Travailleurs humanitaires tués à Gaza : la communauté internationale s’insurge

Des citoyens australiens, britanniques et polonais figurent parmi les sept personnes travaillant pour l'ONG World Central Kitchen qui ont été tuées lors d’une frappe aérienne israélienne dans le centre de Gaza lundi (1er avril), a annoncé un responsable des médias du gouvernement de Gaza.

EURACTIV France avec AFP et Reuters
At least four killed as missile strike hits World Central Kitchen convoy in Deir al Balah
Les travailleurs humanitaires tués voyageaient dans deux voitures blindées de la WCK lorsque leur convoi a été touché lundi alors qu’il quittait un entrepôt de la ville palestinienne de Deir al-Balah. [EPA-EFE/MOHAMMED SABER]

Des citoyens australiens, britanniques et polonais figurent parmi les sept personnes travaillant pour l’ONG du célèbre chef José Andrés, World Central Kitchen, qui ont été tuées lors d’une frappe aérienne israélienne dans le centre de Gaza lundi (1er avril), a annoncé un responsable des médias du gouvernement de Gaza.

La World Central Kitchen (WCK) fournit une aide alimentaire et prépare des repas pour les personnes dans le besoin. L’ONG a déclaré le mois dernier avoir servi plus de 42 millions de repas à Gaza en 175 jours.

Les travailleurs humanitaires tués voyageaient dans deux voitures blindées de la WCK lorsque leur convoi a été touché lundi alors qu’il quittait un entrepôt de la ville palestinienne de Deir al-Balah où il avait déchargé plus de 100 tonnes d’aide alimentaire humanitaire acheminée à Gaza par voie maritime, a précisé l’organisation.

L’Espagnol José Andrés, qui a créé la WCK en 2010 en envoyant des cuisiniers et de la nourriture à Haïti après le tremblement de terre, a dit avoir le cœur brisé pour les familles et les amis des victimes de la frappe israélienne.

« Le gouvernement israélien doit arrêter cette tuerie aveugle », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux. « Il doit cesser de restreindre l’aide humanitaire, de tuer des civils et des travailleurs humanitaires et d’utiliser la nourriture comme arme. Il ne faut plus perdre de vies innocentes. La paix commence avec notre humanité partagée. Elle doit commencer maintenant. »

Dans un communiqué, le groupe islamiste palestinien Hamas, au pouvoir à Gaza, a indiqué que l’attentat visait à terroriser les travailleurs des agences humanitaires internationales et à les dissuader de poursuivre leurs missions.

Réactions internationales

Le Premier ministre australien, Anthony Albanese, a confirmé la mort de Lalzawmi « Zomi » Frankcom, un travailleur humanitaire australien de 44 ans, et a annoncé que son gouvernement avait contacté Tel-Aviv pour demander que les responsables répondent de leurs actes.

« Il s’agit d’une tragédie humaine qui n’aurait jamais dû se produire, c’est totalement inacceptable et l’Australie demandera que les responsables rendent des comptes de manière complète et appropriée », a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse ce mardi (2 avril).

M. Albanese a souligné la nécessité de protéger les civils innocents et les personnes effectuant un travail humanitaire. Il a réitéré son appel en faveur d’un cessez-le-feu durable à Gaza et d’une augmentation de l’aide destinée à ceux qui souffrent de « terribles privations ».

« Nous avons le cœur brisé et sommes profondément troublés par la frappe qui a tué des travailleurs humanitaires de WCKitchen à Gaza », a déclaré Adrienne Watson, porte-parole du Conseil national de sécurité des États-Unis, sur les réseaux sociaux.

« Les travailleurs humanitaires doivent être protégés lorsqu’ils apportent une aide indispensable, et nous demandons à Israël d’enquêter rapidement sur ce qui s’est passé. »

Au niveau de l’UE, la Commission européenne a indiqué sur le réseau social X que « les travailleurs humanitaires doivent toujours être protégés, conformément au droit humanitaire international », ajoutant qu’elle demandait « une enquête approfondie sur cette tragédie ».

La présidente de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, a qualifié l’ONG WCK de « partenaire essentiel pour alléger les souffrances de la population de Gaza, notamment en acheminant de la nourriture via le corridor maritime » récemment mis en place par l’UE.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a déclaré qu’il était « grand temps d’arrêter le massacre de civils innocents et de travailleurs humanitaires » et a également demandé une enquête.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, s’est insurgé contre la frappe israélienne. « Je condamne cette attaque et je réclame qu’une enquête soit lancée au plus vite », a-t-il écrit sur X. « En dépit de toutes les demandes pour protéger les civils et les travailleurs humanitaires, nous continuons à voir des innocents tués », a-t-il ajouté.

Depuis Amman, en Jordanie, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s’est lui aussi indigné de la mort des sept travailleurs humanitaires et a enjoint Israël à enquêter sur les circonstances entourant l’attaque aérienne.

Israël ouvre une enquête

L’armée israélienne a pour sa part indiqué qu’elle procédait à un examen approfondi au plus haut niveau afin de comprendre les circonstances de ce qu’elle a qualifié de tragique accident.

« L’armée israélienne déploie des efforts considérables pour permettre l’acheminement en toute sécurité de l’aide humanitaire et travaille en étroite collaboration avec la WCK dans ses efforts vitaux pour fournir de la nourriture et de l’aide humanitaire à la population de Gaza », a précisé l’armée.

Un organisme israélien indépendant, le Fact-Finding and Investigation Mechanism, va enquêter sur l’attaque, ont confirmé des sources à Tel-Aviv mardi, a rapporté EFE.

Le porte-parole des Forces de défense israéliennes, Daniel Hagari, a déclaré qu’il avait personnellement parlé à José Andrés mardi.

« Nous allons ouvrir une enquête pour examiner ce grave incident. Cela nous aidera à réduire le risque qu’un événement similaire se reproduise », a-t-il ajouté.

[Édité par Anna Martino & Anne-Sophie Gayet]