Véhicules électriques : la Chambre de commerce chinoise met en garde contre les droits de douane

L’industrie européenne se réjouit du fait que l’UE devrait annoncer des droits de douane provisoires sur les véhicules électriques chinois ce mercredi (12 juin), tandis que la Chambre de commerce chinoise dans l’UE met en garde contre d’éventuelles représailles.

/ Euractiv.com
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Malgré l’hostilité de l’Allemagne, Bruxelles a décidé d’ajouter aux 10 % de taxe déjà en place une surtaxe allant jusqu’à 35 % sur les véhicules à batterie de fabrication chinoise, selon le texte du règlement mis en ligne par la Commission. [<a href="https://www.shutterstock.com/de/image-photo/aerial-view-vehicle-carrier-vessel-loading-2104257590" target="_blank" rel="noopener">Avigator Fortuner/shutterstock</a>]

La plupart des représentants de l’industrie européenne se réjouissent du fait que l’UE devrait annoncer des droits de douane provisoires sur les véhicules électriques chinois ce mercredi (12 juin), tandis que la Chambre de commerce chinoise dans l’UE (CCUE) met en garde contre d’éventuelles représailles.

La Commission européenne devrait présenter mercredi les résultats de l’enquête antisubventions sur les voitures électriques chinoises qu’elle a entamée en octobre de l’année dernière, ainsi que des droits de douane provisoires sur les importations de véhicules électriques.

Selon des analystes, la Commission pourrait annoncer des droits de douane allant de 15 à 30 %, qui viendraient s’ajouter aux droits d’importation existants de 10 %.

Selon des sources qui se sont confiées à Euractiv au début du mois, cette fourchette — que les constructeurs automobiles chinois sur le marché de l’UE pourraient absorber tout en conservant des marges bénéficiaires intéressantes — pourrait servir de « point de départ » pour d’éventuelles négociations avec la Chine. Ces droits de douane pourraient également servir de levier pour un accord qui verrait les droits de douane définitifs, attendus dans les quatre prochains mois, différer de l’annonce initiale, voire être entièrement supprimés.

Toutefois, la CCUE, qui représente plus d’un millier d’entreprises chinoises opérant dans l’Union, a prévenu dans une déclaration à Euractiv que les deux blocs devraient s’attaquer aux « tensions liées aux véhicules électriques […] par le biais du dialogue et de la consultation ».

« Malheureusement, certaines mesures de rétorsion semblent être en préparation », a annoncé la Chambre de commerce chinoise. « Au-delà du commerce, ces droits de douane sont susceptibles d’exacerber les tensions dans les relations entre la Chine et l’UE, qui sont déjà tendues », a-t-elle ajouté.

La CCUE s’est également opposée à l’allégation de l’UE concernant la « surcapacité » chinoise, affirmant que de telles affirmations étaient « enracinées dans une interprétation erronée ».

« Étant donné l’énorme demande de technologies permettant la transition écologique, le monde est en fait confronté à une sous-capacité dans des secteurs tels que les véhicules électriques et les panneaux solaires. »

Néanmoins, la plupart des représentants des entreprises européennes soutiennent la mise en place de droits de douane provisoires, car ils déplorent la concurrence déloyale des entreprises chinoises, dont les prix sont faussés, selon eux, par les avantages directs et indirects accordés par l’État chinois aux producteurs nationaux.

« Les asymétries croissantes dans les relations commerciales entre l’UE et la Chine et les distorsions du marché générées par la surcapacité doivent être abordées », a affirmé à Euractiv un porte-parole de la principale association patronale et de lobbying des entreprises de l’UE, BusinessEurope.

« Nous voulons éviter de nouvelles tensions commerciales, mais la Chine doit reconnaître que l’UE doit préserver la compétitivité de son industrie », a ajouté le porte-parole.

Ce n’est pas du protectionnisme si c’est l’autre qui a commencé

Les représentants de l’industrie automobile, y compris le PDG du groupe automobile franco-néerlandais Stellantis Carlos Tavares et l’Union de l’industrie automobile allemande (VDA), ont fait preuve de prudence depuis le début de l’enquête de la Commission, craignant une riposte chinoise qui pourrait nuire à leurs activités commerciales.

La VDA a également critiqué l’exécutif européen pour ne pas avoir suffisamment coordonné son action avec le gouvernement allemand. En Allemagne, les responsables politiques, y compris le ministre des Transports Volker Wissing (FDP/Renew), qu’Euractiv a interviewé en mai, sont très critiques à l’égard de cette initiative.

Jürgen Matthes, responsable de la politique économique internationale au sein de l’Institut économique allemand (IW), a toutefois critiqué les dirigeants du pays pour avoir « donné l’impression que nous pratiquions le protectionnisme si nous avions recours à de tels droits de douane provisoires ».

« C’est faux et trompeur », a-t-il déploré, affirmant que « la Chine pratique le protectionnisme en accordant des subventions importantes et généralisées — il n’y a aucun doute là-dessus ».

« Si nous utilisons des instruments de défense commerciale, il s’agit d’un moyen légitimé par l’OMC [Organisation mondiale du commerce] ; c’est tout à fait conforme aux règles », a expliqué M. Matthes.

Une enquête menée par l’IW auprès d’entreprises de différents secteurs a montré que 81 % d’entre elles estimaient que les droits de douane imposés aux voitures électriques chinoises étaient « justifiés » (57 %) ou « partiellement justifiés » (24 %), tandis que 7 % seulement estimaient qu’ils ne l’étaient pas.

« Le gouvernement allemand se concentre trop sur les intérêts des industries individuelles. Mais c’est la tâche des responsables politiques de garder un œil sur les intérêts généraux de l’économie », a rappelé M. Matthes.

La Chine exporte ses déséquilibres de croissance

Sander Tordoir, économiste en chef au Centre for European Reform, partage ce point de vue : « nous réagissons. Nous ne sommes pas l’agresseur, nous ne faisons qu’égaliser les chances ».

Selon lui, le problème des subventions publiques chinoises est exacerbé par la faible consommation intérieure du pays, qui rend ses entreprises de plus en plus dépendantes des exportations.

« Ils exportent leurs déséquilibres de croissance intérieure vers le reste du monde », a affirmé M. Tordoir. Il a ajouté que les négociations entre l’UE et la Chine ne permettraient vraisemblablement pas de progresser.

M. Tordoir est très critique à l’égard de la Chine, qui s’est montrée selon lui « totalement réticente» à remédier à ces déséquilibres tout en refusant de «réduire les subventions » malgré les demandes répétées des dirigeants de l’UE.

« L’UE a tout à fait le droit de dire qu’elle n’est pas disposée à accepter ce choc massif dû à l’augmentation de ses exportations, qui n’a rien à voir avec le libre-échange », a expliqué M. Tordoir.

Les syndicats appellent à la prudence

Benjamin Denis, conseiller politique principal chez industriALL Europe, qui représente sept millions d’employés dans les secteurs de l’industrie manufacturière, de l’énergie et de l’exploitation minière en Europe, a quant à lui souligné que l’étendue des mesures de l’UE n’était pas encore connue et a appelé à la « prudence » concernant la décision à venir.

Si certains considèrent que les droits de douane sont nécessaires pour protéger l’Europe du dumping chinois de véhicules électriques, M. Denis a déclaré que toute mesure de représailles de la part de Pékin pourrait créer « des problèmes [pour] les travailleurs des industries européennes ».

M. Denis a également fait remarquer que les droits de douane ne suffiraient pas à eux seuls à inverser le déclin industriel de l’Europe.

« Les droits de douane peuvent faire partie d’une réponse globale, mais ils [n’éliminent pas le besoin] d’une stratégie industrielle globale», a-t-il mis en garde.

[Édité par Anna Martino]