« Nous sommes engagés dans une austérité sans stratégie »
Le chercheur au Center for European Studies affirme que sans « miracle économique », les discussions autour du budget européen seront très dures.
Le chercheur au Center for European Studies affirme que sans « miracle économique », les discussions autour du budget européen seront très dures.
Que propose la Commission européenne pour la révision budgétaire?
Les idées présentées concernent pour la plupart la gestion des fonds. La Commission fait des propositions pour que le budget fonctionne mieux. Mais du point de vue politique, elle n’avance aucune idée.
Si l’on prend l’exemple de la politique agricole commune (PAC), la Commission se concentre sur la protection des paiement directs, tout en essayant de résoudre les problèmes de distribution. Mais aucun changement financier n’est prévu, comme si la PAC était enfermée dans une boîte.
La politique agricole de l’après-2013 est-elle sécurisée ?
En tout cas, elle n’est pas en danger. Les Britanniques font de grands discours pour critiquer la PAC, mais ne vont pas plus loin. Ils se contentent de protester. Il ne faut pas oublier que le chèque britannique est toujours lié à la PAC. Il perdra sa raison d’être si la PAC est réformée.
Par conséquent, la pression sur la politique régionale et la politique de compétitivité et de recherche est énorme.
L’Europe se dirige-t-elle vers un budget conservateur?
Oui. S’il n’y a pas de miracle économique en Europe, les discussions seront très dures. Le budget sera conservateur non seulement d’un point de vue financier, mais aussi politique. Le budget ne reflète pas les objectifs de l’Union européenne. Nous sommes engagés dans une austérité sans stratégie.
Quel rôle les États membres jouent-ils dans la négociation?
Même si on n’y est pas encore, on se dirige petit à petit vers un conflit entre anciens et nouveaux États membres.
Les Britanniques, les Allemands, les Suédois, les Néerlandais, les Français et les autres contributeurs nets constituent un bloc que j’appelle «le bloc des 1%». Ils militent pour que le budget ne dépasse pas 1% du PIB européen.
La France et le Royaume-Uni sont donc dans le même camp. Cela veut dire que David Cameron a abandonné l’idée de réformer la PAC.
Quelle place le Parlement européen peut-il prendre dans cette bataille?
Il est encore un peu tôt pour se prononcer. Pour l’instant, le Parlement est comme un enfant : il teste jusqu’où il peut aller dans la négociation. Le traité de Lisbonne n’est pas complètement clair sur les compétences du Parlement sur le budget.
D’où vient l’argent non dépensé du budget européen et où va-t-il?
Certains pays se voient attribuer des fonds qu’ils ne sont pas capables de dépenser. Quand ils n’ont pas assez de projets, ils perdent l’argent au bout d’un certain temps.
En théorie, tout cet argent revient aux pays membres. Mais dans les faits, il est souvent transféré à d’autres projets. Récemment, il a par exemple servi à financer le projet énergétique Iter, ou le plan européen de relance.
Quel impact aura l’élection présidentielle française, en 2012, sur les négociations?
Concrètement, les chefs d’État ne prendront aucune décision avant les élections.
La France ne peut pas se prononcer sur ce sujet avant la présidentielle, surtout si les enjeux pour la PAC sont importants.