Aide à l’Ukraine : un veto hongrois serait un « échec pour l’ensemble de l’UE »

Un veto de la Hongrie pour l’aide financière à l’Ukraine et l’ouverture des négociations d’adhésion avec Kiev lors du sommet européen de cette semaine serait « un échec pour l’ensemble du bloc, pas uniquement [l’échec] d’un dirigeant européen », selon la vice-Première ministre ukrainienne chargée de l’Intégration européenne.

Euractiv.com
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Olha Stefanichyna s’est entretenue avec la presse lundi (11 décembre) dans les locaux de la Mission ukrainienne auprès de l’UE, à quelques jours d’un sommet décisif de l’UE où l’avenir du processus d’élargissement, y compris à l’Ukraine, ainsi que l’aide au pays en guerre figurent parmi les priorités à discuter. [[EC/Claudio Centonze]]

Un veto de la Hongrie pour l’aide financière à l’Ukraine et l’ouverture des négociations d’adhésion à l’UE avec Kiev lors du sommet européen qui aura lieu cette semaine serait « un échec pour l’ensemble du bloc, pas uniquement [l’échec] d’un dirigeant européen », a déclaré la vice-première ministre ukrainienne chargée de l’Intégration européenne et euro-atlantique, Olha Stefanichyna, lors d’un entretien.

Mme Stefanichyna s’est entretenue avec la presse lundi (11 décembre) dans les locaux de la Mission ukrainienne auprès de l’UE, à quelques jours d’un sommet décisif de l’UE où l’avenir du processus d’élargissement, y compris à l’Ukraine, ainsi que l’aide au pays en guerre figurent parmi les priorités à discuter.

« Nous devons prendre la décision politique maintenant, en décembre — c’est un sujet extrêmement émotionnel du côté hongrois, mais au bout du compte, c’est une décision des Vingt-Sept, qui prendra ou non une décision. Soit il y a un consensus, soit il y a un veto », a déclaré Mme Stefanichyna.

« Un échec du sommet serait un échec pour l’ensemble de l’Union européenne », a-t-elle affirmé, ajoutant que l’issue du sommet affecterait la crédibilité du processus d’élargissement de l’Union et les discussions en cours à Washington concernant l’aide.

« Ceux qui plaident pour une absence de décision lors du sommet de décembre comprennent clairement que cela affecterait les décisions à prendre aux États-Unis », a-t-elle souligné.

Certains craignent en effet qu’un blocage du soutien financier européen, couplé au blocage américain, ne conduise l’Ukraine à la défaite militaire.

Viktor Orbán au centre de toutes les attentions

La réunion des dirigeants de l’UE comporte un double risque pour l’aide à l’Ukraine. En effet, les États membres du bloc n’arrivent pas à se mettre d’accord au sujet d’une aide financière de 50 milliards d’euros pour Kiev ni sur la décision politique d’entamer des négociations d’adhésion.

La Hongrie s’est quant à elle engagée à faire échouer le processus d’adhésion, qu’elle juge contraire à ses intérêts nationaux. Le pays s’est également opposé à l’augmentation de 100 milliards d’euros du budget de l’Union européenne, dont la moitié est destinée à soutenir l’Ukraine.

Le programme d’aide de l’UE pour l’Ukraine est conçu dans le but de contribuer au paiement des salaires, des pensions et de certains services publics de base.

Plus tôt en juin, M. Orbán avait déclaré qu’il n’était pas « acceptable » que la Commission européenne bloque les fonds de relance destinés à la Hongrie tout en plaidant pour l’octroi de 50 milliards d’euros supplémentaires à Kiev, ce qui avait incité Bruxelles à examiner un « plan B » reposant sur les 26 autres membres de l’UE.

Si aucune solution concrète ne devait être trouvée lors du prochain sommet, Mme Stefanichyna a déclaré que l’Ukraine n’avait reçu aucune garantie que les 50 milliards d’euros seraient effectivement versés.

« Il pourrait y avoir une solution provisoire », a expliqué Mme Stefanichyna, mais cela laisserait l’Ukraine « au bord de la survie, sans aucune visibilité [financière] » pour l’année suivante.

Viktor Orbán a été accusé d’utiliser l’Ukraine comme moyen de chantage pour obtenir le déblocage de fonds européens destinés à la Hongrie, gelés dans le cadre du mécanisme de conditionnalité des fonds de l’UE au respect de l’État de droit. Mais alors que Bruxelles devrait débloquer 10 milliards d’euros de ces fonds gelés mardi (12 décembre), Budapest pourrait formuler d’autres demandes en échange de sa voix durant le sommet européen.

« Il est tout à fait légitime qu’un État membre puisse mettre en place des conditions lors de discussions, […] mais la question est devenue extrêmement émotionnelle pour la Hongrie », a soutenu Mme Stefanichyna, dans une critique voilée du vote à l’unanimité pour la prise de décision au sein de l’Union.

« L’UE ce n’est pas seulement la Hongrie, c’est une question de volonté politique », a-t-elle ajouté.

En outre, les raisons derrière le veto de Budapest ont peu de rapport avec l’Ukraine en tant que telle et plus avec la politique interne de M. Orbán, a-t-elle déclaré, précisant que les Hongrois avaient tenté de créer un « faux discours » autour de son pays.

Selon elle, la Hongrie essaye de présenter l’Ukraine de la sorte : « [le président ukrainien Volodymyr] Zelensky ne parle pas [à Viktor Orbán] de la bonne manière […], l’Ukraine fait les choses de la mauvaise manière, agit de la mauvaise manière, se bat de la mauvaise manière ».

Incertitudes autour de l’élargissement

En novembre, la Commission européenne a recommandé l’ouverture de négociations avec l’Ukraine, même si elle indique dans son rapport que seules quatre des sept recommandations qu’elle avait formulées ont été pleinement mises en œuvre. Les réformes restantes, sur lesquelles le parlement ukrainien est actuellement en train de voter, feront l’objet d’une nouvelle évaluation des progrès en mars 2024.

Interrogée par Euractiv pour savoir si elle craignait que cela ne reporte la décision des négociations d’adhésion jusqu’en mars de l’année prochaine, Mme Stefanichyna a répondu : « Si vous me montrez un seul pays qui a rejoint l’UE au cours des 30 dernières années pour lequel un rapport dit que tout a été respecté à 100 %, alors je partirai du principe que ce pays n’a en réalité probablement pas respecté ces engagements. »

« Je peux difficilement imaginer qu’un autre pays puisse faire des progrès aussi importants que l’Ukraine au cours de toutes ces années, parce qu’aucun autre pays n’a été confronté à des circonstances aussi contraignantes », a-t-elle ajouté en référence à la guerre.

« Il s’agit d’un processus fondé sur le mérite : nous avons fait ce qu’il fallait pour que la décision soit prise. C’est maintenant aux dirigeants de l’UE de faire ce qu’ils ont promis. C’est dans l’intérêt de toute l’Europe », a insisté Mme Stefanichyna.

Selon la vice-première ministre ukrainienne, l’absence de décision lors du sommet de cette semaine aurait des répercussions qui dépasseraient le cadre de l’Ukraine et « affecteraient l’ensemble du processus d’élargissement, qui serait à nouveau gelé », y compris pour les Balkans occidentaux.

Elle a déclaré que ces pays étaient « dans la salle d’attente depuis des années », ajoutant que l’Ukraine avait maintenu le contact avec eux et qu’il n’y avait pas d’esprit de « compétition ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]