« L’Europe est un gouvernement sans tête »

Le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale affirme que l’Europe doit compléter le « pacte de compétitivité » avec des indicateurs sociaux et environnementaux.

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Le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale affirme que l’Europe doit compléter le « pacte de compétitivité » avec des indicateurs sociaux et environnementaux.

Quel regard portez-vous sur le pacte de compétitivité, qui sera rediscuté vendredi 11 mars par les dirigeants de la zone euro?

On l’appelle pacte de compétitivité. Mais en est-ce vraiment un? Je ne le pense pas. 

Au départ, il s’agit d’une initiative dite «franco-allemande». Mais c’est d’abord une initiative allemande à laquelle la France s’est ralliée. Cela montre la perte d’influence de la France – sans doute liée à sa situation économique et financière – par rapport à celle de l’Allemagne. C’est aussi la conséquence du faible engagement français dans la relation franco-allemande.

Un pacte de compétitivité n’a de sens que s’il n’est pas limité aux aspects comptables. Il doit avoir comme priorités la croissance, la préparation de l’avenir, et doit comprendre des indicateurs sociaux et environnementaux. 

A quelles sortes d’indicateurs précis pensez-vous?

Dans les indicateurs sociaux, on peut imaginer par exemple l’action contre le dumping salarial, avec des propositions en matière de salaire minimum. 

Mais cela signifie qu’il faut créer des ressources nouvelles. Elles seraient affectées à la résolution de la dette, et une autre partie au financement des dépenses d’avenir, la lutte contre le changement climatique, l’innovation et la recherche. Enfin, une dernière enveloppe serait utilisée pour aider les pays en développement, et notamment ceux qui sont en train de sortir de la dictature. Je pense aux pays arabes, ou à certains pays d’Afrique noire. 

Cela permettrait à l’Europe d’être offensive et pro-active. Elle pourrait montrer qu’elle n’est pas faite que de normes et de règlements. Les peuples qui aujourd’hui doutent de l’Europe retrouveraient en elle une capacité d’initiative pour faire bouger les choses dans le monde. 

Mais tout cela est absent du projet franco-allemand.

La taxe sur les transactions financières pourrait-être une nouvelle ressource?

Oui. Les socialistes français sont d’ailleurs très proches des sociaux-démocrates allemands sur cette question. Le chancelier social-démocrate autrichien y est également favorable.  Et les députés européens ont voté en faveur de cette taxe, un signe que cette proposition est en train d’avancer. 

Il s’agirait d’un taux relativement modeste, et qui pourrait, s’il était appliqué dans toute l’Union européenne, dégager jusqu’à 200 milliards d’euros de recettes. 

La Commission européenne a affirmé que ce n’était pas le moment d’établir une telle taxe…

Oui, mais pour la Commission européenne, ce n’est jamais le moment. Elle est toujours absente des initiatives. Cela vaut d’ailleurs aussi pour M. Van Rompuy [le président du Conseil européen, NDLR]. L’Europe est un peu un gouvernement sans tête. Il y a un manque de perspective, de volonté et de dynamisme européens. Il n’y a plus de vision. On est dans la gestion à court terme. 

Il ne faut pas attendre que cette taxe soit décidée à l’échelle mondiale. Ce n’est pas prêt d’arriver.

La gouvernance économique ne fait plus peur. Même s’il y a des résistances, le Parlement européen a montré qu’il y avait quelque chose de possible. On attendait beaucoup du G20, mais il ne s’y passe pas grand chose. Alors donnons l’exemple : soyons volontaires.