« Watergate grec » : un nouveau député de l’opposition grecque victime de Predator
L’affaire des écoutes téléphoniques en Grèce impliquant le programme d’espionnage « Predator » continue de prendre de l’ampleur. Un député de l’opposition de gauche a en effet déclaré au procureur, vendredi que son téléphone avait également été victime de piratage.
L’affaire des écoutes téléphoniques en Grèce impliquant le programme d’espionnage « Predator » continue de prendre de l’ampleur. Un député de l’opposition de gauche a en effet déclaré au procureur, vendredi (9 septembre), que son téléphone avait également été victime de piratage.
Christos Spirtzis, ancien ministre et député du principal parti d’opposition, Syriza, a été informé que son téléphone avait été piraté par Predator, ce qu’il a signalé au procureur général.
La liste des personnes visées par le logiciel comprend également le leader du parti socialiste grec et eurodéputé Nikos Androulakis ainsi que des journalistes d’investigation, tels que Thanasis Koukakis.
Depuis l’éclatement du scandale, le gouvernement conservateur de Nouvelle Démocratie a déclaré ne pas avoir acheté Predator mais a admis que les services secrets espionnaient « légalement » le leader socialiste.
Le gouvernement a toutefois refusé jusqu’à présent de révéler les raisons de cette surveillance en invoquant la « sécurité nationale ». Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a quant à lui déclaré qu’il n’était pas au courant de la mise sous surveillance du leader socialiste.
Une commission d’enquête parlementaire mise en place pour faire la lumière sur ce scandale n’a donné aucun résultat, dans la mesure où l’ancien chef des services secrets et le secrétaire général du Premier ministre, qui ont tous deux démissionné suite au scandale, ont refusé d’expliquer les raisons de la surveillance du leader de l’opposition grecque.
Le principal leader de l’opposition, Alexis Tsipras, a déclaré jeudi (8 septembre) que ceux qui invoquent la « confidentialité » pour dissimuler des crimes « doivent faire l’objet de poursuites pénales ».
L’affaire a provoqué un séisme politique à Athènes, portant un coup sévère au profil « réformiste » de M. Mitsotakis.
La question a également été discutée au sein de la commission PEGA du Parlement européen jeudi, mais les responsables du gouvernement grec n’ont pas fourni de réponses claires.
« Je ne sais pas si la discussion d’aujourd’hui est aussi transparente que nous le souhaiterions. Il s’agit de la démocratie européenne. Les interrogations sont très lourdes. Il s’agit de la corruption, de la liberté du pays, des élections et de la démocratie », a déclaré l’eurodéputée Róża Thun Und Hohenstein de Renew Europe.
Les services secrets sont sous le contrôle de Kyriakos Mitsotakis
S’exprimant dans le cadre du podcast « Beyond the byline » d’EURACTIV, l’eurodéputé de gauche Stelios Kouloglou a déclaré que le premier geste de M. Mitsotakis lorsqu’il a pris le pouvoir a été de faire passer une loi plaçant les services secrets sous sa supervision personnelle.
« Jusqu’à ce moment-là, le contrôle des services secrets faisait partie du ministère de l’Intérieur. Mais ensuite, il a changé la loi, et il l’a seulement changée pour nommer comme chef des services secrets nationaux une personne qui n’avait pas les qualifications nécessaires », a déclaré M. Kouloglou.
« Personne ne croit que M. Mitsotakis n’était pas au courant », a ajouté M. Kouloglou.
M. Koukakis, un journaliste d’investigation dont le téléphone a également été mis sur écoute par Predator, a déclaré à EURACTIV qu’il enquêtait sur des affaires de criminalité financière lorsqu’il était sous surveillance.
« Le rapport était lié à la manière dont l’amendement du code pénal a conduit à l’arrêt des poursuites et des procès de ceux qui étaient impliqués dans des scandales. La façon dont il a été plus facile pour les criminels financiers de récupérer les actifs qui avaient été gelés pour blanchiment d’argent », a-t-il déclaré.
« Ce sont les sujets sur lesquels nous enquêtions pendant la durée de ma première et de ma deuxième surveillance, de juin 2020 à septembre 2021 », a-t-il ajouté.
« Ce qu’il est important de souligner, c’est que mon cas révèle à quel point la défense des droits civils dans une démocratie européenne peut devenir fragile. Et avec quelle facilité, grâce à tous ces logiciels espions hyper sophistiqués, les gouvernements et d’autres parties peuvent violer ces droits », a-t-il conclu.