WWF : l’UE « trompe » le monde à propos du climat [FR]

L’UE « joue des tours à l’atmosphère » lorsqu’elle clame qu’elle réduira ses émissions de 20 % avant 2020, selon Stefan Singer, directeur de la politique énergétique globale au WWF. Se confiant à EURACTIV lors d’un entretien, il a expliqué comment il a calculé que les émissions produites dans l’UE ne s’élèveront qu’à 4 à 5 % du total.

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L’UE « joue des tours à l’atmosphère » lorsqu’elle clame qu’elle réduira ses émissions de 20 % avant 2020, selon Stefan Singer, directeur de la politique énergétique globale au WWF. Se confiant à EURACTIV lors d’un entretien, il a expliqué comment il a calculé que les émissions produites dans l’UE ne s’élèveront qu’à 4 à 5 % du total.

« Ce que nous avons fait, c’est comparer le niveau d’ambition avancé par l’UE avec ce qu’il signifie concrètement. Un objectif de réduction de 20 % des émissions de l’UE avant 2020, selon les niveaux de 1990, ne signifie pas plus que 4 ou 5 % de réduction des émissions européennes » à partir de 2009, a-t-il déclaré. 

A l’appui de ce qu’il avance, M. Singer a expliqué que l’UE a déjà effectué 8 % de rédaction, principalement en raison de la désindustrialisation dans les anciens Etats soviétiques, qui a lieu depuis 1990, année de référence du protocole de Kyoto. 

« Reste donc 12 % », a souligné M. Singer. Mais il a déclaré que cet objectif ne sera pas atteint par des réductions d’émissions à l’intérieur des frontières européennes, dans la mesure où les plans de l’UE lui permettent largement (60 %) de le faire via des titres compensatoires d’émission dans les pays en voie de développement, en utilisant le mécanisme de développement propre (MDP) des Nations unies. 

« En principe, ce ne serait pas un problème si l’objectif au niveau européen était également important et si le mécanisme de développement propre avait été présenté comme vraiment complémentaire. Mais ce n’est pas le cas. »

En fait, a-t-il expliqué, les projets de compensation européens dans les pays développés sont sans effet car « ces réductions d’émissions auraient probablement eu lieu dans tous les cas », en raison des politiques mises en œuvres dans des pays tels que la Chine. En conséquence, M. Singer déclare que l’objectif européen de 20 % ne « représente qu’un objectif européen de 4 à 5 % » de réduction de maintenant à 2020.

« C’est un tour joué à l’atmosphère », affirme-t-il. 

« Si nous voulons rester en deçà des 2°C de réchauffement planétaire, l’Union européenne doit effectuer une réduction de 20 %. Et ils demandent aux pays en développement de réduire leurs émissions de 15 % à 30 %. C’est de la triche. Cela n’aide pas à atteindre l’objectif de 2°C ». 

Les Etats-Unis et la Chine font partie des leaders mondiaux

En comparaison, M. Singer a déclaré que le président américain Barack Obama s’est engagé à des réductions d’émissions beaucoup plus agressives. « L’administration Obama propose la stabilisation des émissions américaines aux niveaux de 1990 pour l’année 2020. Grosso modo, cela représente une réduction de 19 % des émissions à partir de maintenant ». 

M. Singer souhaite également contrer l’argument, souvent entendu en Europe, selon lequel les économies émergentes, telles que la Chine, ne font pas assez en faveur du changement climatique.

« La Chine s’est engagée à réduite son intensité énergétique, l’énergie utilisée par unité de PIB, de 20 % en seulement six ans, entre 2005 et 2010, et de 20 à 30 % d’ici 2020. Et c’est tout à fait considérable à l’égard de la croissance du PIB en Chine. La Chine s’est fixé un objectif très amitieux concernant les énergies renouvelables, soit 15 à 20 % de renouvelables en 2020, de la même façon qu’en Europe. La Chine a de 14 à 16 nouveaux projets pilotes sur la gazéification du charbon dans des gazoducs. En Europe, nous n’en avons qu’un ».

« La Chine est définitivement l’un des leaders mondiaux ».

Il a également exprimé sa confiance en le fait que la Chine sera un acteur constructif aux négociations climatiques de Copenhague, en décembre. « Je ne m’en fais pas à propos de la Chine. Tout le monde parle de la Chine ». 

Il a en revanche exprimé son inquiétude quant à la perte de son leadership mondial par l’Europe. « Je ne dis pas que l’UE ne fait rien. Nous avons d’excellentes lois dans quelques pays européens. Les lois sur les énergies renouvelables en Allemagne, et les clauses sur l’efficacité énergétique en Suède, etc. ; mais l’Union européenne, comme un tout, est en train de perdre son leadership sur les politiques communes harmonisées pour conduire le monde à la décarbonisation. Avec 4 à 5 % des réductions d’émissions européens, vous ne pouvez montrer la voie en matière de développement à faibles émissions de CO2 en Europe. »

La boîte noire russe est un motif plus important d’inquiétude  

Selon M. Singer, l’une des plus grandes incertitudes lors des négociations climatiques des Nations unies sera l’attitude de la Russie.

« L’expérience nous montre que la Russie arrive toujours avec une exigence ridicule de dernière minute. Et pas seulement sur le climat : sur tous les sujets, parce que la Russie conçoit les Nations unies comme un magasin en self-service. »

Afin de « traiter avec la Russie », a-t-il dit, il faut que la communauté mondiale commence à envisager des compromis. Le problème, a-t-il poursuivi, c’est que « personne ne sait ce qui sera concédé à la Russie, ni contre quoi, parce que la Russie est très souvent une boîte noire. »

Les pays en voie de développement font leur part des efforts

De l’autre côté, il s’est empressé de défendre le cas des pays en voie de développement, dont les efforts sont « souvent oubliés », a-t-il affirmé.

« Le Brésil s’est engagé à réduire ses émissions en Amazonie de 70 % avant la fin de l’année. L’Indonésie s’est engagé à réduire ses émissions de presque 100 % à Bornéo, qui est un des plus grands endroits de déforestation. Bien sûr, cela n’a pas de lien avec l’industrie, mais c’est tout de même un gros paquet d’émissions. Donc, les temps changent ! »

« Les pays en voie de développement sont en train d’agir. Ils s’engagent. Nous pouvons tous dire qu’ils ne font pas assez, et nous avons besoin de mise en œuvre, mais ils agissent. »

Des Européens arrogants 

M. Singer a rappelé que, face à ces efforts, les pays en voie de développement obtiennent peu en retour de la part des Européens.

« L’Europe a fondamentalement omis de donner au moins un minimum d’argent aux pays en voie de développement. Tout en disant de manière arrogante, vraiment arrogante : désolé, c’est une négociation, nous voulons voir ce que les autres font ». 

« C’est la recette de la catastrophe assurée. Et c’est pour cela que l’Europe va être mise en charpie par les pays en voie de développement. »

Pour lire l’entretien dans son intégralité, cliquez ici