« Watergate » grec : l’autoritarisme de Kyriakos Mitsotakis ne peut plus être toléré

Le Premier ministre grec est un « facteur de déstabilisation » pour le pays et les citoyens ne supportent pas son attitude « autoritaire », a confié le législateur socialiste Michalis Katrinis à EURACTIV.

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Debate on PASOK-KINAL proposal for parliamentary probe into phone tappings begins
Michalis Katrinis, chef de la coalition politique PASOK — Mouvement pour le changement (PASOK-KINAL), lors d’un débat sur une proposition du parti d’opposition visant à mettre en place une enquête parlementaire sur le scandale des écoutes téléphoniques, au Parlement grec, à Athènes, le 29 août 2022. [EPA-EFE/STR]

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis est un « facteur de déstabilisation » pour le pays et les citoyens ne supportent pas son attitude « autoritaire », a confié le législateur socialiste Michalis Katrinis à EURACTIV suite aux révélations concernant la mise sur écoute par les services secrets du téléphone du leader de l’opposition socialiste grecque et eurodéputé Nikos Androulakis.

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Le « Watergate » grec, comme les médias internationaux le décrivent, a provoqué un séisme politique dans le pays méditerranéen, suscitant les démissions du secrétaire général et neveu du Premier ministre, Grigoris Dimitriadis, ainsi que celle du chef des services secrets, Panagiotis Kontoleon.

« De plus, la démission du neveu et plus proche collaborateur du Premier ministre soulève de nombreuses questions car elle n’a pas été présentée pour éviter l’atmosphère toxique, comme cela a été dit dans un premier temps. Le sacrifice de M. Dimitriadis cache probablement beaucoup de choses et doit encore faire l’objet d’une enquête », a noté M. Katrinis.

Le Premier ministre, quant à lui, tente de maintenir la tête hors de l’eau.

« [Kyriakos] Mitsotakis est désormais un facteur de déstabilisation. Des pratiques comme les écoutes téléphoniques et la surveillance des opposants politiques sont courantes dans des régimes comme celui de M. Poutine ou de M. Erdogan… pas dans un pays européen », a déclaré M. Katrinis, ajoutant que les institutions européennes devraient intervenir et aider à faire la lumière sur ce scandale.

Si le gouvernement de Nouvelle Démocratie (Parti populaire européen, PPE) a admis que les services secrets avaient mis le téléphone de M. Androulakis sur écoute, il n’a toutefois pas expliqué pourquoi, se cachant derrière le caractère « confidentiel » de cette opération.

Le gouvernement affirme également que M. Mitsotakis n’était pas au courant que les services secrets avaient mis sur écoute le téléphone du leader socialiste, un démenti remis en question par beaucoup, car l’une de ses premières mesures en tant que Premier ministre a été de placer les services sous sa supervision directe.

M. Katrinis, chef du groupe du Mouvement socialiste panhellénique (PASOK, membre du groupe S&D au Parlement européen) au Parlement, a déclaré que le Premier ministre grec a envoyé des messages contradictoires qui ont l’ont compromis.

« Lorsque la surveillance du président du PASOK a été mise au jour […], le Premier ministre a déclaré que celle-ci était légale mais a affirmé qu’il n’était pas au courant et que s’il l’avait su, cela ne se serait pas produit », a expliqué M. Katrinis.

Il a ajouté que le gouvernement a appelé M. Androulakis pour l’informer en privé de l’affaire, mais que le Premier ministre et le ministre d’État Giorgos Gerapetritis ont alors « déclaré qu’ils ne savaient rien, alors quelles informations lui fourniraient-ils ? » s’est interrogé M. Katrinis.

Protéger l’entreprise qui a acheté Predator

En juillet, les services du Parlement européen ont également découvert qu’il y avait eu une tentative de mise sur écoute du téléphone de M. Androulakis avec le logiciel espion illégal Predator.

Quelques mois auparavant, il avait été révélé que le journaliste Thanasis Koukakis avait été ciblé par Predator, un autre coup dur pour le pays en matière de liberté de la presse sous la présidence de M. Mitsotakis.

Pour M. Katrinis, le gouvernement « protège » l’entreprise qui a acheté le logiciel espion de surveillance illégale.

« Un mois après la divulgation du scandale, aucune perquisition n’a été effectuée dans les bureaux de la société qui commercialise Predator », a souligné M. Katrinis avant d’ajouter que le gouvernement a laissé largement le temps de faire disparaître ou d’effacer les preuves.

« Il est clair que le gouvernement tente d’étouffer l’affaire, de maintenir l’entreprise qui vend le logiciel illégal dans l’ombre afin que l’on ne sache pas qui et combien de personnes le possèdent, qui ils surveillent, et si et comment ils sont en lien avec le gouvernement, ce qui devrait être examiné par la commission d’enquête parlementaire », a-t-il ajouté.

La commission d’enquête parlementaire a commencé ses travaux en début de semaine, mais tous les responsables gouvernementaux concernés ont refusé d’expliquer pourquoi le téléphone de M. Androulakis était sur écoute, invoquant eux aussi le caractère « confidentiel » de l’opération.

Un lendemain sans Kyriakos Mitsotakis

Les partis d’opposition ont demandé la démission du Premier ministre grec ainsi que la tenue d’élections anticipées, mais le leader conservateur insiste sur le fait qu’il ira jusqu’au bout de son mandat.

Les prochaines élections générales sont prévues en 2023, et la nouvelle loi électorale suggère qu’un gouvernement de coalition sera nécessaire, une pratique presque inconnue des politiciens grecs, habitués aux gouvernements à parti unique.

Des scénarios éventuels circulent à Athènes, et les socialistes grecs joueront un rôle de faiseur de roi entre la Nouvelle Démocratie au pouvoir et le principal parti d’opposition, Syriza (gauche européenne).

Toutefois, ils n’ont pas encore dévoilé leur jeu.

Lorsqu’on lui a demandé si le scandale avait anéanti toute perspective d’une éventuelle collaboration entre les partis Nouvelle Démocratie et PASOK, le législateur socialiste a répondu que « l’équation de la stabilité politique et des évolutions politiques harmonieuses n’inclut pas M. Mitsotakis ».

« La Grèce ne peut plus tolérer ni l’autoritarisme et la mentalité anti-démocratique de M. Mitsotakis, qui est le Premier ministre de quelques-uns et des riches, ni le populisme de Syriza, qui est animé par une logique inacceptable de contrôle des institutions », a déclaré M. Katrinis.

Il a insisté sur le fait que dans une démocratie, il n’y a pas d’« impasses » et que M. Mitsotakis s’est retrouvé dans une impasse « c’est pourquoi il essaie de polariser » la politique grecque.

Il a ajouté que le PASOK ne participerait pas à la tentative de polarisation de la politique, ce que l’opposition principale tente également de faire, selon M. Katrinis, mais qu’il se concentrerait plutôt sur sa voie « autonome ».

« Le résultat des élections comprend la solution à l’impasse politique d’aujourd’hui. Et c’est pourquoi nous devrions d’abord laisser les citoyens s’exprimer », a-t-il déclaré.

En Grèce, des rumeurs circulent également sur l’adoption du modèle italien : un gouvernement de coalition avec un Premier ministre technocrate.

Interrogé sur ce scénario, M. Katrinis a déclaré qu’en Grèce, la culture de la coopération qui existait en Italie ou dans d’autres pays européens n’a pas été consolidée jusqu’à aujourd’hui, et pour cette raison, nous ne pouvons pas comparer différentes choses et situations.

« La question n’est pas de savoir qui sera le Premier ministre ou comment les postes au sein du gouvernement seront distribués, mais quel sera le contenu de la gouvernance. S’il constituera un véritable changement pour le pays, s’il donnera de l’espoir et une perspective à la société et aux citoyens grecs », a-t-il déclaré.

Le fonds de relance pour les amis du Premier ministre

Le PASOK et Syriza ont récemment proposé la création d’une commission parlementaire chargée de superviser la distribution de l’argent de l’UE provenant du Fonds européen pour la relance et des fonds du cadre de référence stratégique national (CRSN) 2021-2027, un appel rejeté par le parti au pouvoir, le parti Nouvelle Démocratie.

Selon M. Katrinis, le parti au pouvoir a élaboré le plan de relance national sans consulter les autres partis politiques, le public ou d’autres parties prenantes.

« Depuis le début, nous avions exprimé notre désaccord avec la façon dont les fonds sont distribués, car ils excluent la grande majorité des petites et moyennes entreprises et ne contribuent pas à la valeur ajoutée nationale », a affirmé M. Katrinis avant d’ajouter que le gouvernement n’a toujours pas évalué les 42 milliards d’euros alloués pendant la pandémie.

« Les ressources du Fonds pour la relance devraient et doivent donner une impulsion à la croissance et contribuer à la restructuration du modèle de production de l’économie grecque et non pas être distribuées par M. Mitsotakis à ses amis politiques et à l’oligarchie », a déclaré M. Katrinis, notant que la responsabilité et le contrôle sont nécessaires de toute urgence.