La volonté d'élargissement est de retour et l'UE est prête à agir rapidement, selon le commissaire à l'Elargissement

Le commissaire européen à l’Elargissement Olivér Várhelyi a déclaré à EURACTIV que la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine avait fait avancer le débat autour du processus d’élargissement de l’Union européenne.

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« C’est peut-être le seul impact positif de la guerre de la Russie en Ukraine, car elle a permis de dégriser le débat sur l’élargissement ainsi que sur la capacité de l’UE à intégrer [de nouveaux Etats membres », a déclaré M. Várhelyi. [Shutterstock/Alexandros Michailidis]

Dans un entretien exclusif accordé à EURACTIV, le commissaire européen à l’Elargissement Olivér Várhelyi a déclaré que la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine avait fait avancer le débat autour du processus d’élargissement de l’Union européenne et montré la nécessité d’accélérer les procédures qui avaient été essentiellement interrompues par la Commission précédente.

Ces commentaires sont intervenus après que les dirigeants de l’UE ont accordé en juin le statut de candidat à l’adhésion l’Ukraine ainsi qu’à la Moldavie en signe de solidarité face à l’agression russe et après que les États membres aient donné leur feu vert en juillet à l’ouverture des discussions d’adhésion longtemps retardées avec la Macédoine du Nord et l’Albanie.

« C’est peut-être le seul impact positif de la guerre de la Russie en Ukraine, car elle a permis de dégriser le débat sur l’élargissement ainsi que sur la capacité de l’UE à intégrer [de nouveaux Etats membres », a déclaré M. Várhelyi.

« Nous, Européens, réalisons non seulement que l’Europe ne connaîtra pas la sécurité, la stabilité et la prospérité si les Balkans occidentaux ne sont pas pleinement intégrés, mais nous sommes également prêts à agir en ce sens », a-t-il poursuivi.

L’élargissement n’a pas suscité un grand enthousiasme au sein de l’UE ces dernières années, et certains États membres ont demandé une réforme de l’UE avant d’admettre de nouveaux membres.

« N’oubliez pas que nous avons succédé à une Commission européenne qui avait dit “pas d’élargissement” — le mal était fait », a déclaré M. Varhelyi, ajoutant que vers la deuxième moitié de son mandat, la Commission Juncker « a réalisé que c’était une erreur stratégique. »

« Ce que j’attends maintenant, et ce qui constituera une énorme responsabilité pour la Commission européenne, c’est qu’il y ait désormais une volonté politique claire, ce qui n’a pas toujours été évident. »

Interrogé sur la proposition du président français Emmanuel Macron d’une Communauté politique européenne, qui renforcerait les liens de l’Union avec les pays non membres de l’UE situés dans son proche voisinage, M. Varhelyi a seulement déclaré que cela « pourrait rajouter une autre couche ».

Le commissaire hongrois a déclaré que l’Europe ne disposait pas d’une plateforme politique appropriée pour s’engager avec les pays candidats « mais aussi avec son voisinage, où l’Europe est capable de discuter avec ses alliés et partenaires, d’échanger et de s’engager de manière beaucoup plus intense ».

Par le passé, lorsque la Hongrie ou la Pologne étaient des pays candidats, elles étaient invitées au deuxième jour des sommets de l’UE, ce qui est « très ancré aussi dans la mémoire de nos amis des Balkans occidentaux ».

« Ils se sentent impliqués, et les impliquer leur permettrait également de mieux connaître nos processus, ce qui les inciterait à s’engager rapidement dans de nombreux domaines », a-t-il ajouté.

Des changements sont nécessaires dans les pays candidats

Après la résolution d’un différend de longue date entre Skopje et la Bulgarie, pays voisin membre de l’UE, l’Albanie devrait entamer immédiatement les négociations d’adhésion. La Macédoine du Nord, quant à elle, devra d’abord modifier sa constitution afin d’y inclure les Bulgares parmi les autres nations qui la composent. En la matière, elle ne dispose pas du consensus nécessaire au parlement.

Cette situation a incité l’opposition nationaliste à organiser des journées de manifestations à Skopje. M. Varhelyi estime que ces dernières ont dépassé les limites démocratiques fondamentales.

« Pour la Macédoine du Nord, ce devrait être un moment de décrispation, y compris pour l’opposition. Brûler des documents dans la salle plénière, pousser les gens à la violence et inciter à la haine n’apportent rien, que des dégâts. »

« Il y a des limites très claires à la manière européenne de faire de la politique, des limites très claires à la politique civilisée, et mon avis est que beaucoup de ces lignes rouges ont été franchies par l’opposition », a-t-il ajouté.

Interrogé sur l’éventualité de nouveaux blocages, M. Varhelyi a déclaré que l’objectif était de « créer des critères clairs, équitables et transparents qui soient également gérables et qui puissent réellement changer le négativisme des deux côtés ».

Parallèlement, il a souligné que « l’Albanie a fait preuve d’une véritable solidarité avec la Macédoine du Nord et de maturité en comprenant que nos États membres souhaitaient que les deux pays aillent de l’avant », mais a indiqué que l’Albanie pouvait désormais avancer seule.

« L’ensemble du processus d’élargissement est basé sur le mérite, et la course est maintenant lancée, quiconque est le premier à fournir des résultats devrait pouvoir adhérer en premier », a précisé M. Várhelyi.

« L’important, s’ils fournissent rapidement des résultats, c’est que nous soyons prêts à agir rapidement aussi, (…) et puisque nous sommes en charge maintenant, enfin, la vitesse sera très, très différente », a-t-il déclaré. Il a également ajouté que la Commission avait entamé la procédure de sélection dès que les États membres ont donné leur feu vert la semaine dernière.

Une proposition qu’ils ne peuvent pas refuser

« Nous devons maintenant travailler très, très dur avec les pays candidats pour qu’ils puissent accélérer leurs préparatifs et leur réelle intégration », a déclaré M. Varhelyi.

La méthodologie d’élargissement mise à jour par la Commission européenne à compter de 2020 est censée servir cet objectif. M. Varhelyi estime qu’il s’agit là de la solution car « la question de l’État de droit est non seulement au centre des préoccupations, mais aussi des outils supplémentaires qui permettent d’accélérer le processus. »

Les pays candidats pourraient être intégrés plus rapidement dans les secteurs dans lesquels ils ont conclu un ensemble de négociations et par le biais du plan économique et d’investissement.

« C’est pourquoi les Serbes et les Monténégrins ont immédiatement opté pour la nouvelle méthodologie », a déclaré M. Varhelyi.

Une adhésion serbe « par étapes »

La Serbie, candidate à l’UE depuis 2009, a gardé des liens étroits avec le Kremlin pendant les 10 ans de présidence d’Alexandar Vučić et a été réticente à se joindre aux sanctions contre la Russie malgré la pression occidentale.

À la question de savoir si l’UE serait intéressée par l’accélération des processus d’adhésion avec Belgrade, M. Varhelyi a répondu que « la Serbie a toujours entretenu une relation très spéciale avec la Russie ».

« Ce que nous constatons en Serbie, c’est qu’elle se trouve dans une situation très difficile, en raison de sa vulnérabilité en matière d’approvisionnement énergétique et de la nature instable de son cadre de sécurité », explique-t-il.

Il souligne par ailleurs que le pays est presque entièrement dépendant du gaz russe et que ses principales entreprises énergétiques sont majoritairement détenues par des Russes.

M. Varhelyi a toutefois souligné que, malgré les préoccupations liées à l’alignement, des signes positifs ont également été observés au cours des derniers mois, notamment le vote de la Serbie aux côtés de l’Occident lors de l’Assemblée générale des Nations unies sur l’Ukraine.

« Nous voulons que la Serbie soit notre alliée, nous avons besoin qu’elle soit solidaire avec nous et qu’elle soit à nos côtés, mais nous devons également comprendre sa position lorsque nous lui demandons quelque chose », a déclaré M. Varhelyi, qui a été critiqué pour avoir tenté de stimuler la campagne en faveur de l’adhésion de Belgrade à l’UE malgré les préoccupations liées à l’État de droit.

« Cela se fait par petites étapes, et nous devons permettre à ces étapes d’avoir lieu. Parce que si nous ne le faisons pas, alors nous infligeons précisément le contraire de ce que nous voulons obtenir », a déclaré M. Varhelyi, laissant entendre que presser ouvertement Belgrade trop fermement sur certaines positions pourrait entraîner le risque de perdre le pays.

« Beaucoup de nos États membres veulent voir davantage de cette solidarité. Et j’ai bon espoir que cela vienne progressivement de Belgrade, car Belgrade est sur la voie de l’Europe ; c’est un pays candidat », a-t-il déclaré.

Se méfier de l’influence russe

L’importance stratégique du voisinage proche de l’UE a augmenté depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, avec des craintes quant à l’influence de Moscou dans la région.

« Les tentations sont très claires partout où nous regardons, non seulement dans les Balkans occidentaux, le partenariat oriental, mais aussi, par exemple, en Libye — elles sont partout », a déclaré M. Varhelyi. Il a ajouté que l’UE doit faire comprendre très clairement dans ses relations avec les Balkans occidentaux « que seule l’Europe peut apporter la paix, la stabilité et la sécurité à long terme ».

La Russie nous l’a parfaitement prouvé avec la guerre en Ukraine, car la réaction immédiate des Balkans a été « cela est dangereux et pourrait nous retomber dessus », a-t-il indiqué.