Vladimir Poutine promet la stabilité en ces temps de turbulences

Vladimir Poutine a déclaré qu'il ne plongerait pas la Russie dans une période de stagnation lors de son troisième mandat présidentiel, mais qu'il lui offrirait une certaine stabilité en amont de ce qui s'annonce être une ère pénible de turbulences sur la scène mondiale.

EURACTIV.fr / Reuters
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Vladimir Poutine a déclaré qu'il ne plongerait pas la Russie dans une période de stagnation lors de son troisième mandat présidentiel, mais qu'il lui offrirait une certaine stabilité en amont de ce qui s'annonce être une ère pénible de turbulences sur la scène mondiale.

Vladimir Poutine, qui est arrivé à la tête de la Russie en 2000, d'abord en qualité de président, puis de premier ministre, semble prêt à remporter les élections présidentielles de mars prochain, mais il devra d'abord affronter une vague de mécontentement suite aux élections législatives contestées du mois dernier.

M. Poutine n'aura toutefois pas d'adversaire solide à affronter en mars. Ses détracteurs le comparent au dirigeant soviétique Léonid Brejnev qui a présidé le pays lors d'une période de stagnation dans les années 1970.

« Dans le monde moderne, la stabilité est un atout qui ne peut être gagné que par le travail, l'ouverture au changement et le désir de mener des réformes réfléchies », a écrit lundi (16 janvier) M. Poutine dans les Izvestia, un quotidien pro-gouvernement. Il a ajouté que la stabilité n'avait rien à voir avec la stagnation.

Dans un article qui, selon ses opposants, manque de précision, il a affirmé qu'il n'était ni pour les « agitateurs » qui exigent des changements rapides, ni pour les « gentlemen auto-satisfaits » qui préfèrent le statu quo.

La Russie risquait la faillite et la dissolution lorsqu'il a pris le pouvoir, a-t-il expliqué, faisant référence à une crise économique et au conflit séparatiste avec la Tchétchénie qui ont fait suite à la chute de l'Union soviétique. Il a affirmé qu'à l'époque, personne n'aurait pu s'imaginer que le pays s'en sortirait aussi bien.

Aujourd'hui, il faut trouver un moyen d'encourager la croissance de la Russie, a-t-il affirmé, ajoutant qu'il savait lesquelles de ses politiques devaient être ajustées. Il n'est pas rentré dans les détails sur ce point.

Il n'a pas directement mentionné les importantes manifestations organisées par des opposants qui affirment que ses années au pouvoir sont caractérisées par la corruption, la faiblesse des institutions et le népotisme.

Il a quant à lui déclaré que l'empressement de la société à introduire « les meilleures conditions de vie et normes de démocratie en Russie » était en soi une preuve du succès de ses politiques.

L'agence de notation Fitch a dégradé les perspectives de la Russie de « positives » à « stables » ce lundi. L'agence a justifié sa décision en affirmant qu'il n'était pas encore certain que les dirigeants russes répondraient aux vagues de protestations dans le pays, ce qui renforce le sentiment d'incertitude.

Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Moscou le 24 décembre dernier et l'opposition prévoit une nouvelle manifestation le 4 février.

Omissions

Le président russe, Dmitri Medvedev, a soumis un projet de loi sur l'élection directe des gouverneurs au parlement lundi. Il tente ainsi de répondre aux demandes des manifestants en revenant sur une décision prise par M. Poutine en 2004 et qui, selon ses détracteurs, représente l'une de ses plus sérieuses attaques contre la démocratie.

M. Poutine, qui avait décidé que les gouverneurs seraient nommés par le président, n'a pas mentionné l'initiative de M. Medvedev, une omission parmi d'autres selon ses opposants.

« Ce qui est intéressant dans cet article, ce n'est pas ce dont il parle, mais ce qu'il ne dit pas », a déclaré un homme politique de l'opposition, Vladimir Ryjkov.

« Il ne parle pas du fossé grandissant entre les riches et les pauvres, des sorties de capitaux, du développement de la corruption et de l'enrichissement de ses amis. »

M. Poutine a déploré que les débats électoraux se concentrent sur un « renouveau » politique, mais il n'a pas mentionné l'après-élection, appelant à un « grand dialogue sur l'avenir ».

« Parlons d'abord de la fraude électorale », a demandé le leader du parti de l'opposition Iabloko, Sergueï Mitrokhin.

« La société avec laquelle il veut dialoguer lui pose précisément cette question. Il propose un dialogue sur un autre point, il élude la question. »

M. Poutine a affirmé que la Russie serait bientôt frappée par une nouvelle crise économique mondiale et a vanté ses mérites en tant que dirigeant de crise ayant sauvé le pays en 2008-09 après la chute des prix du pétrole.

« Le monde entre dans une période de turbulence. Cette période sera longue et pénible. Il ne faut pas se faire d'illusion à ce sujet », a écrit M. Poutine.

Quant aux Etats-Unis et à l'Union européenne, M. Poutine a déclaré que les centres économiques mondiaux avaient généré des problèmes au lieu de servir de « locomotives de développement ».

Initiatives du peuple

Faisant clairement référence aux soulèvements populaires qui ont secoué le Moyen-Orient, M. Poutine a expliqué que des « forces destructrices » évoluaient dans différentes parties du monde avec l'aide de pays « tentant d'exporter la démocratie ».

Il  en a également appelé à la classe moyenne émergente, considérée comme le moteur des manifestations, affirmant que ce groupe, qu'il estime représenter entre 20 et 30 % de la population, devrait inclure les professeurs et les médecins, considérés comme parmi ses plus fervents partisans.

« La classe moyenne est composée de personnes qui peuvent choisir leur politique, leur niveau d'éducation leur permet de consciemment sélectionner un candidat et de pas seulement voter « avec leur coeur », a écrit M. Poutine, faisant allusion avec ironie au slogan de campagne de son prédécesseur, Boris Eltsine, en 1996.

En réponse aux nombreuses critiques, selon lesquelles l'économie russe reste trop dépendante des recettes pétrolières, M. Poutine a affirmé que les « initiatives du peuple » devraient rester les principaux moteurs de la croissance et non le pétrole, appelant les Russes à renforcer l'auto-gouvernance, l'entreprenariat et les activités caritatives.

Le pétrole et le gaz représentent toujours près de la moitié des recettes budgétaires de la Russie et les tentatives de diversification de son économie sont entravées par la bureaucratie et la corruption qui découragent les entrepreneurs potentiels issus d'autres secteurs.

« Nous y perdrons si nous ne comptons que sur les décisions des bureaucrates, des grands investisseurs et des sociétés d'Etat », a-t-il écrit. « Nous y perdrons si nous encourageons la passivité de la population. »