Une période charnière pour l’agriculture débute
Les mois à venir seront cruciaux pour le secteur agricole avec la poursuite des négociations sur la PAC. Pour le patron de la FNSEA, la gouvernance mondiale ne doit pas être négligée, alors que la planète pourrait faire face à une nouvelle crise alimentaire.
Les mois à venir seront cruciaux pour le secteur agricole avec la poursuite des négociations sur la PAC. Pour le patron de la FNSEA, la gouvernance mondiale ne doit pas être négligée, alors que la planète pourrait faire face à une nouvelle crise alimentaire.
La conférence de presse de rentrée de la Fédération national des syndicats des exploitants agricoles (FNSEA) a été marquée par un retour de vacances peu optimiste.
Action politique
Le président de la principale organisation du secteur, Xavier Beulin, a une nouvelle fois confirmé que les phénomènes climatiques mondiaux des derniers mois (dont une sécheresse sans précédent aux États-Unis) pourraient déboucher une crise alimentaire similaire à celle des années 2007-2008 où des émeutes de la faim avaient éclaté dans certains pays d’Afrique ou d’Asie après une envolée des prix.
Le 28 août, le représentant syndical a été reçu l’Elysée par le président de la République, où il a réitéré sa demande d’une action du chef de l’État au niveau du G20.
Limiter la spéculation
Sur ce point, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a déjà fait savoir dès le 13 août, que la France, en coordination avec les États-Unis et le Mexique étaient prêts à réunir le Forum de réaction rapide du G20 mis en place en 2011 sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy en cas de dégradation sur les marchés des céréales et du soja.
Les autorités attendent toutefois la publication d’un rapport sur l’état de la production américaine, prévu le 12 septembre, avant d’agir a précisé le ministre, lors d’un passage sur BFM TV le matin du 28 août.
Pour Xavier Beulin, ces tensions actuelles posent la question de la mise en place des politiques publiques de stockage, sujet écarté lors du G20 agricole de juin 2011. « L’agriculture ne peut plus vivre à court terme ».
Même chose pour la spéculation qui entraîne selon lui, une volatilité insupportable pour les professionnel. Stéphane Le Foll est favorable à la taxation des échanges boursiers et leur encadrement pour les limiter.
« On est idiots »
Conséquence directe de la situation actuelle, le responsable syndical estime que les consommateurs vont devoir s’habituer à une fluctuation plus importante des prix. En réaction, Xavier Beulin souhaite la mise en place de dispositifs contra-cycliques qui pourraient permettre d’en limiter les impacts. Producteurs, distributeurs et industriels, tous devraient participer à un effort collectif selon lui pour éviter que le consommateur soit le seul à payer la facture.
A ses yeux, les discussions actuellement en cours à Bruxelles sur l’avenir de la politique agricole commune ne répondent absoluement pas à ces enjeux. « On est idiots dans l’UE, car on vote des budgets et des dispositifs pour sept ans qui ne sont pas capables de s’adapter », a lancé M. Beulin qui souhaite qu’une partie des fonds de la PAC soit réservée aux mesures exceptionnelles comme l’épidémie e-coli en 2011. « Il nous faut des dispositifs plus sophistiqués pour s’adapter aux réalités du marché ». Il a ajouté que l’Europe avait 10 ans de retard par rapport aux États-Unis qui « vont mettre le paquet sur les assurances marges/revenus » en faveur des agriculteurs.
Défense du budget
L’autre grande préoccupation de la FNSEA est celle du budget européen consacré à l’agriculture pour la période 2014-2020. Le président de la République a réaffirmé lors de sa rencontre avec le responsable syndical qu’il défendrait un maintien des financements.
Sur les mesures techniques comme le verdissement de la PAC et la convergence des aides entre agriculteurs d’Europe de l’Ouest et de l’Est, Xavier Beulin demande que du temps soit accordé aux Français pour s’adapter aux nouvelles contraintes qui seraient sinon perçues comme « une double peine ».
La régionalisation de la gestion du Fonds européen agricole de développement régional (FEADER), promise par François Hollande aux présidents de régions, n’enchante pas les agriculteurs. Les exploitants issus des régions riches pourraient selon eux être favorisés par rapport aux autres, créant un manque de cohésion nationale et des distorsions de concurrence.
Un accord entre les 27 sur la PAC est espéré au printemps 2013.