« La France n’atteindra pas 6% de déficit en 2011 »

La France présente un budget 2011 dans le but de respecter le pacte de stabilité et de croissance en 2013. Mais, selon l’économiste senior à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), la stratégie européenne de réduction du déficit n’est pas la bonne.

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La France présente un budget 2011 dans le but de respecter le pacte de stabilité et de croissance en 2013. Mais, selon l’économiste senior à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), la stratégie européenne de réduction du déficit n’est pas la bonne.

Le projet de loi de finances 2011 est-il un plan de rigueur ?

A l’évidence c’est un vrai plan de rigueur  comme on a rarement connu. Comment réduire de 1,7 points de PIB le déficit public en un an, avec une croissance de 2% ? Il va y avoir une hausse des prélèvements d’un moins un point de PIB et un ralentissement de la dépense publique. L’impulsion budgétaire sera négative, il y aura une croissance moins forte que s’il n’y avait pas de plan de rigueur. 

Le gouvernement s’attaque aux niches fiscales, avec une égalité de traitement pour tous les types de revenu. C’est plutôt bien. Il aurait pu revenir sur d’autres mesures, notamment le bouclier fiscal et sur les subventions aux heures supplémentaires qui ne sont pas adaptées en temps de crise. Le gouvernement aurait aussi pu faire des économies sur la fiscalité pour réduire le déficit, par exemple en augmentant les imports des plus riches.

La France va-t-elle réussir à diminuer son déficit public à 6% du PIB ?

L’objectif de passer de 7,7% à 6% de déficit ne sera pas atteint. Les prévisions de croissance du gouvernement à 2% sont optimistes. A l’OFCE, nous pensons qu’elle sera plutôt de 1,6% et nous tablons sur un déficit représentant 6.4% du PIB en 2011. Une réduction aussi forte du déficit est très rare.

C’est un objectif tres difficile à atteindre surtout aussi rapidement. Il y encore des efforts budgétaires prévues pour les années suivantes. Mais il faut faire attention. C’est un cercle vicieux, la réduction du déficit joue sur la croissance, c’est stratégique. Et s’il y a moins de croissance, l’effort budgétaire sera amplifié. 

Quant à la dette, selon nos simulations elle atteindra un niveau comme celui d’avant la crise, autour de 60% du PIB, en 2030.

L’objectif de la France est de respecter le pacte de stabilité et de croissance en 2013…

Clairement, la stratégie est initiée par la Commission et le pacte de stabilité. Mais une forte orthodoxie budgétaire présente un risque. L’UE veut aller trop vite pour appliquer les traités.

Le pacte de stabilité vise à avoir un équilibre budgétaire et ne prend pas en compte les emplois, le marché du travail, la croissance, la pauvreté. L’UE n’a pas de véritable politique de sortie de crise qui crée de la croissance et des emplois. L’objectif de réduire autant le déficit en si peu de temps fait pression sur la croissance.
Tous les États sont d’accord pour réduire leur déficit public, mais le faire pour 2013 est utopique et même dangereux. Il n’y a pas de prise en compte de la croissance et du marché du travail. On aurait pu atteindre l’objectif de 3% d’ici 5 à 6 ans, comme cela avait été annoncé au début.

La situation est-elle la même partout en Europe ?

Le déficit public français est peu élevé au regard d’autres pays. Certains pays comme l’Espagne ou l’Irlande, où la rigueur est plus forte qu’en Allemagne ou en France, ont commencé avant d’autres, en 2010. En 2011, tout le monde aura une impulsion budgétaire négative, tout le monde adopte une politique de rigueur en même temps, il n’y aura plus de dynamique. S’il n’y a plus de moteur, l’économie va vers une stagnation.

Il faut faire la différence entre les petits pays où la situation est très mauvaise (comme l’Irlande, la Grèce ou l’Espagne) et les grands pays, avec une politique adaptée à chaque pays, un rééquilibrage. Si la France et l’Allemagne font de la rigueur, il n’y aura plus de ressort sur la croissance, c’est une catastrophe. Il faut un moteur en Europe. On pourrait faire une relance mesurée par l’Allemagne ou la France.

Quel rôle pourrait jouer l’Allemagne ?

Pendant longtemps, l’Allemagne a eu une croissance au détriment de ses partenaires, il faudrait que les consommateurs allemands deviennent un moteur de croissance. Elle pourrait avoir un vrai rôle moteur. Pas par les exportations comme jusqu’à présent, mais avec par la consommation et les investissements.

Et la France ?

Elle pourrait avoir un rôle intermédiaire. Elle n’est pas dans une situation critique comme l’Espagne ou la Grèce mais pas non plus dans une situation aussi bonne que celle de l’Allemagne. La solidité financière est là, mais le marché du travail s’est dégradé. Elle pourrait avoir une politique budgétaire neutre.

Que fera la Commission si la France ne respecte pas le retour au 3% de déficit pour 2013?

Tout dépendra de la situation financière des autres pays. Est-ce que au bout d’un moment les citoyens européens vont accepter ça. La situation financière est fortement liée à la crise. Efforts tres importants si pas suffisant, mal accepté par les citoyens.