« Terroristes de TikTok » : des adolescents européens s’en prennent à Taylor Swift

Le projet d’attentat terroriste djihadiste déjoué qui visait les concerts de Taylor Swift à Vienne illustre la menace terroriste croissante émanant d’adolescents européens radicalisés, que les experts imputent aux réseaux sociaux.

Euractiv.com
Taylor Swift | The Eras Tour – Munich, Germany
Taylor Swift se produit sur scène lors de la tournée « Taylor Swift | The Eras Tour » à l’Olympiastadion le 27 juillet 2024 à Munich, Allemagne. [Thomas Niedermueller/TAS24/Getty Images for TAS Rights Management]

Le projet d’attentat terroriste djihadiste déjoué qui visait les concerts de Taylor Swift à Vienne illustre la menace terroriste croissante émanant d’adolescents européens radicalisés, que les experts imputent aux réseaux sociaux.

Mercredi 7 août, les concerts de la célèbre chanteuse américaine Taylor Swift, prévus à Vienne dans le cadre de sa tournée mondiale « Eras Tour », ont été annulés après que les autorités ont identifié un projet d’attentat terroriste.

Selon le ministère de l’Intérieur autrichien, la police a depuis arrêté deux suspects, âgés de 19 et 17 ans, dont l’un avait prêté allégeance à l’État islamique et a avoué avoir planifié un attentat-suicide aux abords de la salle de concert.

Ces arrestations s’inscrivent dans une tendance européenne plus large de radicalisation des jeunes sur les réseaux sociaux, affirment les experts.

« Les projets et les attaques djihadistes ont augmenté de façon spectaculaire au cours des dix derniers mois », a écrit Peter Neumann, expert en sécurité au King’s College de Londres, sur X.

« Près des deux tiers des suspects [dans les cas documentés] étaient des adolescents — comme c’est maintenant le cas à Vienne, mais certains d’entre eux étaient beaucoup plus jeunes », a-t-il poursuivi, estimant qu’il s’agit d’une « évolution qui touche l’ensemble de l’Europe ».

Les médias autrichiens ont souligné les parallèles avec plusieurs complots récemment déjoués dans le pays, et imputés à des adolescents.

L’expert en sécurité a établi des liens entre les attentats et l’utilisation des réseaux sociaux, puisque 15 des 27 tentatives d’attentats ou attentats concrétisés en Europe occidentale depuis octobre 2023 impliquaient la radicalisation d’adolescents en ligne, d’après ses calculs.

« Je les appelle les “djihadistes de TikTok”, bien qu’il ne s’agisse pas seulement de TikTok », a ajouté Peter Neumann, évoquant les jeunes utilisateurs de la plateforme vidéo et leur exposition à des contenus basés sur des algorithmes, mentionnant également le service de messagerie instantanée cryptée Telegram.

Toutefois, les directives communautaires de TikTok interdisent les messages qui promeuvent ou soutiennent des organisations extrémistes violentes. Euractiv a contacté TikTok pour obtenir des informations, mais à l’heure de la publication, l’entreprise chinoise n’a pas répondu.

Taylor Swift est très présente sur les réseaux sociaux, avec plus d’un demi-milliard d’abonnés sur diverses plateformes. Les observateurs et les citoyens du net ont également fait le lien entre les islamistes qui ciblent ses concerts et sa popularité auprès des femmes et des jeunes filles.

Elle n’est pas la seule pop star à être une cible lors de ses déplacements en Europe. En mai 2017, un kamikaze avait tué 21 personnes, principalement des femmes et des jeunes filles, lors d’un concert de la pop star américaine Ariana Grande à Manchester, au Royaume-Uni.

Les autorités en alerte

Les autorités européennes ont depuis longtemps pris note du risque terroriste émanant des adolescents et de leur utilisation des réseaux sociaux.

Lors d’une conférence de presse sur les menaces qui pesaient sur la sécurité du Championnat d’Europe de football 2024 en Allemagne, en juin, le ministre de l’Intérieur du Land de Rhénanie-du-Nord–Westphalie, Herbert Reul, avait mis en garde contre cette tendance.

« En Rhénanie-du-Nord–Westphalie, les quatre ou cinq derniers [cas de terrorisme que nous avons découverts] étaient tous des jeunes de 14, 15 ou 16 ans », avait déclaré l’ancien eurodéputé aux journalistes.

Les services de messagerie instantanée et les réseaux sociaux permettent de créer des liens dans toute l’Europe, a-t-il ajouté. Dans une affaire récente, quatre adolescents allemands accusés d’avoir planifié un attentat à la bombe à caractère islamiste ont été identifiés comme ayant été en contact avec des adolescents soupçonnés d’avoir participé à une affaire similaire en Suisse.

Herbert Reul a insisté sur la nécessité de nouveaux pouvoirs législatifs pour surveiller les activités en ligne : « Nous avons besoin de plus d’informations sur ce qui se passe en ligne, car les élaborations se font en ligne ».

Se battre contre des moulins à vent

La Commission européenne s’est déjà attaquée à la diffusion de contenus illégaux ou violents sur des plateformes telles que TikTok, par l’intermédiaire du règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), entré en vigueur l’année dernière.

Le DSA et la règlementation antiterroriste de l’UE leur imposent de freiner la diffusion de ces contenus en rationalisant et en supprimant les contenus problématiques. Si l’objectif est difficile à atteindre compte tenu de la grande quantité de contenus, TikTok a malgré tout supprimé plus de 150 millions de vidéos douteuses rien qu’au cours du premier trimestre 2024.

La Commission enquête actuellement sur les violations potentielles du DSA par TikTok dans plusieurs domaines, notamment en ce qui concerne les contenus illégaux et la protection des enfants. Cette semaine, elle a réglé une autre affaire dans laquelle TikTok a suspendu un programme de récompenses qui entraînait la dépendance des utilisateurs.

[Édité par Anna Martino]