Sortir la Grèce de l’euro "est un pari un peu fou"

Selon Xavier Timbeau, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), l’appel de la France pour la croissance vise surtout à empêcher l’euro d’exploser.

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Selon Xavier Timbeau, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), l’appel de la France pour la croissance vise surtout à empêcher l’euro d’exploser.

Comment interprétez-vous le refus d’Angela Merkel de renégocier le pacte budgétaire ?

La chancelière allemande ne ferme pas complètement la possibilité de discuter du fond. Tout comme le président de la Banque centrale européenne, elle ne veut pas de croissance par les déficits mais par les réformes structurelles. Mais au moins le débat est ouvert. Le fait que l’Allemagne s’appuie sur cet argument technique montre qu’Angela Merkel se voit plutôt en position de faiblesse.

Mais le programme de François Hollande est aux antipodes de ces réformes structurelles concernant le coût du travail, l’ouverture des marchés des biens, des services et des professions protégées, ainsi que la taxation autour de l’innovation.

Ces différentes visions sont-elles conciliables ?

Oui, sur un certain nombre d’objectifs de compétitivité, de croissance par l’innovation…

Mais il y a un vrai hiatus sur les moyens d’y arriver. Dans un cas c’est par la déréglementation, l’incitation à l’innovation en reposant sur l’effort de marché. L’autre schéma, celui de François Hollande, repose sur un État beaucoup plus volontariste, stratège. Ce qui fait sursauter bon nombre d’économistes, selon lesquels ces approches sont d’une autre époque.

Malheureusement le débat ne peut se réduire à opposer modernité contre ringardise. Et, progressivement, sur l’environnement, l’énergie, le logement… tout le monde, même la Commission européenne, finit par reconnaître une nécessaire coordination de l’État.

Les réformes structurelles sur la réforme du marché du travail pourraient cependant être plus difficiles à accepter pour le nouveau chef de l’État.

Sera-t-il obligé de les accepter ?

La France n’est pas dans le cas des pays que l’on peut forcer à boire une potion qu’elle jugerait trop amère. Son économie est beaucoup moins massacrée par la crise que celle de l’Espagne, par exemple. Sa situation budgétaire est beaucoup moins grave, son endettement moins préoccupant. Les taux d’intérêt auxquels la France emprunte sont beaucoup plus bas. Le pays a donc quand même une certaine marge de manœuvre.

Toute la question porte sur la marge de manœuvre dont dispose le pays en matière budgétaire et sur sa capacité à traiter les problèmes de chômage des jeunes. Sans marge de manœuvre budgétaire, et avec une croissance très faible, voire pire, la récession, le chômage des jeunes augmentera et nous serons obligés d’agir.

Le chômage des jeunes augmente partout en Europe. Quelles sont les solutions pour régler ce problème ?

La première option est d’enrayer le chômage, et donc celui des jeunes. Comment faire ? Là est la question. Evidemment, plus de croissance permettrait de trouver des solutions.

L’autre possibilité est de « partager la précarité ». Une partie de la population est protégée, l’autre ne l’est pas. Il s’agit de rendre la société plus en juste en rendant un peu plus précaires ceux qui sont très stables et un peu moins précaires ceux les autres. Concrètement cela signifie faciliter les licenciements par exemple.

C’est exactement ce qui s’est passé en Allemagne. Ce pays n’a pas augmenté son activité, mais la précarité, le travail faiblement rémunéré…

Comment l’Europe peut-elle relancer sa croissance sans accroître son budget, sans politique économique réellement commune ?

Aujourd’hui l’austérité en Espagne, en Italie ou en Grèce a des conséquences en termes d’activité pour les autres pays et pourrait provoquer des risques majeurs de franchissement de seuils : politico-sociaux – comme en Grèce, par exemple, ce week-end -, liés à la panique autour de la soutenabilité de la dette publique, ou d’irréversibilités comme la sortie de la zone euro, qui peut entraîner l’effondrement de l’économie.

L’appel français à moins d’austérité ne concerne pas vraiment notre pays. La France dirigée par Nicolas Sarkozy a fait son travail de ce point de vue là. Elle a réduit son déficit. Nous sommes donc plutôt en situation confortable pour appeler à plus de croissance en Europe.

Moins d’austérité empêchera l’euro d’exploser. C’est important notamment parce que cette peur est la plus susceptible de faire évoluer la position des Allemands. Il est tout à fait légitime de se créer une petite marge de manœuvre en jouant avec.

Comment les marchés vont-ils accueillir, selon vous, le débat sur la croissance ?

Avec soulagement. Ils n’ont pas de dogme sur l’austérité et se moquent un peu des réformes structurelles. Mais ils voient très bien qu’à court terme l’Espagne est dans une situation risquée. Le pays a besoin de croissance.

Les marchés ont peur des renversements politiques qui pourraient être consécutifs à des situations économiques très dégradées. Ils ont le sentiment que les Allemands ne sont pas du tout pragmatiques et campent sur une position de principe, qui n’est pas adaptée à la situation. Mais si cette discussion se traduit par une grande querelle franco-allemande, ce sera la panique.

Le pacte budgétaire devra-t-il être renégocié ?

Tout dépendra du degré de panique qui s’installera d’ici là. En Grèce, aujourd’hui, les conditions d’une crise majeure sont réunies. Si la Commission européenne décide qu’il n’est plus possible d’assurer le financement de la dette grecque, la crise repartira.

Quelles sont les solutions pour la Grèce ?

La première option est d’inverser complètement la stratégie européenne en arrêtant l’austérité, en investissant pour relancer l’économie, en mettant en place un grand plan pour remettre l’économie parralèle dans l’économie légale pour augmenter les recettes fiscales. La deuxième possibilité est de laisser les Grecs sortir de la zone euro. Aujourd’hui le pays n’a pas la possibilité d’être gouverné. Négocier va être très compliqué.

C’est un pari un peu fou, mais tout le monde considère que la Grèce est le membre gangréné de l’Europe. La stratégie de sortie de la zone euro était auparavant évoquée à mots couverts, elle fait aujourd’hui partie des scénarios, voir même du scénario central. Mais ce sera compliqué et éprouvant, car cela risque de se passer dans la panique.