Un tiers garant de la sécurité pourrait aider à débloquer les exportations de céréales de l’Ukraine
Un certain nombre de pays européens ont intensifié leurs efforts pour rouvrir les couloirs maritimes au transport des céréales ukrainiennes, éventuellement avec l’aide d’un tiers garant de la sécurité, mais il n’est pas certain que la Russie accepte un accord.
Un certain nombre de pays européens ont intensifié leurs efforts pour rouvrir les couloirs maritimes au transport des céréales ukrainiennes, éventuellement avec l’aide d’un tiers garant de la sécurité, mais il n’est pas certain que la Russie accepte un accord sur la question.
La Russie s’est emparée de certains des plus grands ports ukrainiens et sa marine contrôle les principales voies de transport en mer Noire, ce qui empêche les exportations ukrainiennes et aggrave la crise alimentaire mondiale dans les pays dépendants de ces dernières en Afrique et en Asie.
L’Ukraine a déclaré précédemment qu’elle travaillait avec des partenaires internationaux pour mettre sur pied une mission soutenue par les Nations unies afin de rétablir les routes maritimes de la mer Noire et d’exporter les produits agricoles ukrainiens.
« L’Ukraine est prête à créer les conditions nécessaires à la reprise des exportations depuis le port d’Odessa », a indiqué le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, sur Twitter.
« La question est de savoir comment s’assurer que la Russie ne profite pas de la route commerciale pour attaquer la ville d’Odessa. Jusqu’à présent [il n’y a] aucune garantie de la part de la Russie. Nous cherchons des solutions avec l’ONU et nos partenaires », a-t-il poursuivi.
Une solution militaire, impliquant l’OTAN ou une mission navale de l’Union européenne, pour débloquer les ports maritimes ukrainiens a été exclue en raison du risque d’implication dans le conflit.
Un tiers garant
« Nous devons débloquer le port par une force tierce qui [garantira] la sécurité en tant que médiateur », a déclaré le Premier ministre slovaque Eduard Heger qui s’exprimait aux côtés du chancelier autrichien Karl Nehammer lors d’un forum GLOBSEC à Bratislava vendredi (3 juin).
Les Nations unies ou la Turquie pourraient servir de garants de la sécurité pour la réouverture du port ukrainien d’Odessa afin d’assurer l’exportation sécurisée des céréales et des produits alimentaires bloqués dans le pays, a expliqué M. Heger.
« C’est ainsi que nous pourrons acheminer les céréales », a-t-il ajouté, soulignant que les options de transport routier et ferroviaire n’offriraient pas une capacité suffisante pour transporter les millions de tonnes de céréales bloquées dans le pays.
« Nous avons besoin des ports [et] la question la plus importante est de savoir comment atteindre cet objectif », a ajouté l’Autrichien. « Le problème le plus important est que nous n’avons pas le temps — le monde a besoin de ces céréales maintenant. »
La Commission européenne a redoublé d’efforts pour tenter de coordonner l’exportation de millions de tonnes de céréales via les infrastructures routières et ferroviaires des États membres voisins de l’UE, mais elle s’est heurtée à des problèmes d’infrastructure et de capacité.
La meilleure solution serait de réacheminer un million de tonnes de céréales bloquées en Ukraine via la Biélorussie, mais cela a été compliqué par les demandes de Minsk et de Moscou de lever les sanctions imposées par l’UE à la Biélorussie.
Interrogés par EURACTIV pour savoir s’ils sont prêts à lever les sanctions de l’UE en échange du déblocage de la mer Noire, un prix que le président russe Vladimir Poutine a sous-entendu qu’il faudrait payer, les deux Premiers ministres ont écarté cette option.
« Il n’est pas question de sanctions lorsqu’il s’agit de faire sortir le maïs », a déclaré M. Nehammer.
« Les sanctions ne devraient absolument pas être une question de savoir s’il [Vladimir Poutine] va débloquer les ports [ukrainiens] ou non — c’est une question totalement distincte et elle devrait être traitée comme telle », a ajouté M. Heger.
Moscou et la diplomatie alimentaire
« Si nous n’évitons pas [les problèmes d’approvisionnement], nous assisterons au chaos politique en Afrique et en Asie, et à la crise migratoire qui s’ensuivra en Europe lorsque les personnes souffrant de la famine chercheront refuge ailleurs », a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky au même auditoire un jour plus tôt.
« De nombreux gouvernements devront expliquer aux manifestants pourquoi notre continent est pris en otage par un pays et une personne à Moscou qui a donné l’ordre de mettre en place un blocus maritime sur l’Ukraine », a ajouté le président ukrainien.
Le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Oleg Nikolenko, a déclaré jeudi (2 juin) que Kiev appelait « les pays dont la sécurité alimentaire risque de souffrir davantage de l’agression russe contre l’Ukraine à utiliser leurs contacts avec Moscou pour l’obliger à lever le blocus des ports maritimes ukrainiens et à mettre fin à la guerre ».
Cependant, la propagande alimentaire et les discours alarmistes de M. Poutine semblent trouver un terrain fertile au-delà des frontières de l’Europe, notamment dans les pays tiers qui craignent une éventuelle famine.
Les dirigeants de l’UE avaient appelé les pays africains à ne pas se laisser prendre au piège d’une campagne de propagande menée par la Russie, qui attribuait la responsabilité de l’insécurité alimentaire mondiale actuelle aux sanctions occidentales contre Moscou.
Le président sénégalais Macky Sall, qui préside actuellement l’Union africaine (UA), s’est rendu à Sotchi vendredi pour implorer Vladimir Poutine de dégager les stocks de céréales et d’engrais que la Russie bloque en mer Noire.
Les pays africains sont gravement touchés par la crise qui s’aggrave et qui a fait exploser les prix des céréales, des huiles de cuisson, des carburants et des engrais.
Après sa rencontre avec le président russe, trois jours seulement après ses entretiens avec les dirigeants de l’UE, le message de M. Sall était étonnamment similaire à la ligne de la Russie sur la question.
« Vladimir Poutine nous avait fait part de sa volonté de faciliter l’exportation des céréales ukrainiennes. La Russie est prête à assurer l’exportation de son blé et de ses engrais », a déclaré M. Sall.
Il n’a pas précisé si le président russe avait posé des conditions à son offre mais a « appelé tous les partenaires à lever les sanctions sur le blé et les engrais ».
Il n’existe actuellement aucune sanction occidentale sur le blé russe et les quotas d’importation pour les engrais russes sont très limités.