escalade entre la Serbie et son ancienne province, qui a déclaré son indépendance en 2008, survient trois mois après que les deux parties sont parvenues à un accord sur la mise en œuvre d’un accord soutenu par l’UE visant à normaliser leurs relations.

« L’UE attend des parties qu’elles agissent de manière responsable et s’engagent immédiatement dans le dialogue facilité par l’UE afin de trouver une solution durable à la situation dans le nord du Kosovo, qui garantira la sûreté et la sécurité de tous les citoyens et ouvrira la voie à la mise en œuvre du nouvel accord sur la voie de la normalisation [des relations entre les deux pays] », a déclaré M. Borrell dans un communiqué publié séparément.

« Pour cela, je travaille à l’organisation d’une réunion d’urgence pour un dialogue de haut niveau soutenue par le représentant spécial de l’UE [pour la normalisation des relations] Miroslav Lajčák », a-t-il ajouté, sans préciser de date pour cette réunion.

L’UE a également indiqué qu’elle avait envoyé le secrétaire général adjoint du Service diplomatique de l’UE (SEAE), Charles Fries, au Kosovo, où lui et la mission sur l’État de droit de l’UE au Kosovo rendront compte à M. Borrell « de la situation sur le terrain ».

La France condamne également les violences

Dans un communiqué publié lundi, le ministère français des Affaires étrangères et de l’Europe a exprimé « sa pleine solidarité avec les soldats de la mission KFOR dont plusieurs membres ont été blessés » et a déclaré que la France « condamne ces violences avec la plus grande fermeté ».

Paris appelle également les parties, et « en particulier le gouvernement du Kosovo », à prendre les mesures nécessaires en vue de réduire les tensions.

La France estime qu’il est intolérable que la stabilité régionale soit mise en danger « dans un contexte aussi critique sur le plan international », qualifiant la situation de « question de sécurité européenne ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]