« Watergate grec » : une eurodéputée réclame de la « clarté » à l’approche des élections grecques
L’enquête sur le scandale des écoutes téléphoniques en Grèce devrait être terminée avant les élections nationales afin que « toute zone d’ombre soit levée », a déclaré l’eurodéputée néerlandaise Sophie in ’t Veld à EURACTIV.
L’enquête sur le scandale des écoutes téléphoniques en Grèce devrait être terminée avant les élections nationales afin que « toute zone d’ombre soit levée », a déclaré l’eurodéputée néerlandaise Sophie in ’t Veld à EURACTIV.
À Athènes, des inquiétudes ont en effet été exprimées quant au fait que certains responsables politiques dont le téléphone a été mis sur écoute pourraient être victimes de chantage, risquant ainsi d’affecter les négociations de coalition post-électorales.
L’eurodéputée néerlandaise Sophie in ’t Veld fait partie du groupe centriste Renew Europe du Parlement européen. Elle est également rapporteur de la commission d’enquête sur l’utilisation de Pegasus et de logiciels espions de surveillance équivalents (PEGA) et a suivi de près le scandale connu sous le nom de « Watergate grec ». Au cours de l’eté, la presse révélait que des responsables politiques, des hommes d’affaires et des journalistes ont été mis sur écoute par les services secrets grecs.
Le « Watergate grec » a secoué la vie politique grecque et a donné lieu à un climat particulièrement lourd à l’approche des prochaines élections nationales qui doivent avoir lieu à l’été 2023.
À la suite d’une demande du principal leader de l’opposition, Alexis Tsipras (Gauche européenne), l’autorité grecque de surveillance de la vie privée — l’Autorité hellénique pour la sécurité des communications et la protection de la vie privée (ADAE) — a confirmé la semaine dernière que le ministre du Travail Kostis Chatzidakis, le chef des forces armées Konstantinos Floros ainsi que trois militaires de haut rang avaient été placés sous surveillance par les services secrets.
Les partis d’opposition ont poussé le gouvernement à révéler les motifs de cette surveillance. Le gouvernement refuse pour l’instant de le faire, invoquant des raisons de sécurité nationale. Parallèlement, les services secrets sont placés sous le contrôle du Premier ministre conservateur Kyriakos Mitsotakis (PPE), conformément à une loi qu’il a promulguée à son arrivée à la tête du pays.
« Je considère comme un détournement institutionnel majeur et une destruction du cadre des forces armées le fait de mettre sous surveillance les chefs de la défense, la direction des forces armées et les chefs des programmes d’armement sous la responsabilité du Premier ministre », a déclaré le leader de Syriza M. Tsipras à EURACTIV Grèce lors d’une conférence de presse mardi (31 janvier).
M. Tsipras a annoncé au cours de cette même conférence de presse que son parti s’abstiendrait désormais lors des procédures législatives du parlement et a demandé au Premier ministre de démissionner et de convoquer immédiatement des élections anticipées.
L’ombre du chantage plane
Le scandale a éclaté l’été dernier lorsque l’eurodéputé et leader du Parti socialiste grec (Pasok) Nikos Androulakis a découvert que les services secrets avaient mis son téléphone sur écoute.
Les observateurs suggèrent que le parti Pasok, qui occupe régulièrement la troisième place dans les sondages, jouera un rôle de faiseur de roi lors des prochaines élections, en raison de la mise en œuvre d’une nouvelle loi électorale.
Au second tour des élections, un parti devrait obtenir 38 % des voix pour pouvoir former un gouvernement à parti unique. La moyenne des sondages actuels suggère qu’un gouvernement de coalition sera inévitable.
Le parti au pouvoir, Nouvelle démocratie (PPE), arriverait en tête, suivi de Syriza (Gauche européenne) et du Pasok (S&D). Le parti Pasok devrait donc désigner soit Nouvelle Démocratie, soit Syriza pour constituer un gouvernement.
Les tensions sont montées d’un cran en début de semaine lorsque Popi Tsapanidou, porte-parole de Syriza, a déclaré que le Premier ministre grec « pourrait connaître des secrets concernant [Nikos] Androulakis et le faire chanter », portant ainsi atteinte aux négociations de coalition post-électorales.
Le Pasok a vivement réagi, affirmant qu’il s’agit d’une absurdité, bien que le parti du leader ait admis plus tôt cette année que son téléphone avait été mis sur écoute « parce que certains veulent garder le Pasok en otage ».
M. Tsipras a déclaré mardi que la surveillance exercée par le gouvernement sur les ministres, les chefs des forces armées, les eurodéputés et les journalistes avait généré un contenu « riche » susceptible d’être utilisé pour exercer un chantage sur le système politique et économique au cours des cinq prochaines années.
L’eurodéputée Mme in ’t Veld a déclaré à EURACTIV qu’il fallait régler le scandale avant les élections.
« Comme nous l’avons déjà indiqué dans notre projet de rapport, il est vital que toute la lumière soit faite sur la situation avant les élections et que le moindre doute soit levé. L’affaire doit faire l’objet d’une enquête complète et immédiate », a souligné l’eurodéputée néerlandaise.
« Je salue à cet égard l’enquête actuelle menée par l’ADAE et l’Autorité hellénique de protection des données (DPA). La commission PEGA a décidé de les inviter en février pour faire le point sur la question », a-t-elle conclu.