Malgré l’inflation, « pas d’affaiblissement de la demande » pour Easyjet
Le directeur général de la compagnie aérienne britannique Easyjet affiche sa confiance pour l’activité d’été malgré l’inflation, la menace de grèves et de possibles difficultés opérationnelles liées à la reprise post-pandémie.
Le directeur général de la compagnie aérienne britannique Easyjet affiche sa confiance pour l’activité d’été malgré l’inflation, la menace de grèves et de possibles difficultés opérationnelles liées à la reprise post-pandémie.
Dans un entretien avec l’AFP à l’aéroport d’Orly, l’une des bases de la « low-cost » en France, Johan Lundgren se dit aussi engagé à ce que le transport aérien reste accessible au plus grand nombre sur fond de défis posés par l’impérative décarbonation du secteur et, sans l’exclure, estime que son entreprise n’a pas besoin d’acquérir des concurrents pour dérouler sa stratégie.
Le secteur aérien revient peu à peu à son activité d’avant la crise sanitaire. Comment se présente l’été pour vous ?
Vu les réservations et les recettes, nous avons dit [mardi, NDLR] être certains de faire mieux que les attentes du marché en termes de bénéfices annuels. Évidemment, il y a une crise du coût de la vie, mais depuis la pandémie, les gens ont encore davantage donné la priorité aux voyages.
À cause de la hausse du pétrole de 71 % d’une année sur l’autre, notre tarif moyen a augmenté de 31 %, mais comme les prix sont bas, ça ne représente que 14 euros. Donc c’est toujours accessible pour de nombreux clients. Et nous ne voyons pas d’affaiblissement de la demande.
Après la désorganisation des aéroports l’été dernier, les grèves des aiguilleurs du ciel français ont fortement perturbé les opérations, et le secteur a dit craindre une saturation du ciel cet été. Quelle est votre analyse ?
Le mouvement social a eu des conséquences pour 10 millions de voyageurs (depuis début mars, NDLR), 64 000 personnes ont vu leurs vols annulés par jour de grève. C’est inacceptable. Nous ne contestons pas le droit des gens à faire grève, mais il faut que les conséquences soient proportionnées et que les survols du territoire français soient protégés. Si un pays développe une mauvaise réputation à cause des grèves, cela va affecter la demande de voyages. Les gens iront ailleurs.
Pour l’été, le contrôle aérien européen est à mon avis le maillon faible. Mais nous savons aussi que les effectifs ont été renforcés à de nombreux endroits. Parmi les aéroports qui ont énormément souffert l’année dernière, la plupart, à l’exception par exemple d’Amsterdam-Schiphol, sont dans une situation bien plus solide. Donc je m’attends à ce que l’été soit meilleur pour les clients.
L’Union européenne vient d’adopter une réforme du marché carbone, ce qui va renchérir le prix des voyages aériens. Au moment où l’on reparle de fusions ou d’acquisitions dans le secteur, y a-t-il encore une perspective de croissance pour votre activité sur le continent ?
Absolument. Il faut à la fois croître et œuvrer à la décarbonation. Le danger auquel nous faisons face actuellement, ce sont les décideurs qui affirment qu’il faut réduire la demande en rendant les voyages aériens plus chers. Il n’y a aucune preuve que cela marche.
Moins de trafic, moins de vols, ce ne sera pas pour Easyjet, parce que nous sommes l’une des compagnies les plus économes en carburant d’Europe.
Il faut en revanche mettre en place des incitations pour aller vers des opérations neutres en carbone. Easyjet a été la première compagnie low cost au monde à se doter d’une feuille de route vers zéro émission nette, et une réduction de 35 % à horizon 2035. Nous pouvons démontrer que nous atteindrons ces chiffres, mais nous ne pouvons pas le faire seuls, il faut que les gouvernements facilitent notamment la production d’hydrogène vert — nous sommes enthousiasmés par nos partenariats avec Airbus et Rolls-Royce sur cette technologie — et également réforment l’espace aérien européen.
Sur la consolidation, je n’écarte aucune transaction par principe, mais Easyjet, avant la pandémie, était l’une des compagnies les plus solides. Aujourd’hui, nous n’avons que 200 millions de livres (227 millions d’euros) de dette nette, beaucoup de concurrents se couperaient un bras pour être à ce niveau : nous n’avons besoin de personne d’autre pour réaliser nos projets.