Pascal Canfin : « Wopke Hoekstra a besoin du soutien de quatre groupes politiques au Parlement »

Le candidat au poste de commissaire européen au climat, Wopke Hoekstra, devra chercher le soutien d'au moins quatre groupes politiques au Parlement européen pour valider sa nomination, explique Pascal Canfin dans une interview à Euractiv.

Euractiv.com
Statement by Pascal CANFIN, Chair of ENVI Committee on Vaccine deliveries and contracts transparency
« S’agissant du candidat Hoekstra, les députés Renew en Commission Environnement vont évaluer sa candidature sur trois aspects, » avance Pascal Canfin: d'abord, l'objectif climat de l'UE pour 2040, puis les dossiers en cours, et finalement son histoire personnelle. [<a href="https://multimedia.europarl.europa.eu/en/photo/statement-by-pascal-canfin-chair-of-envi-committee-on-vaccine-deliveries-and-contracts-transparency_20210125_EP-110187A_RPA_057" target="_blank" rel="noopener">Copyright: © European Union 2021 - Source : EP</a>]

Le candidat au poste de commissaire européen chargé du climat, Wopke Hoekstra, devra chercher le soutien d’au moins quatre groupes politiques au Parlement européen pour valider sa nomination, explique Pascal Canfin. Il devra, dès lors, donner aux partis du centre et de la gauche « des raisons de voter pour lui lundi (2 octobre) » en soutenant un objectif climatique ambitieux pour 2040, avance-t-il dans une interview à Euractiv.

Pascal Canfin est eurodéputé français du groupe centriste Renew Europe et président de la commission Environnement (ENVI) du Parlement européen. 

Euractiv. Le Parlement européen prendra une décision lundi (2 octobre) en commission environnement sur le nouveau candidat-commissaire au climat, le néerlandais Wopke Hoekstra. La procédure pour le remplacement d’un seul commissaire est différente de celle qui s’applique à une Commission nouvellement nommée. Comment allez-vous procéder ?

Pascal Canfin. La procédure est importante parce qu’elle va conditionner les majorités politiques au Parlement européen qui vont se dégager pour ou contre le candidat [Wopke] Hoekstra.

La procédure est la suivante : après l’audition en commission environnement (ENVI) lundi soir, les coordinateurs des groupes politiques vont se réunir. Si deux tiers de ces derniers expriment leur soutien à M. Hoekstra, il devient Commissaire.

Il y a ensuite un vote en plénière pour confirmer la décision des coordinateurs.

Il y a donc quand même un vote en plénière ?

Dans tous les cas, il y a un vote en plénière. Généralement, c’est un exercice de confirmation de la décision prise en commission si celle-ci est positive.

Et si M. Hoekstra ne recueille pas la majorité des deux tiers des coordinateurs ?

S’il ne recueille pas une majorité, et je précise que l’abstention ne compte pas, il faut deux tiers des groupes qui s’expriment positivement, alors nous organisons une deuxième audition, suivie de la même procédure.

Si, une nouvelle fois, le candidat ne recueille pas une majorité des deux tiers, alors nous organisons un vote en commission ENVI avec tous les députés et non plus seulement les coordinateurs.

La question est donc assez simple : est-ce que le commissaire peut recueillir une majorité des deux tiers, sachant que cela nécessite le soutien d’au moins quatre groupes politiques ?

Actuellement, même la majorité dite « von der Leyen » [du nom de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, NDLR] rassemblant la droite traditionnelle (PPE), les socialistes (S&D) et le centre (Renew) n’est pas suffisante. Il faut au moins un quatrième parti : les Verts ou les ultraconservateurs (ECR).

L’enjeu est donc de savoir quelle majorité, de gauche ou de droite, M. Hoekstra peut recueillir ?

Arithmétiquement, il n’y a pas de « majorité de droite » rassemblant Renew, le PPE et ECR, tout comme il n’y a pas non plus de « majorité de gauche » avec Renew, le S&D, les Verts et la gauche (Left).

La seule option possible est PPE + Renew + S&D + Les Verts ou ECR.

Logiquement, M. Hoekstra obtiendra le soutien de son propre groupe, le PPE. Mais s’il ne passe pas lundi, c’est qu’il n’aura pas été soutenu par au moins l’un des trois autres : Renew, S&D ou les Verts.

Si cette situation se présente, nous pouvons nous attendre à ce que le PPE fasse de même le lendemain [mardi 3 octobre] en ne soutenant pas la candidature du socialiste, Maroš Šefčovič, à la vice-présidence de la Commission en charge du Green Deal, disposant du soutien de la gauche.

On a donc une équation politique qui dépasse la seule question du commissaire au Climat.

En même temps, l’enjeu semble limité : le Green Deal est déjà adopté à 90 % et la Commission est en fin de mandat. Les groupes politiques au Parlement n’ont-ils pas plutôt intérêt à se mettre d’accord pour soutenir les deux candidats ?

S’agissant de M. Hoekstra, les députés Renew en commission ENVI vont évaluer sa candidature sur trois aspects.

Le premier, et le plus important, est l’objectif climat pour 2040 que la Commission va mettre sur la table en début d’année prochaine, probablement en janvier ou février.

Nous avons déjà une référence : l’avis du Conseil Scientifique Consultatif sur le climat  qui s’est exprimé en juillet dernier pour une réduction de 90-95% des émissions de gaz à effet de serre en 2040 [par rapport à 1990, NDLR].

À l’inverse, les compagnies pétrolières disent que l’UE ne doit pas faire plus de 80 % de baisse d’émissions d’ici 2040. Nous pouvons donc considérer que c’est un plancher.

Que dira M. Hoekstra sur ce sujet ? Entre 80 % et 95 %, nous pourrons mesurer son niveau d’ambition. C’est lui qui pilotera ce processus, nous serons donc très attentifs à ses réponses.

Le deuxième sujet concerne les dossiers en cours qui doivent être conclus avant la fin du mandat : standards d’émissions de CO2 pour les bus et les camions, e-Fuels, etc.

Le troisième sujet, enfin, concerne son histoire personnelle. Par le passé, M. Hoekstra a travaillé pour Shell. Il a également été ministre des Finances [des Pas-Bas entre 2017 et 2022, NDLR], ce qui peut s’avérer utile pour le financement de la transition, mais impose de donner des clarifications sur ses positions passées plus que conservatrices sur l’endettement commun.

S’agissant de l’objectif 2040 : une réduction des émissions de 90-95 % nous rapprocherait fortement de l’objectif net-zéro de 2050. Ne risquons-nous pas de brûler les étapes ?

La réduction de 100 % a été fixée pour 2050 « au plus tard » dans le Green Deal européen, comme dans l’Accord de Paris.

Pour 2020, nous avions un objectif de -20 % d’émissions [par rapport à 1990, NDLR], qui a d’ailleurs été dépassé. Pour 2030, l’objectif est de -55 %, ce qui constitue une réduction de 35 points entre 2020 et 2030.

Si nous faisons le même effort entre 2030 et 2040, nous arrivons à -90 %.

Donc le net-zéro devrait être atteint bien avant 2050 ?

Selon l’Agence Internationale de l’Énergie (IEA), le net-zéro en Europe devrait survenir en 2045.

Maintenant, la Commission devra intégrer dans son étude d’impact la dimension socio-économique de cette transition. À ce moment, nous pouvons envisager des scénarios légèrement différents.

Ces derniers mois, nous voyons bien qu’Ursula von der Leyen essaye de rassembler le PPE sur son aile droite, notamment sur les questions environnementales. Pouvons-nous nous attendre à ce que M. Hoekstra fasse le jeu des conservateurs plutôt que de la gauche sur l’objectif 2040 ?

C’est tout le sujet. Moi, je ne suis pas PPE, mais le choix de Mme von der Leyen est d’avoir un candidat PPE pour ce poste.

C’est elle qui a demandé au Premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte, de proposer un candidat issu du PPE, alors qu’il aurait pu choisir quelqu’un issu du centre, en l’occurrence du parti D66 (Renew), partie prenante de sa coalition gouvernementale.

Le choix de Mme von der Leyen est donc de chercher le soutien du PPE au Parlement européen en nommant un commissaire au climat issu de leurs rangs. C’est un raisonnement que je peux comprendre.

En revanche, pourquoi devrais-je, moi, centriste, voter pour un commissaire au climat issu du PPE, alors qu’une partie des membres du PPE essaye de saborder le Green Deal ? Il y aurait un paradoxe à donner les clés du camion au PPE alors qu’il tire dessus !

Renew votera donc contre la nomination de M. Hoekstra ? 

Par principe, personne au sein de Renew n’est hostile à un commissaire issu du PPE. Néanmoins, M. Hoekstra devra nous donner des raisons de voter pour lui lundi.

En outre, je rappelle que la ligne hostile au Green Deal n’est portée que par l’aile conservatrice du PPE, représentée par son chef de groupe, Manfred Weber.

Par conséquent, l’une des façons pour M. Hoekstra de convaincre les députés Renew ou socialistes sera de démontrer qu’il est capable de s’engager clairement sur l’objectif pour 2040.

Pouvons-nous tout de même penser qu’il ira pêcher des voix au sein du groupe ECR plutôt que chez les Verts ?

S’il cherche une alliance PPE/ECR étendue à Renew et aux socialistes, la question se posera, pour nous, de savoir si nous le soutiendrons.

Renew est donc, une fois de plus, incontournable ?

Oui, mais les Verts le sont aussi. Ils ont voté contre la nomination de Mme von der Leyen en 2019, malgré son engagement en faveur du Green Deal. Ils ont ensuite voté contre ce texte, même s’il conditionne toute l’action européenne en matière climatique.

Sur ces deux votes historiques, les Verts ont voté contre. Nous n’oublierons pas de leur rappeler pendant la campagne des élections européennes, le moment venu…

Comment les Verts vont-ils voter si M. Hoekstra s’engage sur une cible 2040 significative ? Est-ce qu’ils seront contre par principe parce qu’il a travaillé deux ans chez Shell ? Ce sera leur responsabilité politique.

Arithmétiquement, M. Hoekstra a besoin du soutien de quatre groupes politiques au Parlement. Si Renew n’est pas convaincu, je vois mal comment les Verts ou les socialistes pourront l’être.

[Édité par Paul Messad]