Tribunal spécial pour les crimes russes : la Slovaquie dit non, sans fournir d’explication officielle

La Slovaquie n'a pas soutenu la création d’un tribunal spécial pour juger les crimes russes en Ukraine, sans fournir d’explication officielle. Une position critiquée par de nombreux observateurs.

EURACTIV Slovaquie
A tribute in the inner courtyard of the destroyed building
Un groupe de 31 experts juridiques slovaques a exhorté cette semaine le gouvernement à reconsidérer son opposition à la création du tribunal. [Getty Images/Edgar GutiÈrrez_SOPA Images_LightRocket]

La Slovaquie est l’un des deux seuls pays de l’UE à ne pas avoir soutenu la création d’un tribunal spécial pour juger les crimes commis par la Russie en Ukraine, sans fournir d’explication officielle. Une position critiquée par de nombreux observateurs, juristes et membres de l’opposition politique, alors que Bratislava s’est régulièrement exprimée en faveur du respect du droit international.

Au début du mois, 42 pays ont signé à Lviv, en Ukraine, une déclaration soutenant la création d’un tribunal spécial chargé de juger la Russie pour agression contre l’Ukraine. Au sein de l’UE, seules la Slovaquie et la Hongrie ont refusé de s’y associer.

Cette attitude suscite d’autant plus d’interrogations que le gouvernement de Robert Fico a, à plusieurs reprises, condamné l’agression russe, la qualifiant de « violation flagrante du droit international », tout en affirmant que ce dernier devait être respecté « en toutes circonstances ».

Un groupe de 31 experts juridiques slovaques a exhorté cette semaine le gouvernement slovaque à reconsidérer son opposition à la création du tribunal. Dans une lettre ouverte, ils ont averti que la responsabilité en vertu du droit international était « essentielle pour prévenir les atrocités » et servait les intérêts à long terme de la Slovaquie.

Mais le gouvernement n’a pas répondu à cet appel ni expliqué clairement sa position sur la question.

Sollicités à plusieurs reprises par Euractiv, ni le bureau du gouvernement ni les partis au pouvoir — SMER-SD et HLAS-SD — n’ont souhaité commenter. Même silence du côté de plusieurs membres de la coalition pourtant réputés pour leur soutien à l’Ukraine.

Le seul à avoir accepté de s’exprimer est l’eurodéputé Branislav Ondruš (HLAS-SD). Selon lui, la création d’un nouveau tribunal serait « redondante », la Cour pénale internationale (CPI) étant déjà compétente pour juger les crimes d’agression et de génocide.

Un argument contesté par les experts : la CPI ne peut en réalité pas juger le crime d’agression de la Russie en Ukraine, Moscou s’étant retirée du Statut de Rome après l’annexion de la Crimée. Le tribunal spécial proposé comblerait ainsi un vide juridique.

Branislav Ondruš a également fait valoir que le tribunal « approfondirait la fracture dans les relations avec la Russie » et empêcherait la paix. Il a en outre accusé les pays qui soutiennent le tribunal d’« hypocrisie », les accusant d’ignorer les actions d’Israël et de la Turquie.

Du côté de l’opposition, les critiques fusent. Ivan Korčok, ancien ministre des Affaires étrangères et membre du parti Slovaquie progressiste a confié à Euractiv qu’il n’y avait « aucune raison » de s’opposer à la création du tribunal et a qualifié la position du gouvernement Fico de « cas d’école » de deux poids, deux mesures dans l’application du droit international.

Même tonalité chez Roman Mikulec, député de l’opposition (Slovensko) et ex-ministre de l’Intérieur. Il a qualifié la position du gouvernement de « nouvelle honte pour le pays ».

« Ils refusent de soutenir un tribunal chargé de juger le crime d’agression. Pourquoi ? Parce que c’est ce que [le président russe Vladimir] Poutine attendait de [Robert] Fico ? », a-t-il fustigé dans un message publié sur Facebook.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]