Ursula von der Leyen à Montevideo pour signer l’accord UE-Mercosur
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et le commissaire au Commerce, Maroš Šefčovič, sont arrivés à Montevideo, en Uruguay, jeudi 5 décembre au matin, avec pour objectif d’achever les négociations sur l’accord commercial entre le bloc et les pays du Mercosur.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le commissaire européen en charge du Commerce, Maroš Šefčovič, sont arrivés à Montevideo, en Uruguay, jeudi 5 décembre au matin, avec pour objectif d’achever les négociations sur l’accord commercial entre le bloc et les pays du Mercosur.
« La ligne d’arrivée de l’accord UE-Mercosur est en vue. Travaillons, franchissons-la », a écrit la présidente de la Commission sur X à son arrivée en Amérique du Sud.
Malgré la vive opposition de la France, qui dénonce l’impact de l’accord sur l’environnement et les agriculteurs européens, la Commission semble bien décidée à conclure cette semaine les négociations entamées il y a plus de 20 ans avec des pays du bloc latino-américain (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay).
L’accord
Le projet de traité, discuté depuis 1999, vise à supprimer la majorité des droits de douane entre l’Union européenne et le Mercosur afin de créer un vaste marché de plus de 700 millions de consommateurs.
Il s’agirait du « plus grand partenariat commercial et d’investissement jamais vu » duquel « les deux régions tireront profit », selon Ursula von der Leyen.
Un premier accord politique entre Bruxelles et le Mercosur a été conclu en 2019, mais sa signature a été retardée en raison des préoccupations de l’UE concernant la déforestation en Amazonie et de l’opposition de la France, dont les agriculteurs s’inquiètent de l’afflux de produits agricoles bon marché — en particulier le bœuf et la volaille — en provenance d’Amérique du Sud sur le marché européen.
L’UE est le premier partenaire commercial du Mercosur, avec des échanges totaux (importations et exportations comprises) qui ont atteint 110 milliards d’euros en 2023. Selon la Commission, l’UE a également investi 330 milliards d’euros dans au sein du bloc latino-américain, ce qui en fait le premier investisseur étranger dans les pays du Mercosur.
S’il est conclu, l’accord permettra aux exportateurs européens de voitures, de produits pharmaceutiques, de machines et d’autres biens d’accéder à un bloc dont la production annuelle totale s’élève à 2 200 milliards d’euros. Les importateurs européens pourraient ainsi accéder à des matières premières essentielles à la transition écologique, telles que le lithium, le cuivre et le cobalt.
Les droits de douane élevés sur les exportations agroalimentaires de l’UE, notamment les droits de 28 % sur le fromage et de 27 % sur le vin, seraient par ailleurs supprimés.
« Nous sommes confrontés à de nombreux droits de douane et barrières non tarifaires au Brésil qui limitent notre potentiel dans l’une des économies à la croissance la plus rapide au monde. L’accord UE-Mercosur réduirait ou éliminerait ces barrières », a commenté Ignacio Sánchez Recarte, secrétaire général du Comité Européen des Entreprises de Vins (CEE), qui représente le secteur vitivinicole de l’UE.
De l’autre côté, il permettrait aux pays sud-américains concernés d’acheminer vers l’Europe de la viande, du sucre, du riz, du miel ou encore du soja.
Selon Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne, l’objectif de la visite à Montevideo est de discuter des « derniers compromis politiques » afin de conclure les négociations.
Ursula von der Leyen et Maroš Šefčovič « rencontreront leurs homologues politiques et travailleront dur pour trouver les derniers compromis en vue d’un accord de partenariat UE-Mercosur novateur », a-t-il ajouté.
La présidente de l’exécutif européen rencontrera le président uruguayen Luis Lacalle Pou ce jeudi à 19 heures, heure d’Europe centrale, et les autres dirigeants du Mercosur le lendemain.
Une dernière ligne droite sous tensions
Depuis quelque temps, les spéculations sur la conclusion potentielle des négociations et la signature de l’accord lors du sommet des dirigeants du Mercosur qui se tient en Uruguay vendredi 6 décembre vont bon train.
Ces dernières semaines, Paris a intensifié son opposition à l’accord, cherchant le soutien de pays européens partageant les mêmes préoccupations, notamment la Pologne, qui a elle aussi exprimé ses inquiétudes quant à l’impact de l’accord sur son secteur agricole.
Le président français Emmanuel Macron aurait « redit » à Ursula von der Leyen jeudi que l’accord était « inacceptable en l’état ». « Nous continuerons de défendre sans relâche notre souveraineté agricole », a soutenu la présidence française dans un sur X. Outre le respect des Accords de Paris sur le climat, le président français réclame la protection des agriculteurs européens, déjà en difficulté et qui ont été nombreux à manifester ces derniers mois.
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a adopté une position similaire fin novembre, affirmant qu’il n’accepterait pas le projet « sous cette forme ».
La venue d’Ursula von der Leyen en Uruguay coïncide toutefois avec les appels de plus en plus nombreux lancés par des groupes d’entreprises européens pour que l’accord soit conclu cette semaine. Pour Markus J. Beyrer, directeur général de l’association patronale BusinessEurope, « cet accord crucial a été longuement préparé — il est maintenant temps de le conclure ».
Commission ou États membres, qui aura le dernier mot ?
« Si les Français ne veulent pas de cet accord… ils ne décident plus de rien, c’est la Commission européenne qui décide », avait affirmé fin novembre le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, fervent défenseur de l’accord, également attendu au sommet du Mercosur à Montevideo.
« La Commission a la compétence exclusive pour négocier des accords commerciaux », a rappelé Olof Gill.
En vertu des traités européens, la Commission est seule négociatrice des accords commerciaux au nom des Vingt-Sept. Mais une fois un éventuel texte signé avec les pays du Mercosur, il doit être validé par le Parlement européen et le Conseil.
Et ceci est loin d’être acquis. L’Italie pourrait rejoindre l’opposition au traité, tout comme l’Autriche ou les Pays-Bas, qui ont déjà exprimé leurs réticences à son égard. Le ministre italien de l’Agriculture Francesco Lollobrigida a rejeté le projet de texte mi-novembre et exigé que les agriculteurs sud-américains soient soumis aux mêmes « obligations » que ceux de l’UE.
« Le texte n’est toujours pas satisfaisant », a déclaré cette semaine à l’AFP une source du gouvernement italien.
Une large majorité des États membres de l’UE, Allemagne et Espagne en tête, font désormais pression pour conclure la négociation au plus vite.
Pour empêcher l’adoption du texte, la France a besoin de rallier trois autres pays représentant plus de 35 % de la population de l’UE, un seuil qui serait aisément franchi avec l’appui de Rome et Varsovie.
Si un accord est conclu à Montevideo cette semaine, il pourrait donc être bloqué s’il n’obtient pas l’approbation du Parlement européen ou du nombre d’États membres suffisant.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]