L’euroscepticisme, un concept ancré dans l’ADN de l’extrême droite allemande

Quelque dix mois avant les élections européennes de juin 2024, le parti d'extrême droite allemand AfD s’est fermement engagé sur la voie de l’euroscepticisme. La critique de l'Union européenne est l’un de ses sujets les plus fédérateurs, comme l'analyse pour EURACTIV Uwe Jun dans un entretien.

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The Alternative for Germany (AfD) holds party convention in Magdeburg
« Les tendances eurosceptiques - ceux qui sont sceptiques [des institutions], voire qui rejettent complètement l'UE - forment aujourd’hui une majorité claire à l'intérieur du parti », a-t-il ajouté. [EPA-EFE/Clemens Bilan]

Quelque dix mois avant les élections européennes de juin 2024, le parti d’extrême droite allemand AfD s’est fermement engagé sur la voie de l’euroscepticisme. La critique de l’Union européenne est l’un de ses sujets les plus fédérateurs, comme l’analyse pour EURACTIV Uwe Jun dans un entretien.

Avec la nomination de Maximilian Krah, chantre de l’anti-Bruxelles, en tant que tête de liste lors du congrès du parti le week-end dernier, l’AfD a donné le ton de sa campagne pour les élections européennes.

Si le programme politique ne sera finalisé que ce week-end (4-6 août) lors d’un deuxième congrès, la nomination de M. Krah montre déjà que « les forces les plus radicales sont toujours à la tête de l’AfD, et gagnent même du terrain », selon M. Jun, professeur à l’université de Trèves, spécialiste des partis politiques.

« Les tendances eurosceptiques – ceux qui sont sceptiques [des institutions], voire qui rejettent complètement l’UE – forment aujourd’hui une majorité claire à l’intérieur du parti », a-t-il ajouté.

Une telle évolution pourrait permettre au parti de renforcer sa base électorale.

« Les électeurs [que le parti] vise ne sont [de facto] pas très favorables à l’UE », explique le chercheur, ajoutant que l’électorat du parti voit plus d’inconvénients que d’avantages dans l’adhésion à l’UE en critiquant, par exemple, le rôle de l’Allemagne en tant que contributeur net au budget de l’UE.

Les derniers sondages pour 2024 placent l’AfD en deuxième position derrière le plus grand parti d’opposition, le parti conservateur CDU, et devant les sociaux-démocrates du chancelier Olaf Scholz. Le parti est particulièrement puissant dans l’est de l’Allemagne, où, selon les dernières données de l’Eurobaromètre, le nombre de personnes ayant une opinion négative de l’UE est plus élevé que celui des personnes ayant une opinion positive.

Renforcer l’identité du parti

L’AfD a été fondée en 2013 en se positionnant contre Bruxelles, dans le sillage de la crise de l’euro, puis s’est progressivement déplacée vers l’extrême droite en se penchant notamment sur la question de l’immigration.

Selon M. Jun, l’euroscepticisme fait « partie de l’ADN du parti » et pourrait servir de force unificatrice entre les diverses factions et chapelles. « C’est ce sur quoi tout le monde dans le parti peut encore être d’accord, et cela sert également à la formation d’une identité commune », a-t-il ajouté.

Alors que des débats sont en cours en interne pour décider si le parti devrait faire pression pour une sortie pure et simple de l’Allemagne de l’UE – un « Dexit » – M. Jun doute que la solution la plus radicale soit retenue au congrès.

Au lieu de cela, la direction du parti adoptera très certainement une approche similaire à celle des autres partis du groupe parlementaire d’extrême droite au Parlement européen Identité et Démocratie (ID), tels que le Rassemblement national (RN) ou la Lega italienne : « Miner l’UE de l’intérieur, plutôt que de chercher à en sortir ».

Membres à part entière d’ID

Lors du congrès du week-end dernier, le parti a d’ailleurs pris la décision de rejoindre ID. Jusqu’à présent, les députés européens de l’AfD étaient membres du groupe, mais pas le parti dans son entièreté.

Bien que leur coopération avec le reste d’ID ait été quelque peu cahoteuse jusqu’à présent, le parti visera probablement à travailler de concert avec ses partenaires européens après 2024, selon M. Jun.

Le fait que des personnalités du parti plus modérées, tel que l’ancien candidat principal du parti et actuel eurodéputé Jörg Meuthen, ne siègent plus à ID, a permis un virage à droite plus prononcé, influencé par le RN et la Lega.

M. Meuthen avait quitté le groupe parlementaire de l’AfD en février 2022 pour protester contre les « tendances totalitaires » du parti.

Un cordon sanitaire toujours intact

Néanmoins, il existe une différence notable entre l’Allemagne et de nombreux autres pays européens en ce qui concerne la coopération des partis politiques nationaux avec l’extrême droite, pointe le chercheur.

Il a cité la Finlande, la Suède, l’Italie et l’Espagne, où les partis conservateurs coopèrent déjà officiellement ou officieusement avec les partis d’extrême droite au niveau national ou régional, ce qui n’est pas encore le cas en Allemagne.

« L’Allemagne est plutôt une exception, avec peut-être la France, où les républicains ont également des scrupules à coopérer avec l’extrême droite », a-t-il déclaré, affirmant que le cordon sanitaire, qui exclut l’extrême droite de toute alliance politique, tient toujours.

La normalisation de l’extrême droite sur l’échiquier politique dans une grande partie de l’Europe a également un impact sur les débats à Bruxelles, à l’instar du chef du groupe parlementaire de centre droit au Parlement européen, l’Allemand Manfred Weber, s’est montré ouvert à des négociations transpartisanes.

« Vous pouvez constater que M. Weber est nettement moins opposé à une collaboration avec l’extrême droite que de nombreux membres de [son propre parti] la CDU », conclut Uwe Jun.

[Traduit et édité par Théo Bourgery-Gonse]