Une nouvelle « politique économique étrangère » contre les rivaux de l’UE, la priorité de Kaja Kallas

Kaja Kallas, la nouvelle cheffe de la diplomatie de l’Union européenne (UE), a annoncé son intention de travailler à une « doctrine de sécurité économique » visant à protéger l’Union de ses « rivaux systémiques ».

EURACTIV.com
European Council Meeting June 27-28
« Je ne ménagerai aucun effort pour défendre les valeurs de l’UE et protéger les intérêts de l’UE face aux rivaux systémiques », a affirmé Kaja Kallas dans ses réponses écrites aux eurodéputés mercredi 23 octobre. [Pier Marco Tacca/Getty Images]

Kaja Kallas, la nouvelle cheffe de la diplomatie de l’Union européenne (UE), a annoncé son intention de travailler à une « doctrine de sécurité économique » visant à protéger l’Union de ses « rivaux systémiques ».

« Je ne ménagerai aucun effort pour défendre les valeurs de l’UE et protéger les intérêts de l’UE face aux rivaux systémiques », a affirmé Kaja Kallas dans ses réponses écrites aux eurodéputés mercredi 23 octobre.

La lettre de mission rédigée par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à l’intention de la responsable politique estonienne — nommée pour remplacer Josep Borrell au poste de Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité — ne mentionnait pas explicitement la Chine, mais Kaja Kallas l’a fait dans ses réponses écrites.

« Ma priorité dans les relations avec la Chine sera de sauvegarder la sécurité géopolitique et économique de l’UE » de concert avec les commissaires et les États membres concernés, a annoncé la nouvelle cheffe de la diplomatie européenne.

Ses propos font écho à la nouvelle stratégie d’Ursula von der Leyen de réduction des risques vis-à-vis de la Chine en diminuant la dépendance de l’Union à l’égard de secteurs et d’approvisionnements critiques.

Elle a également durci le ton par rapport à l’approche dite « triptyque » de l’UE — menée par son prédécesseur Josep Borrell — qui décrivait la Chine comme un « partenaire de coopération, un concurrent économique et un rival systémique ».

« Les problèmes les plus urgents sont le soutien de la Chine à la Russie ainsi que les déséquilibres structurels entre l’UE et la Chine qui résultent de politiques et de pratiques non commerciales, qui créent une concurrence déloyale et des conditions inégales », a-t-elle ajouté.

Étant donné que l’UE a récemment annoncé l’imposition de droits de douane sur les véhicules électriques chinois, cette question risque de dominer les relations entre Bruxelles et Pékin au cours des prochaines années.

« Des acteurs tels que la Russie, l’Iran, la Corée du Nord et, en partie, la Chine cherchent à militariser les interdépendances et à exploiter l’ouverture de nos sociétés contre nous », a indiqué Kaja Kallas.

« Nous devons être prêts. De l’analyse rapide des menaces à l’utilisation des instruments existants à leur plein potentiel, y compris le nouveau régime de sanctions horizontales sur les menaces hybrides », a-t-elle poursuivi.

Politique économique étrangère

« La géopolitique et la géoéconomie vont de pair, et notre réponse doit aller dans ce sens », a affirmé Kaja Kallas dans ses réponses écrites, annonçant qu’elle donnerait la priorité à l’élaboration d’une « nouvelle politique économique étrangère » de l’UE aux côtés d’autres commissaires responsables des dossiers économiques.

Selon Kaja Kallas, « l’UE doit trouver le bon équilibre entre l’ouverture économique — qui reste indispensable à notre prospérité — et une protection suffisante — en adoptant une position plus ferme pour renforcer notre résilience, nous défendre contre la concurrence déloyale et faire face aux risques ».

L’UE a déjà présenté une stratégie de sécurité économique en 2023, avec une série d’outils pour contrer la volonté croissante de la Chine et de la Russie de s’appuyer sur le commerce pour contrôler des chaînes d’approvisionnement critiques à son avantage géopolitique.

Kaja Kallas a indiqué qu’elle travaillerait avec le commissaire au Commerce et à la Sécurité économique, Maroš Šefčovič, pour « poursuivre le développement d’une nouvelle doctrine de sécurité économique » qui serait basée sur « une évaluation des risques et une analyse des menaces commune » avec les États membres de l’UE.

Pour y parvenir, l’UE devra développer des partenariats stratégiques avec les pays tiers, ainsi que « créer une “offre” cohérente et intégrée » pour ces derniers, utiliser sa puissance commerciale et « viser à conclure les négociations en cours tout en explorant la portée et l’opportunité d’en ouvrir de nouvelles », a-t-elle expliqué.

Elle s’est également engagée à faire passer le système d’investissement « Global Gateway » de l’UE « au niveau supérieur ».

« Je travaillerai également avec nos partenaires stratégiques et de même sensibilité, y compris ceux du G7, afin de poursuivre des objectifs et des intérêts communs », a indiqué Kaja Kallas, ajoutant que cela inclurait « bien sûr le Royaume-Uni, ainsi que les États-Unis, qui resteront le partenaire et l’allié le plus important de l’Union européenne ».

Au-delà de l’Ukraine

Selon la lettre de mission d’Ursula von der Leyen, Kaja Kallas est chargée de « travailler en étroite collaboration pour s’assurer que l’Europe reste aux côtés de l’Ukraine aussi longtemps qu’il le faudra — économiquement, politiquement et militairement — et qu’elle soutienne son intégrité territoriale ».

« La façon dont nous répondons à la guerre d’agression illégale de la Russie contre l’Ukraine indique au monde qui nous sommes et les valeurs que nous défendons », a martelé la future cheffe de la diplomatie de l’UE dans ses réponses écrites.

Kaja Kallas, qui a la réputation d’être une féroce adversaire de la Russie, devra faire face à l’examen minutieux des eurodéputés lors des auditions, pour savoir si elle sera à la hauteur dans d’autres domaines clés de la politique étrangère.

Elle a reconnu « l’indéniable effet de ricochet » du conflit au Moyen-Orient. Toutefois, dans ses réponses écrites, elle n’a fait aucune référence directe à Israël ou au Hamas.

« L’UE doit rester à l’avant-garde des efforts humanitaires, en travaillant avec tous les acteurs pour soutenir la poursuite d’une paix juste et globale dans la région, en mettant l’accent sur la promotion de la solution à deux États et en renforçant les partenariats avec les principales parties prenantes de la région », a-t-elle ajouté.

En ce qui concerne les deux initiatives qui lui ont été confiées — une stratégie globale UE-Moyen-Orient et un nouveau pacte pour la Méditerranée — Kaja Kallas a affirmé qu’elle s’efforcerait de « forger des positions communes de l’UE ».

« D’ici la fin de mon mandat […] je veux que l’UE ait renforcé des partenariats à long terme et mutuellement bénéfiques dans le monde entier — de l’Amérique latine et les Caraïbes à l’Indo-Pacifique — y compris avec un nouvel agenda stratégique UE-Inde — et de l’Asie centrale à l’Afrique », a affirmé Kaja Kallas.

« Nos partenaires sont importants. Je m’emploierai sans relâche à resserrer les liens à travers le monde », a conclu la future cheffe de la diplomatie de l’UE.