Vignes : la bataille contre la libéralisation se livre aussi à Bruxelles
Dans le dossier des droits de plantation, le débat est très vif à Bruxelles, où les protagonistes tentent de faire valoir leurs arguments auprès des institutions.
Dans le dossier des droits de plantation, le débat est très vif à Bruxelles, où les protagonistes tentent de faire valoir leurs arguments auprès des institutions.
Alors que les négociations sur la réforme de la politique agricole commune (PAC) se poursuivent, les discussions sur la libéralisation des droits de plantation de la vigne prennent de l’ampleur.
Selon une directive de 2008, la réglementation actuelle, qui oblige les viticulteurs à demander une autorisation avant de planter de nouvelles vignes, n’existera plus d’ici 2018. Cette procédure permettait jusqu’à présent de s’assurer que les vignobles maitrisent leur production.
Or, une quinzaine de pays, dont la France, mène une lutte acharnée contre ce projet.
>>> Lire : Libéralisation des vignes : la France passe à l’offensive
Les viticulteurs soutiennent cette fronde et le font savoir jusqu’à Bruxelles où tout se joue.
Face à la pression, la Commission a accepté en janvier de créer un groupe de travail de haut niveau, aujourd’hui largement critiqué.
L’Assemblée des régions européennes viticoles (AREV) a par ailleurs adopté en mai une résolution pour la défense des droits de plantation dans laquelle elle explique que la viticulture constitue l’un des «vecteurs clés de la civilisation européenne ».
>>> Lire : Vignes : le groupe de travail critiqué par les syndicats
Les professionnels affirment que lever ces restrictions pourrait affaiblir un secteur déjà en difficulté face aux importations bon marché, à la surproduction et à la demande en baisse. La part de terres consacrée à la viticulture en Europe a chuté de 12 % entre 2001 et 2011, selon les chiffres de l’Organisation internationale de la vigne et du vin.
Les organisations de défense de l’agriculture avancent également que les paysages bucoliques recouverts de vignobles sont une valeur ajoutée pour le tourisme et la conservation rurale sur laquelle l’Europe ne peut se permettre de faire une croix. Ce débat touche également une corde sensible.
Exode rural
« Le jour où nous supprimerons le vin, nous entrerons dans une période d’exode rural massif », a déclaré Daniela Ida Zandonà de la Fédération européenne des vins d’origine (EFOW), l’un des groupes luttant pour les droits de plantation.
Mme Zandonà rappelle que 15 gouvernements européens représentant les grandes régions vinicoles veulent conserver ces droits, ainsi que des petits producteurs comme la Hongrie, la République tchèque, la Slovénie ou la Bulgarie.
Les vignobles étaient l’un des rares domaines agricoles à avoir échappé à la libéralisation, alors que la Commission s’est attelée pendant des années à supprimer les quotas laitiers, entre autres.
Mais la protection des droits de plantation est tout de même loin de faire l’unanimité. Dans les pays émergents en terme de production de vin, les vignerons veulent avoir l’opportunité de développer leurs activités. Les secteurs de la mise en bouteille et de la distribution pensent que ces restrictions sont obsolètes dans un marché mondial du vin de plus en plus concurrentiel. Ils considèrent aussi contreproductif le principe de prime à l’arrachage visant à réduire la production des vins les moins rentables.
Une exception
José Ramón Fernández, secrétaire général du Comité européen des entreprises de vins (CEEV), fait partie de ceux qui souhaitent mettre un terme aux droits de plantation.
« En Europe, aucun autre secteur agricole n’est soumis à de telles restrictions. Il s’agit d’une exception », estime M. Fernández avant d’ajouter que ces limites entravent le développement du marché européen.
Le CEEV favorise plutôt des politiques d’amélioration de la coordination et du développement de la chaîne d’approvisionnement européenne afin de la rendre plus efficace et adaptée aux évolutions.
« Ce n’est pas une réglementation, c’est une interdiction », estime M. Fernández, qui fait par ailleurs partie du groupe de haut niveau soutenu par la Commission. « Nous sommes ouverts à d’autres solutions ».
Trouver un terrain d’entente
Le commissaire européen en charge de l’Agriculture a exhorté les deux camps à trouver un terrain d’entente.
L’EFOW a annoncé qu’elle était favorable à certaines dérogations aux droits de plantation dans les marchés émergents. « Nous comprenons qu’il devrait exister une règle pour les pays qui veulent développer leur secteur vitivinicole, c’est tout à fait logique », a reconnu Mme Zandonà.