« La régulation financière est suffisante, tout dépend de la mise en place »
Légiférer est une chose, mais aujourd’hui les responsables politiques doivent veiller à la mise en place des mesures qu’ils ont faites voter, car, comme toujours, « le diable est dans les détails », explique l’économiste.
Légiférer est une chose, mais aujourd’hui les responsables politiques doivent veiller à la mise en place des mesures qu’ils ont faites voter, car, comme toujours, « le diable est dans les détails », explique l’économiste.
Le 12 octobre 2012, l’Institut français des relations internationales (IFRI) a présenté l’édition 2013 de son Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies (RAMSES). André Lévy-Lang, économiste et président du conseil d’administration de l’IFRI, fait partie des contributeurs.
Les mesures prises par les membres du G20, sur le plan international ou national, pour réguler la finance vous paraissent-elles suffisantes ?
Ce qui a été décidé me paraît en effet suffisant, mais tout dépend aujourd’hui de la mise en place. Aux États-Unis, la loi votée fait plus de 800 pages.
Dans les faits, elle en représentera plusieurs milliers sous forme de réglementation. C’est là que les lobbys de Wall Street, largement opposés aux nouvelles règles, vont intervenir, pour tenter d’influencer les experts. Le rôle des politiques sera donc tout aussi déterminant pour porter jusqu’au bout ces réformes. Le diable est dans les détails. La vigilance est nécessaire.
Pourtant, des secteurs comme les Hedge-Funds restent peu réglementés. N’est-ce pas une menace pour l’ensemble de l’édifice ?
Il est très difficile de tout contrôler. On ne peut pas empêcher une entreprise de proposer un service de spéculation à partir d’une épargne privée. Et quand bien même nous le ferions, certains acteurs du marché créeraient aussitôt des contournements. Les Américains aimeraient toutefois que ces acteurs soient plus transparents.
Il ne faut pas oublier que la crise de 2008 n’est pas venue des Hedge-Funds mais des prêts accordés à des gens insolvables.
Aux États-Unis, la règle Volcker, du nom de l’ex-président de la Fed, interdit aux banques d’utiliser leurs fonds propres pour spéculer, ce qui évite de séparer les banques de dépôts et d’investissements, tout en protégeant mieux les dépôts. Une telle réglementation aurait pu empêcher la faillite de Lehman Brothers en 2008.
En 2009, le G20 a mis en place le Conseil de stabilité financière (FSB, Financial Stability Board). Une équipe permanente y travaille, avec des représentants du monde entier. Ils ont déjà émis beaucoup de propositions. Les bulles spéculatives, il y en aura toujours, mais avec des outils comme le FSB, on peut espérer qu’elles éclatent sans conséquences aussi graves.
La zone euro a réglementé ses banques en leur imposant les règles dites de Bâle III qui les forcent à augmenter leurs fonds propres. Pourtant, elles ne se font toujours pas confiance entre elles, Mario Draghi indiquant dans ses interventions que le marché interbancaire est de plus en plus fragmenté. Un contre effet de la réglementation ?
Il est déjà prévu que Bâle III s’applique progressivement. Tout est une question de progressivité.
Plus généralement, la zone euro est face à deux problèmes qui se tiennent par la barbichette. La capacité des États européens à rembourser leurs dettes est remise en cause, ce qui entraîne un risque bancaire pour les banques européennes, qui détiennent des titres de dette en grand nombre.
La Banque centrale européenne a voulu répondre au second problème en prêtant 1000 milliards d’euros sur trois ans aux établissements bancaires, l’hiver dernier.
Il lui restait alors à persuader l’ensemble du monde de prêter de nouveau à la zone euro – en dehors de l’Allemagne et de la France. D’où son action de la semaine dernière. Les marchés pensent donc aujourd’hui que les pays sinistrés auront le temps nécessaire pour se redresser, rembourser leurs dettes, ce qui améliorera la santé des banques qui détiennent en partie de cette dette.
Comme le précise à chaque fois Mario Draghi, la BCE a fait son travail, maintenant, la balle est dans le camp des politiques.
Ces derniers envisagent d’ailleurs de mettre en place une union bancaire. Va-t-on connaître autant de difficultés et divisions que dans le dossier de la taxe sur les transactions financières (TTF)?
La dimension politique de l’union bancaire est bien moindre que pour la taxe sur les transactions financières. Les citoyens s’y intéressent beaucoup moins et les gouvernements peuvent l’accepter, si c’est la BCE qui en est le pilote.
Pour la TTF, les enjeux sont autres. La délocalisation d’une partie des marchés financiers vers Londres, opposé à la taxe, est imaginable. La City a atteint une masse critique en combinant plusieurs avantages comme la fiscalité, l’organisation, la langue, la stabilité.
Paris, en s’alliant avec Francfort, pourrait rester une place financière importante. Mais une taxe comme celle qui est imaginée actuellement ne va pas dans le bon sens. On l’évoque pour réduire à la fois la spéculation et générer des recettes. Or, si le premier fonctionne, le second s’écroule. Pourquoi ne pas utiliser l’argent pour garantir les dépôts des épargnants de la zone euro ?