« L’Allemagne a besoin de la France »

L’eurodéputée socialiste estime que les responsables politiques d’Outre-Rhin ont pris conscience, pendant la crise, qu’ils ne pouvaient pas de désintéresser de la zone euro. Selon elle, Paris devrait profiter de cette fenêtre de tir pour faire passer ses idées.

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L’eurodéputée socialiste estime que les responsables politiques d’Outre-Rhin ont pris conscience, pendant la crise, qu’ils ne pouvaient pas de désintéresser de la zone euro. Selon elle, Paris devrait profiter de cette fenêtre de tir pour faire passer ses idées.

Vous portez un regard critique sur la relation franco-allemande. Pourquoi?

Je me méfie des discours trop monolithiques, qui consistent à invoquer sans cesse le couple franco-allemand. Il ne faut pas que la France s’enferme dans un face à face avec l’Allemagne. Il faut diversifier ses alliances. D’ailleurs, l’Allemagne a très bien su le faire lorsqu’elle a mis en place une stratégie pour assurer le succès de l’arrivée des nouveaux États membres dans l’UE.

En même temps, il est certain que les deux pays ont besoin de travailler ensemble. Au sein de la zone euro, leurs deux économies constituent une masse critique, elles ont un poids certain.

La France peut donner l’impression d’avoir besoin de l’Allemagne, la réciproque n’étant pas nécessairement vrai. Qu’en pensez-vous?

L’Allemagne a besoin d’une alliance avec la France. Notre pays lui permettra d’atteindre ses objectifs plus facilement que si elle était seule. Berlin ne veut surtout pas se retrouver en situation d’être isolée par des alliances de revers. Les Allemands sont obsédés par l’idée de ne pas être obligés de payer pour les autres pays de la zone euro, s’ils connaissaient des difficultés.

La crise a démontré aux responsables politiques allemands que le fonctionnement de la zone euro, dans son ensemble, avait un impact sur leur pays, et donc qu’ils ne pouvaient pas s’en désintéresser. 

En proposant le pacte de compétitivité, la chancelière [Angela Merkel] a reconnu que la question de la politique économique de l’UE devait être discutée, au-delà des agissements de chaque État membre.

La France profite-t-elle de cette situation vis-à-vis de l’Allemagne?

A mon sens, pas assez. Elle devrait s’en servir pour faire valoir des thèses utiles, comme la mise en œuvre de mécanismes de solidarité et une vraie politique de coordination économique. 

Prenons l’exemple de la réunion de Deauville. Dans quel domaine la France a-t-elle pesé pour réaffirmer ses conceptions en matière économique? 

Ces initiatives des gouvernements français et allemand mettent le Parlement européen hors-jeu…

J’ai l’impression que l’examen des six textes sur la gouvernance économique [proposés par la Commission en septembre] se limite à amuser la galerie. Parallèlement, nous n’avons plus prise sur un nombre considérable de dossiers, comme l’examen annuel de la croissance, ou la stratégie UE 2020. La soft law, qui a pour effet d’éviter une vraie confrontation avec le Parlement, se développe considérablement.

Si, comme le propose l’examen annuel de croissance, on contourne totalement les acteurs sociaux, ainsi que les parlements européens et nationaux, la tension anti-européenne va s’aggraver de manière radicale.