Traité de Lisbonne : la bourde du Premier ministre tchèque [FR]
Hier 14 janvier, présentant les priorités de la présidence tchèque au Parlement européen, Mirek Topolanek, le Premier ministre tchèque et actuel président de l’UE, a provoqué un tollé lorsqu’il a laissé entendre que l’actuel traité de Nice était meilleur que le traité de Lisbonne, pour lequel les dirigeants de l’UE se démènent afin de le faire adopter.
Hier 14 janvier, présentant les priorités de la présidence tchèque au Parlement européen, Mirek Topolanek, le Premier ministre tchèque et actuel président de l’UE, a provoqué un tollé lorsqu’il a laissé entendre que l’actuel traité de Nice était meilleur que le traité de Lisbonne, pour lequel les dirigeants de l’UE se démènent afin de le faire adopter.
Lors de son discours, M. Topolanek a fait quelques blagues, dont quelques-unes ont jeté la confusion. Le traité de Lisbonne est en fait un document de qualité moyenne, a-t-il indiqué. « Je crois que ce traité est ‘un peu pire’ que le traité de Nice » et un peu meilleur que le futur traité a-t-il déclaré.
Les eruodéputés ont réagi avec colère à la déclaration, mais M. Topolanek a expliqué par la suite qu’en proférant ses paroles, il avait paraphrasé une maxime tchèque selon laquelle « cette année sera une année moyenne, ‘un peu pire’ que la précédente et un peu meilleure que la suivante ».
Il a ensuite insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une blague, soulignant par la suite que le traité de Lisbonne n’est pas un mantra.
Si un référendum sur le traité de Lisbonne devait être tenu en République tchèque, selon toutes les indications, il ne devrait pas passer, selon M. Topolanek. Il est nécessaire de trouver une solution qu’une majorité d’Irlandais pourront accepter, a-t-il souligné, se référant au second référendum qui devrait être organisé en Irlande.
Un eurodéputé irlandais scandalisé
L’eurodéputé irlandais Proinsias de Rossa (PSE) a indiqué qu’il était scandalisé par ce commentaire. Il a qualifié la déclaration non seulement d’inexacte, mais également comme semant la discorde et trahissant la confiance.
L’Irlande, a-t-il indiqué, organisera probablement un référendum sur un traité de Lisbonne clarifié en automne de cette année, ajoutant qu’il a l’intention de travailler dur pour garantir un résultat positif pour l’Irlande et l’Europe.
Les commentaires que vous avez émis aujourd’hui ont rendu cette tâche encore plus difficile, a déclaré M. Proinsias de Rossa. Si le référendum échoue, selon lui, la grande majorité des pays européens ne seront pas reconnaissants envers M. Topolanek.
Andrew Duff (ADLE, Royaume-Uni) a réagi en posant à M. Topolanek quatre questions.
Il a tout d’abord demandé à M. Topolanek pourquoi il avait signé le traité de Lisbonne s’il le considère pire que le traité de Nice. Deuxièmement, il a demandé à M. Topolanek de confirmer que la République tchèque ne sera pas tentée de suivre l’exemple irlandais et de chercher à démanteler le paquet de Lisbonne. Troisièmement, il a souhaité savoir si M. Topolanek ne voyait pas de contradiction entre le fait de venir à la plénière et faire l’éloge du Parlement tout en refusant de soutenir le traité qui renforce considérablement ses pouvoirs. Enfin, il a posé la question de savoir si la présidence tchèque pouvait vraiment faire preuve d’autorité à moins que et jusqu’à ce qu’elle ratifie le traité.
L’eurodéputé britannique du parti travailliste Gary Titley a blâmé M. Topolanek d’accuser l’opposition nationale de compliquer le travail de la présidence, alors que dans les faits, c’est lui-même qui rend le travail plus difficile.
Deux G au lieu de trois E
M. Topolanek a également fait une blague sur les trois priorités de son pays commençant par la lettre E, à savoir l’économie, l’énergie et l’Europe et le monde (lire le Linksdossier http://www.euractiv.com/fr/opinion/presidence-tcheque-ue/article-177965 d’EURACTIV). Il a indiqué qu’il devra désormais faire face à des problèmes commençant par la lettre G : Gaza et le gaz.
Plus de crises, je vous en prie, mon agenda est plein, a souligné M. Topolanek.
Selon le Premier ministre tchèque, les leçons de la crise gazière doivent être tirées, mettant l’accent sur l’importance du gazoduc Nabucco, destiné à réduire la dépendance de l’Union vis-à-vis du gaz russe.
Nous nous intéressons à la diversification des routes d’approvisionnement et de transport, a-t-il souligné, relevant que la construction du gazoduc Nabucco, par exemple, est une question d’une extrême priorité, de même que le soutien à la construction de nouveaux oléoducs. Il a indiqué en outre que l’UE devait faire des efforts pour diversifier son bouquet énergétique, notamment par la réhabilitation de l’énergie nucléaire et l’investissement dans de nouvelles technologies, a déclaré le Premier ministre.
Soutien au président Klaus
M. Topolanek soutient fortement le président eurosceptique de son pays Vaclav Klaus.
En réponse à Martin Schulz, leader du Parti des socialistes européens, qui avait déclaré que la République tchèque avait été suffisamment punie par son chef d’Etat, M. Topolanek a assuré qu’il protestait fermement contre les attaques visant Vaclav Klaus.
Vaclav Klaus est l’icône de la transformation tchèque des années 1990, a-t-il fait remarquer. Grâce à lui, nous avons réussi et nous avons surmonté les dix premières années en étant en bonne santé, a déclaré M. Topolanek.
M. Schulz a en outre exprimé l’espoir que M. Klaus sera bientôt remplacé au château de Prague, le siège de la présidence tchèque. par quelqu’un qui se sentait aussi Européen que Charles IV.
La remarque est survenue après que M. Topolanek a mentionné Charles IV (1316-1378), roi de Bohême et empereur romain, comme symbole de l’universalisme qu’il veut poursuivre au cours de la présidence tchèque de l’UE.
Répondant aux questions des eurodéputés socialistes qui souhaitaient savoir si son agenda n’était pas trop politisé, voire trop libéral, M. Topolanek a déclaré qu’il souhaitait une Europe libérale et conservatrice, ajoutant que c’était sa dernière blague.
L’état de santé sérieux de l’ancien président Havel
Dans son discours, le Premier ministre a souhaité à l’ancien président tchèque Vaclav Havel un prompt rétablissement, suite à une récente chirurgie.
Les médecins ont déclaré hier à Prague que l’état de santé de M. Havel, icône de l’opposition au communisme qui a aidé la Tchécoslovaquie et la République tchèque à trouver la voie de la démocratie et de la prospérité, avait empiré.