« Au-delà de la France, c’est bien l’Europe qui présidera le prochain G20 »

Le directeur des questions économiques de la fondation Terra Nova décrypte les enjeux du sommet qui se tient les 11 et 12 novembre à Séoul.

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Le directeur des questions économiques de la fondation Terra Nova décrypte les enjeux du sommet qui se tient les 11 et 12 novembre à Séoul.

Les dirigeants du G20 se réunissent à Séoul les 11 et 12 novembre. Quels sont les enjeux de ce sommet?

Le G20 va devoir attaquer de front et prendre des decisions sur trois questions cruciales : la guerre des monnaies, le soutien à apporter a la croissance mondiale et la réforme du FMI.

Première priorité, il est urgent de calmer la guerre des monnaies. Il s’agit d’interrompre momentanément la baisse du dollar et la dépréciation du yen, qui déstabilisent l’économie mondiale depuis septembre. Pour cela, la Chine doit poursuivre sa lente réappréciation du yuan et le relèvement progressif de ses taux directeurs. Il faut aussi que les États membres du G20 s’engagent à ne pas procéder à des dévaluations compétitives dans les prochains mois. 

Le second sujet est celui de la croissance mondiale. Il faudra bien sortir par le haut du débat relance/rigueur. D’un côté, les États n’ont plus les moyens de continuer à relancer l’économie faute de marges financières. De l’autre, une interruption trop brutale des plans de relance replongerait très probablement l’économie mondiale dans la crise. Une priorité s’impose : examiner la conversion progressive des plans de relance actuels vers des dépenses d’investissement plus pérennes afin de soutenir durablement la demande interne mondiale. 

Enfin, troisième et dernier chantier, le G20 devrait finaliser la réforme du FMI, du point de vue de sa gouvernance et de ses moyens d’intervention financiers, en portant ces derniers de 750 millions à 1 milliard de dollar pour faire face aux crises de change.

Angela Merkel a mis en garde contre un retour du protectionnisme. Cette crainte est-elle justifiée?

En réalité, le retour larvé du protectionnisme est déjà amorcé depuis plusieurs mois. Il faut réussir a contrecarrer cette évolution si l’on veut que la croissance mondiale redémarre vraiment et durablement.

Dans un rapport publié en octobre, le commissaire européen au Commerce, Karel de Gucht, a recensé pas moins de 332 mesures de restrictions des échanges mises en place depuis 2008. Il y a aujourd hui, notamment de la part d’un certain nombre de grands pays émergents, nettement plus de mesures distordant le libre-change qu’avant le début de la crise financière. C’est une réalité.

L’Europe peut-elle tirer son épingle du jeu à ce sommet?

C’est tout le problème. L’économie mondiale est en train de se réagencer autour d’un axe Wahington-Pékin. Malheureusement, dans un certain nombre de domaines, l’entente nécessaire de ces deux puissances se fait sur le dos de l’Europe. On le voit sur le terrain commercial et monétaire, mais aussi sur celui du FMI. L’Europe va par exemple renoncer à deux de ses sièges au conseil d’administration. Les ajustements se font malheureusement trop souvent au détriment de l’Europe.

Dans le domaine monétaire et des changes, l’Europe n’a guère de marges de manœuvre. La BCE a une priorité : la maitrise de l’inflation dans la zone euro. Pour le reste, on peut se demander si l Europe a reellement les moyens de peser face a la guerre actuelle des monnaies, alors qu’elle en est l’une des premieres victimes. L’Europe a toutefois raison d’en faire un sujet-clé de l’agenda de Séoul. De même qu’elle a raison de défendre une croissance mondiale mieux équilibrée et mieux régulée sur les plans monéraire, commercial et environnemental.

Comment la France va-t-elle pouvoir exercer la présidence du G20, dont elle prend la tête à partir du 12 novembre, si l’Europe a du mal à émerger dans le débat?

La France et l’Europe restent des interlocuteurs très importants dans le cadre du G20. L’Union europeeenne reste la principale puissance commerciale de la planète, ne l’oublions pas ! Il faut d’autres part souligner que la France et l’Allemagne se sont rapprochées sur un certain nombre de sujets. Je pense notamment à l’instauration d’une taxe sur les transactions financières, que nos deux pays auront toutefois du mal à faire accepter par les autres membres du G20.

De ce point de vue, l’Europe doit se saisir de la présidence française pour faire avancer un certain nombre de dossiers qui ont peu ou pas du tout avancé. Sur le développement et les financements innovants par exemple. Au-delà de la France, c’est bien l’Europe qui présidera le prochain G20 à partir du 12 novembre.