Tous les regards se tournent vers la BCE
Aujourd'hui (8 août), la Banque centrale européenne devrait acheter des obligations d'Etat italiennes pour soutenir la troisième économie de la zone euro et calmer les marchés jusqu'à ce que le propre fonds de sauvetage de la zone puisse prendre le relais.
Aujourd'hui (8 août), la Banque centrale européenne devrait acheter des obligations d'Etat italiennes pour soutenir la troisième économie de la zone euro et calmer les marchés jusqu'à ce que le propre fonds de sauvetage de la zone puisse prendre le relais.
Des sources à la BCE ont déclaré que la Banque centrale déciderait d'acheter ou non des obligations italiennes pour empêcher la crise de la dette de se propager lors d'une conférence téléphonie à 1700 GMT.
Tandis que les banques centrales s'entretenaient de la crise, l'Allemagne et la France ont publié un communiqué affirmant que le fonds de sauvetage de la zone euro serait bientôt apte à acheter des obligations d'Etat italiennes, espagnoles, grecques, portugaises et irlandaises.
Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, souhaite que le Conseil des gouverneurs prenne une décision finale sur l'achat du papier italien, dans la mesure où le premier ministre, Silvio Berlusconi, a annoncé vendredi de nouvelles mesures visant à accélérer la réduction du déficit et la mise en œuvre des réformes, a expliqué une source.
« M. Trichet veut que le Conseil des gouverneurs prenne une décision finale sur l'achat d'obligations italiennes. Si le Conseil des gouverneurs donne son accord, l'Eurosystème commencera dès lundi », a affirmé cette source de la BCE qui a préféré conserver l'anonymat.
Une autre source a déclaré que le Conseil envisagerait également d'injecter des liquidités pour éviter un gel des marchés monétaires.
L'Eurosystème comprend la BCE et les Banques centrales nationales des 17 pays qui utilisent la monnaie unique.
La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Nicolas Sarkozy, ont affirmé qu'ils s'engageaient à obtenir l'approbation de leur parlement pour l'attribution de nouveaux pouvoirs au Fonds européen de stabilité financière d'ici la fin du mois de septembre.
Cela permettra au FESF d'acheter des obligations d'Etat sur le marché secondaire, en prenant conseil auprès de la BCE et avec l'accord des Etats membres, évitant ainsi à la BCE de le faire elle-même, une idée à laquelle certains de ses membres sont fermement opposés.
« La France et l’Allemagne sont confiantes dans le fait que l’analyse de la BCE constituera le fondement approprié pour des interventions sur le marché secondaire dans la mesure où elle contribuera à déterminer le cas où il existe un risque pour la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble », ont déclaré les dirigeants.
Leur déclaration rappelle en fait l'accord pris le mois dernier lors d'un sommet d'urgence de la zone euro qui a abouti à un second renflouement de la Grèce, mais l'accent qui est mis sur la capacité du FESF à acheter des obligations d'Etat lorsque les parlements de la zone auront ratifié ses nouveaux pouvoirs pourrait encourager la BCE à faire de même en attendant.
Les crises de la dette en Europe et aux Etats-Unis tourmentent les marchés mondiaux et font naître la crainte que le monde occidental sombre dans la récession.
Une autre source a affirmé que la réunion de la BCE avait été reportée dans la soirée pour voir quelles mesures les autorités américaines élaboraient pour calmer les marchés suite à la dégradation de la note des Etats-Unis par Standard & Poor's vendredi, de AAA à AA+.
« Les Etats-Unis revêtent une importance capitale à présent », a affirmé une autre source.
Réunion du G7
Les ministres des finances du Groupe des Sept principales nations industrialisées ont participé à une téléconférence dimanche pour élaborer une réponse à la crise après que de hauts fonctionnaires se sont entretenus par téléphone samedi soir.
« Je ne pense pas que les Banques centrales puissent faire grand-chose si d'autres problèmes surgissent. On discute [à la BCE] de l'apaisement des marchés monétaires en envisageant l'injection de liquidités si nécessaire », a affirmé cette source de la BCE.
Une autre source a expliqué : « Ce que nous pouvons commencer à faire à présent, c'est acheter des obligations ou injecter de l'argent sur les marchés ».
La BCE a réactivé son programme controversé d'achat d'obligations souveraines jeudi dernier, mais n'a pour le moment acheté que peu d'obligations irlandaises et portugaises dans l'attente de mesures d'austérité plus strictes de la part de l'Italie.
Les rendements des obligations à 10 ans italiennes et espagnoles ont atteint leur plus haut niveau en 14 ans lorsque les investisseurs ont réalisé que la Banque centrale n'achèterait pas leur papier.
Sous la pression de ses pairs dans l'UE et de la Banque centrale, M. Berlusconi a promis vendredi un retour à l'équilibre budgétaire dès 2013, il a également annoncé l'inscription dans la Constitution d'un principe d'équilibre budgétaire et la mise en œuvre de réformes de la protection sociale et du marché du travail suite à des réunions avec les syndicats et les employeurs.
Mme Merkel et M. Sarkozy ont salué le nouveau plan italien.
Ils « accueillent favorablement les décisions prises en Italie et en Espagne […] En particulier, l'objectif des autorités italiennes de parvenir à l'équilibre budgétaire avec un an d'avance est d'une importance fondamentale ».
Toutefois, les détails du plan d'austérité italien restent flous, ce qui laisse de nombreux analystes, voire certains membres de la BCE, sceptiques.
La BCE reste divisée sur la question de l'achat d'obligations : quatre membres allemands, néerlandais et luxembourgeois sur le Conseil de 23 membres y sont opposés, ont affirmé des sources à la BCE. Même ceux qui sont en faveur de cette idée pensent que l'Italie devrait en faire davantage pour accélérer ses réformes.
Après la dégringolade des bourses qui accumulent 2500 milliards de dollars de pertes, les dirigeants politiques sont sous pression et doivent rassurer les investisseurs sur le fait que les gouvernements occidentaux ont la volonté et la capacité de réduire leurs énormes dettes.
Cette situation pousse la BCE à agir pour apaiser les marchés obligataires jusqu'à ce que le fonds de sauvetage de 440 milliards d'euros de la zone euro puisse intervenir sur les marchés secondaires et accorder des lignes de crédit préventives aux pays en difficulté.
Certains économistes et analystes des marchés demandent par ailleurs que la zone euro double la capacité du Fonds européen de stabilité financière, une idée que l'Allemagne et son proche allié, la France, ont rejetée, la qualifiant d'inutile.
EURACTIV avec Reuters —Article EURACTIV traduit de l'anglais par Amandine Gillet