L’Ukraine et l’avenir de l’Europe : quelques questions aux États membres de l’UE

L’une des priorités de la CoFoE est « l’UE dans le monde ». La crise qui se joue actuellement en Ukraine pose de nombreuses questions sur ce qu’est et ce que devrait être le rôle de l’UE dans le monde.

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EURACTIV Italie
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Huit ans après la révolution de Maïdan, les Européens sont toujours à la merci de la Russie. Les États membres de l’UE n’ont pas réduit leur dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, ils n’ont pas créé d’Union de la défense ou de l’énergie, préférant une souveraineté nationale fictive et impuissante, alors que seule une souveraineté européenne pourrait s’avérer efficace. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/ukraine-european-union-russia-flag-grunge-2084755720" target="_blank" rel="noopener">TAM99PH</a>]

L’une des priorités de la Conférence sur l’avenir de l’Europe (CoFoE) est « l’UE dans le monde ». La crise qui se joue actuellement entre la Russie et l’Ukraine pose de nombreuses questions sur ce qu’est et ce que devrait être le rôle de l’Union européenne dans le monde.

Roberto Castaldi est le rédacteur en chef d’EURACTIV Italie et directeur de recherche au Centre international pour la gouvernance européenne et mondiale (CesUE).

La reconnaissance par la Russie des Républiques séparatistes du Donbass implique de facto une annexion. Une annexion formelle suivra peut-être, comme ce fut le cas pour la Crimée en 2014. Huit ans après la révolution de Maïdan — au cours de laquelle les Ukrainiens ont exigé la signature de l’accord de coopération avec l’Union européenne et beaucoup sont morts avec le drapeau européen à la main, jusqu’à la chute du gouvernement pro-russe de l’époque, qui avait été suivie de l’annexion de la Crimée par la Russie la même année — les Européens sont toujours à la merci de la Russie. Les États membres de l’UE n’ont pas diminué leur dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Ils n’ont pas créé d’Union de la défense ou de l’énergie, préférant une souveraineté nationale fictive et impuissante, alors que seule une souveraineté européenne pourrait s’avérer efficace.

L’orientation stratégique des États-Unis s’est déplacée de manière structurelle vers le Pacifique, en raison de la compétition avec la Chine pour l’hégémonie mondiale. Cela est évident au moins depuis la présidence de Barack Obama. Le déficit de pouvoir qui a suivi a rendu possible la déstabilisation du voisinage de l’Europe. Il a permis à la Russie (dont le PIB est inférieur à celui de la seule Italie et qui ne peut aspirer à devenir un hégémon mondial) et à d’autres puissances de mener des politiques agressives sans craindre de provoquer une forte réaction américaine.

La crise en Ukraine, tout comme le retrait d’Afghanistan, montre que la sécurité européenne ne peut être laissée entièrement aux mains des États-Unis. Le développement d’une capacité de défense européenne, le volet européen de l’OTAN tant attendu, est indispensable et urgent, tant pour garantir la sécurité européenne que pour renforcer l’Alliance atlantique.

Une défense européenne unique ne peut être réalisée en quelques jours. Néanmoins, une défense commune, basée sur le modèle double avec une force européenne, petite mais autonome, à côté des forces nationales, est possible. Son embryon pourrait être l’Eurocorps, qui pourrait être entièrement communautarisé, afin de doter l’UE d’une force d’intervention rapide et d’une structure de commandement et de contrôle.

Vladimir Poutine essaiera probablement de tempérer la réaction de l’UE et des États-Unis par la voie diplomatique, en attendant la prochaine occasion favorable pour annexer une autre partie de l’Ukraine — peut-être le couloir qui permettrait de réunir le Donbass et la Crimée et de transformer la mer d’Azov en mer russe — ou un autre pays. Les sanctions économiques ne seront pas dissuasives, à l’instar de celles mises en place depuis l’annexion de la Crimée.

Et ce, même si l’UE est le 1er partenaire commercial de la Russie, représentant 37,3 % du total des échanges extérieurs de pays, alors que cette dernière n’est que le 5e partenaire commercial de l’UE, représentant 4,8 % du commerce du bloc. Par ailleurs, l’UE exclut les exportations énergétiques de la Russie des sanctions, car elle en dépend trop. Par conséquent, les sanctions donnent un signal, mais ne règlent pas le problème.

Ensemble, les 27 États membres de l’UE possèdent plus du double des dépenses militaires de la Russie, mais leur capacité militaire est bien moindre. Les coûts de la non intégration européenne dans le domaine de la défense sont énormes en termes d’économie, d’interopérabilité, de sécurité, de capacité à jouer un rôle stabilisateur dans notre voisinage ainsi qu’à être un acteur mondial.

Une étude du Collège universitaire de Dublin montre qu’un réseau énergétique européen intégré pourrait réduire le coût de l’énergie de 32 %. Une véritable union énergétique — avec la mise en commun des réserves d’énergie, sur le modèle de la réserve stratégique de pétrole des États-Unis, et l’achat conjoint d’énergie à des pays tiers, comme cela a été fait pour les vaccins, pourrait probablement permettre de réduire de moitié le coût de l’énergie. C’est le coût énergétique de la non-intégration européenne. Par conséquent, la seule réponse européenne réaliste pour prévenir une future agression est l’union politique, car une union énergétique et une union en matière de défense, avec une capacité militaire européenne effective et déployable, posent la question de son contrôle politique, tout comme à l’époque de la Communauté européenne de défense.

Que faut-il de plus pour que les institutions européennes proposent une union de la défense et de l’énergie et que les États membres du bloc y adhèrent ? Le programme du gouvernement allemand suggère que la Conférence sur l’avenir de l’Europe lance un processus constitutif vers un État fédéral européen. Que doit-il encore se passer pour que les institutions européennes et les États membres convergent vers cette proposition ? Ce sont les questions auxquelles les institutions européennes et les autres gouvernements européens devraient répondre devant les citoyens européens.