Un traitement innovant ranime l’espoir d’éradiquer le sida d’ici 2030

Un médicament révolutionnaire présenté à la Conférence internationale sur le Sida de Munich pourrait changer la donne dans la lutte contre le HIV, bien que son coût reste prohibitif.

Euractiv.com
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Des membres d'ONG manifestent pour réclamer un prix abordable pour le médicament Sunlenca (Lenacapavir) de la société pharmaceutique Gilead lors de la 25ème Conférence annuelle sur le Sida à Munich. [© Salud Por Derecho]

Un médicament révolutionnaire présenté à la Conférence internationale sur le Sida de Munich pourrait changer la donne dans la lutte contre le HIV, bien que son coût reste prohibitif.

La 25ème Conférence internationale sur le Sida, organisée par la Société internationale contre le sida (IAS), s’est tenue à Munich, en Allemagne, du 22 au 26 juillet, et a rassemblé plus de 10 000 médecins, experts en santé publique et militants de 175 pays différents. Il s’agit de la plus grande conférence annuelle sur le VIH et le sida au monde.

Malgré les progrès significatifs réalisés dans la conception de traitements préventifs et la réduction du nombre de nouvelles infections par le VIH chaque année — qui est passé de 3,3 millions il y a près de 40 ans à 1,3 million aujourd’hui — de nombreuses difficultés subsistent.

« À l’ONUSIDA, nous continuons de prôner l’élimination de toutes les inégalités qui alimentent l’épidémie de VIH et les disparités en matière de santé à l’échelle mondiale », a déclaré Winnie Byanyima, directrice exécutive du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA).

Parmi les facteurs de l’épidémie et des disparités figurent l’insuffisance du financement et de l’accès, la stigmatisation, la discrimination et la distribution inégale des produits pharmaceutiques entre les pays à revenu élevé et les pays à faible revenu.

Nouveau médicament : entre optimisme et contestation

Des progrès significatifs ont été réalisés dans le traitement du VIH, permettant aux personnes de vivre une vie de meilleure qualité, avec des soins médicaux appropriés.

Le Lenacapavir, un produit par injection biannuelle du géant pharmaceutique américain Gilead, a montré une efficacité de 100 % dans la phase 3 de son essai intérimaire pour la prévention du VIH chez plus de 5 000 femmes cisgenres en Afrique du Sud et en Ouganda, ce qui témoigne de progrès prometteurs dans le domaine de la prophylaxie pré-exposition (PrEP).

La PrEP est un traitement préventif pour les personnes à haut risque d’infection par le VIH, qui se présente sous la forme d’un médicament quotidien pris par voie orale.

Le Lenacapavir, en revanche, est un traitement injectable à prendre deux fois par an, donc plus adapté aux groupes vulnérables tels que les travailleurs et travailleuses du sexe, les hommes homosexuels, les personnes transgenres et les individus souffrant de toxicomanie, qui évitent souvent les tests de dépistage et les traitements.

À un certain prix

Une analyse du coût de production du composant pharmaceutique actif — réalisée par un certain nombre d’universités et présentée par Andrew Hill, de l’Université de Liverpool, lors de la conférence — montre que le prix du Lenacapavir injectable pourrait être ramené à environ 35-40 dollars (32-37 euros) par patient et par an.

Le document affirme que cela nécessiterait des contrats de licence volontaire pour la production de médicaments génériques et des contrats d’achat garantis.

Le Lenacapavir est actuellement autorisé pour le traitement, mais pas pour la prévention, et Gilead en fixe le coût à 42 250 dollars pour la première année.

Les militants de Médecins Sans Frontières (MSF) présents à la Conférence internationale 2024 ont appelé à une action mondiale immédiate pour briser le monopole de Gilead sur le Lenacapavir.

« Une efficacité à 100 % exige un accès à 100 % », a souligné Asia Russell de l’ONG Health GAP, une organisation mondiale de défense des droits des personnes vivant avec le VIH. « Le Lenacapavir pour la prévention du VIH est une intervention qui pourrait mettre fin à la pandémie. »

« Gilead a de nombreux antécédents en matière d’entrave à l’accès mondial aux médicaments, excluant les pays à revenu intermédiaire des accords de licence volontaire et restreignant arbitrairement les détenteurs de licence ».

En scandant « les gens avant le profit » et « la cupidité de Gilead tue », les militants ont demandé à l’entreprise de s’engager à conclure des accords de licence volontaire non exclusifs, transparents et géographiquement inclusifs par l’intermédiaire la Medecine Patent Pool (une organisation de santé publique pour l’accès des médicaments aux pays à revenu faible ou modéré), soutenue par les Nations Unies, afin de garantir un accès abordable aux médicaments.

Cette évolution mise à part, l’optimisme est de mise quant à la mise à disposition, dans un avenir assez proche, d’un vaccin contre le VIH à base d’ARN messager (ARNm), une technologie devenue particulièrement populaire lors de la pandémie de Covid-19.

Une attention moindre de la part des gouvernements

Selon le rapport ONUSIDA 2024, l’augmentation du financement de la prévention du VIH permet de réduire l’incidence du virus. Les régions où les déficits de financement sont les plus importants — l’Europe de l’Est, l’Asie centrale, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord — sont celles qui progressent le moins.

En revanche, l’Europe centrale et occidentale et l’Amérique du Nord ont enregistré une réduction de 24 % des nouvelles infections par le VIH et de 34 % des décès liés au sida depuis 2010.

Le chancelier allemand Olaf Scholz (SPD/S&D), qui a ouvert la conférence, a rappelé la nécessité d’intensifier les efforts. « Pourquoi [le financement] est-il si important ? Parce que les programmes financés par le Fonds mondial ont permis de sauver 59 millions de vies. 59 millions ! Ce chiffre parle de lui-même », a-t-il martelé.

Dans la même lignée, Winnie Byanyima a insisté sur le caractère urgent de la situation : « Les dirigeants mondiaux se sont engagés à mettre fin à la pandémie de sida en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030, et ils ont la possibilité de tenir leur promesse, mais seulement s’ils veillent à ce que la lutte contre le VIH bénéficie des ressources nécessaires et à ce que les droits humains de chacun soient protégés ».

[Édité par Anna Martino]