Un audit remet en question la durabilité des projets d’assainissement en Afrique

De nombreux projets liés à l’eau et à l’assainissement financés par l’UE en Afrique subsaharienne ne sont pas durables en raison du manque de soutien technique et financier. C’est ce que révèle un nouvel audit financier réalisé sur plus de 20 projets de développement.

EURACTIV.com
Women filling buckets with water from a well. [F. Lefebvre/ UNICEF]
Women filling buckets with water from a well. [F. Lefebvre/ UNICEF]

De nombreux projets liés à l’eau et à l’assainissement financés par l’UE en Afrique subsaharienne ne sont pas durables en raison du manque de soutien technique et financier. C’est ce que révèle un nouvel audit financier réalisé sur plus de 20 projets de développement.

 

Selon le rapport de la Cour des comptes européenne, des investissements de plusieurs millions d'euros dans six pays africains sont en péril, car de nombreux projets manquent d'entretien et de revenus pour poursuivre leurs opérations.

 

« Pour une majorité de projets, les résultats et les avantages se tariront à moyen et à long terme si des revenus non tarifaires ne sont pas assurés ou si les faiblesses institutionnelles ne sont pas palliées », a déclaré David Bostock, un membre de la Cour, lors de la présentation de l'audit le 28 septembre dernier.

 

Les auditeurs ont examiné 23 projets en Angola, au Bénin, au Burkina Faso, au Ghana, au Nigéria et en Tanzanie. Ils ont découvert que moins de la moitié des projets du secteur de l'eau et de l'assainissement répondaient aux besoins des bénéficiaires.

 

Ces pays reçoivent quelque 320 millions d'euros du milliard dépensé par la Commission européenne de 2001 à 2010 pour améliorer les structures d'eau et d'assainissement en Afrique subsaharienne.

 

Avec 54 milliards d'euros, soit 56 % de l'aide totale en 2010, l'UE est le premier donateur mondial, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques.  Près d'un tiers des 5,9 milliards d'euros dépensés pour de l'eau potable et des latrines provient de l'UE. Les pays d'Afrique subsaharienne reçoivent 28 % de ces financements, suivis de ceux de l'Asie du Sud (19 %).

 

Voici quelques éléments du rapport de la Cour des comptes basée à Luxembourg :

  • sur les 23 projets examinés, les tarifs ont été fixés à un niveau permettant de couvrir les dépenses de fonctionnement dans 4 cas seulement ;
  • trois ont été financés par des aides publiques ou d'autres sources ;
  • pour les 16 autres projets, aucun engagement formel n'a été pris pour soutenir les infrastructures après leur installation ;
  • les puits de forage financés par l'UE n'étaient plus en état de marche ou dans de mauvaises conditions ;
  • dans certains cas, les stations de pompage d'eau ont été construites sans approvisionnement suffisant en électricité.

Certains ont profité de cet audit pour réclamer une meilleure gestion des fonds européens.

 

« Cette réprimande cinglante doit être un signal d'alarme pour la Commission », a déclaré Nirj Deva, l'eurodéputé britannique conservateur qui occupe également le poste de vice-président de la commission du développement au Parlement européen.

 

« L'aide de l'UE est vitale pour les pays en développement et la communauté internationale dans son ensemble, mais ce manque de rigueur ternit sa réputation », a-t-il ajouté dans un communiqué. « Les personnes que nous employons pour mettre en oeuvre et superviser ces programmes d'aide sur le terrain doivent retrousser leurs manches. »

 

Andris Piebalgs, le commissaire européen au développement, a reconnu qu'il n'était pas opportun de faire preuve de suffisance et qu'il était toujours possible de s'améliorer.

 

M. Piebalgs a toutefois ajouté que de nombreux projets examinés par les auditeurs avaient débuté avant que l'UE n'impose des orientations de contrôle plus strictes visant à garantir la viabilité à long terme de l'aide au développement. L'année dernière, M. Piebalgs a dévoilé un plan de refonte de l'aide européenne intitulé programme pour le changement. Ce plan a pour objectif de concentrer l'aide sur les pays les moins avancés, ainsi que sur les besoins en eau et en énergie.