La suppression des notices papier : risque pour les patients

La volonté de Bruxelles de promouvoir la santé numérique présente de nombreux avantages. Mais il faut éviter de nous engager dans la voie de la numérisation totale, qui risque de laisser de côté les Français les plus vulnérables.

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Dans l’état actuel des choses, les boîtes de médicaments pourraient ne plus être tenues de contenir des notices d’information clés indiquant la posologie, les effets secondaires et les interactions, à condition qu’elles comportent un QR code permettant d’accéder à ces informations en ligne. [iStock/Daisy-Daisy]

La volonté de la Commission européenne de promouvoir la santé numérique présente de nombreux avantages, notamment l’amélioration de l’accès des patients, de l’efficacité et de la gestion des soins de santé. Cependant, nous devons éviter de nous engager dans la voie de la numérisation totale, qui risque de laisser de côté les Français les plus vulnérables.

Cette menace est évidente aujourd’hui avec la révision du règlement pharmaceutique général de l’Union européenne, qui propose d’assouplir les règles relatives à l’information sur la sécurité des médicaments sans aucune évaluation de l’impact sur les patients.

Dans l’état actuel des choses, les boîtes de médicaments pourraient ne plus être tenues de contenir des notices d’information clés indiquant la posologie, les effets secondaires et les interactions, à condition qu’elles comportent un QR code permettant d’accéder à ces informations en ligne.

En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) lancera un projet pilote en octobre pour tester l’impact du passage à l’information numérique. Ce projet devrait permettre d’évaluer les risques pour la sécurité des patients qui sont isolés numériquement (par exemple dans les zones rurales), vulnérables ou qui n’ont pas les compétences numériques nécessaires pour accéder à ces informations. Des inquiétudes ont également été exprimées quant à l’impact sur les pharmacies, l’économie locale et les emplois des personnes chargées de fournir ces brochures.

Les notices pharmaceutiques imprimées sont le seul moyen sûr de garantir que les informations adéquates sont disponibles pour les patients lorsqu’ils en ont besoin.

C’est pour cela qu’une approche complémentaire, comprenant à la fois des notices imprimées et digitales, est la solution la plus sûre.

La protection des patients est essentielle

Alors que la Commission vise à garantir l’accès de tous les Européens aux soins de santé numériques d’ici à 2030, 32 % des Européens n’ont toujours pas de compétences numériques de base, et seulement 57 % des personnes âgées de 55 à 74 ans utilisent régulièrement l’internet. Plus de 80 % des Français âgés de plus de 65 ans sont sous prescription de médicaments. En 2021, plus de 60 % des ménages ruraux français ne sont pas desservis par des réseaux à très grande capacité (VHCN).

La fracture numérique est un problème important qui ne peut être ignoré. Il est essentiel de veiller à ce que les notices imprimées restent disponibles.

De plus, l’imprimé reste le choix préféré des citoyens français : un sondage récent indique que plus de la moitié d’entre eux souhaitent recevoir leurs informations médicales sous cette forme, plutôt que de manière digitale.

L’impression à la demande n’est pas une solution pratique

Si le règlement révisé survit sous sa forme actuelle et que la France met en œuvre un régime exclusivement numérique, les pharmaciens devraient proposer une option d’impression à la demande à tous les patients qui en ont besoin.

Cela risque de provoquer des erreurs d’information dangereuses, d’augmenter les coûts et d’accroître la pression sur les pharmaciens en termes d’espace, d’équipement et de temps. Les patients suffisamment attentifs pour demander une impression devront attendre plus longtemps à la pharmacie et recevoir plusieurs pages A4 à emporter chez eux. Le coût annuel de la production de notices « imprimées à la demande » dans l’UE est estimé entre 1,680 milliard et 3,495 milliards d’euros, selon que les notices sont imprimées à l’encre noire ou à l’encre quadrichromique.

De plus, les plateformes numériques sont sujettes à des problèmes techniques, tels que des pannes de serveur ou des cyber-attaques, qui pourraient empêcher les patients d’accéder à des informations vitales. Les notices imprimées, en revanche, sont toujours disponibles avec le médicament et ne dépendent pas de l’accès du patient à la technologie.

Alors que les discussions sur le sujet se poursuivent en France et dans le reste de l’UE, nous devons nous assurer que la nouvelle législation replace les patients au cœur de la discussion. L’avenir de nos soins de santé ne doit laisser personne de côté — ce qui signifie des solutions numériques disponibles pour ceux qui sont actuellement en mesure d’y accéder, ainsi que des solutions imprimées pour s’assurer que nous fournissons à tous les membres de nos sociétés les soins adéquats.

Pour en savoir plus sur la manière dont les notices médicales imprimées garantissent un accès inclusif aux soins de santé, consultez le site suivant : mlps-leaflet.org.