Une Irlande mal à l'aise envisage un référendum sur l'euro

Face à la posture des Britanniques par rapport à l'accord conclu entre la quasi-totalité des dirigeants en Europe, Dublin tente de se positionner. Le ministre irlandais des Finances, Michael Noonan, a évoqué la possibilité d'un référendum sur l'euro. Un reportage d'EURACTIV France.

EURACTIV.fr
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Face à la posture des Britanniques par rapport à l'accord conclu entre la quasi-totalité des dirigeants en Europe, Dublin tente de se positionner. Le ministre irlandais des Finances, Michael Noonan, a évoqué la possibilité d'un référendum sur l'euro. Un reportage d'EURACTIV France.

L'intégration européenne a souvent été considérée comme une importante source de croissance pour l'Irlande, grâce à l'accès au marché unique et aux aides significatives disponibles via les fonds structurels.

« L'Irlande s'est épanouie au sein de l'Union européenne », a déclaré la ministre irlandaise des affaires européennes, Lucinda Creighton, lors d'une visite à Paris le 14 décembre.

Le gouvernement a toutefois du mal à imaginer le renforcement de cette intégration sans son partenaire britannique. Bien que le pays soit parvenu à diversifier son modèle de croissance fondé sur l'exportation (le Royaume-Uni représente 15 % de ses exportations contre 40 % pour le reste de l'UE), l'Irlande a des raisons de craindre la perte de son allié britannique dans les négociations.

Les deux pays sont unis par des liens politiques et économiques de longue date et par leurs intérêts communs, notamment en matière de fiscalité et de protection du secteur financier.

« Préférence absolue pour un traité à 27 »

Devant l'ambassade irlandaise à Paris, Mme Creighton a déclaré à la presse qu'elle déplorerait que le nouveau traité ne soit conclu qu'à 26. « Nous avons une préférence absolue pour un traité à 27 », a-t-elle affirmé.

Mme Creighton a ajouté qu'elle regrettait la décision de la Grande-Bretagne de ne pas participer à cet accord, mais qu'elle espérait continuer à coopérer avec Londres au sein de l'UE. Elle a avancé que les autorités irlandaises tenteraient de s'assurer que la Grande-Bretagne trouve sa place à la table des négociations.

« Nous avons le devoir d'essayer de ramener le Royaume-Uni à la table des négociations. C'est ce que nous avons l'intention de faire et nous espérons que cet objectif sera partagé ».

Référendum sur l'euro

L'isolement de la Grande-Bretagne semble avoir suscité un malaise en Irlande. M. Noonan a en effet été jusqu'à sous-entendre la possibilité d'organiser un référendum, non pas sur le traité décidé le 9 décembre, mais bien sur la présence de son pays au sein de la zone euro.

Si le nouveau texte, qui sera finalisé en mars 2012, implique des modifications de la constitution, l'Irlande pourrait être obligée de consulter ses citoyens. Selon l'Irish Times, M. Noonan aurait déclaré : « Cela reviendrait à demander aux Irlandais s'ils veulent rester au sein de la zone euro ou non. »

« Face à cette question, je pense que le peuple irlandais approuverait un tel référendum », a ajouté le ministre des finances.

M. Noonan a fait ces déclarations lors d'une visite à Londres où il a rencontré son homologue britannique, George Osborne. La veille, le premier ministre irlandais, Enda Kenny, s'était entretenu au téléphone avec le premier ministre britannique, David Cameron.

Le leader du parti républicain de centre-droit Fianna Fáil, Micheál Martin, a déclaré qu'il soutiendrait l'idée d'un référendum et il s'est dit surpris que le gouvernement irlandais ne s'y soit pas engagé plus tôt.

Karl Whelan, un professeur d'économie au University College Dublin, a déclaré qu'il était difficile d'affirmer qu'un traité encore inconnu ne requerrait pas de changements constitutionnels, étant donné qu'il devrait accorder de nouveaux pouvoirs à la Commission européenne en matière budgétaire et pour l'établissement d'une politique économique commune.

La TTF de la zone euro posera problème

Avancer vers une plus grande intégration économique à 26 pourrait avoir des conséquences économiques pour l'Irlande étant donné ses liens étroits avec le Royaume-Uni.

Shane Fitzgerald, un chercheur à l'Irish Institute of International and European Affairs, a déclaré : « Cela dépendra de la définition du terme « politique économique commune » […], mais dans la mesure où notre secteur financier est étroitement lié à celui du Royaume-Uni, il est clair qu'une TTF au niveau de la zone euro constituera un problème pour notre pays. »

Les deux pays ont également adopté une position similaire en matière d'imposition. « S'il s'agit d'avancer vers une harmonisation fiscale, [alors l'Irlande] voudra inclure le Royaume-Uni dans les discussions », a-t-il ajouté.

Dublin a rejeté toute modification du taux d'imposition des entreprises sur son territoire. A 12,5 % le taux irlandais fait partie des moins élevés en Europe. Le gouvernement irlandais affirme cependant qu'il est ouvert à la discussion s'agissant de créer une Assiette commune consolidée pour l'impôt sur les sociétés (ACCIS) au niveau européen.