Victoire de Giorgia Meloni : une excellente nouvelle pour l’ "establishment", selon Yanis Varoufakis

En Italie, l’autoritarisme de l’establishment a rencontré celui de l’extrême droite, a confié Yanis Varoufakis à EURACTIV. Il a lancé le parti Mera25 en Italie afin de se présenter aux prochaines élections européennes de 2024 et de défier ces « autoritarismes ».

Euractiv.com
Varoufakis_smiling
« Ces forces ont ensuite été absorbées par l’establishment dans un processus graduel de transformation », et finalement, « la victoire de Mme Meloni [devient] une excellente nouvelle pour l’establishment » au lieu de constituer une menace, explique Yanis Varoufakis. [<a href="https://tvnewsroom.consilium.europa.eu/permalink/p14466" target="_blank" rel="noopener">[The European Union]</a>]

En Italie, l’autoritarisme de l’ « establishment » a rencontré celui de l’extrême droite, a confié l’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis à EURACTIV lors d’un entretien. Le week-end dernier (12-13 novembre), il a lancé le parti Mera25 en Italie afin de se présenter aux prochaines élections européennes de 2024 et de défier ce qu’il considère comme « deux autoritarismes ».

Yanis Varoufakis, ancien ministre grec des Finances et désormais chef du parti Mera25, identifie la première forme d’autoritarisme en Italie comme étant l’agenda technocratique de l’ancien Premier ministre Mario Draghi et des gouvernements qui ont continué à mener des politiques d’austérité au cours de la dernière décennie.

Le second est celui de la Première ministre récemment nommée, Giorgia Meloni, et de son vice-Premier ministre, le leader de la Lega (La Ligue), Matteo Salvini.

« L’autoritarisme des politiques de la troïka a provoqué une réaction politique à l’époque », a rappelé M. Varoufakis avant de souligner « la création d’une nouvelle opposition d’extrême droite représentée par Matteo Salvini avant et par Giorgia Meloni ensuite ». Ces forces sont qualifiées par M. Varoufakis de « racistes » et de « néofascistes ».

En raison de leur opposition à l’austérité, les responsables politiques d’extrême droite étaient d’abord perçus comme anti-establishment, a-t-il expliqué.

« Ces forces ont ensuite été absorbées par l’establishment dans un processus graduel de transformation » et, finalement, « la victoire de Mme Meloni [devient] une excellente nouvelle pour l’establishment » au lieu de constituer une menace, affirme-t-il.

M. Varoufakis voit Mera25 en Italie comme un moyen de combler le vide politique laissé par les forces progressistes italiennes, qui « manquent d’un plan politique ».

La transformation du parti de Mme Meloni

« Giorgia Meloni est passée de la proposition d’un Italexit à l’adoption du programme de Mario Draghi, une condition préalable pour être élue Première ministre », a expliqué M. Varoufakis, évoquant l’ascension rapide du parti de Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), qui est passé des franges de l’opposition au gouvernement.

Le parti de centre droit Forza Italia (Allez l’Italie) de Silvio Berlusconi a contribué à « la normalisation et l’absorption du parti de Mme Meloni au sein de l’establishment », a-t-il poursuivi.

Cette critique est similaire à celle utilisée par le groupe des socialistes et démocrates au Parlement européen (S&D), qui a accusé le Parti populaire européen (PPE), dont fait partie Forza Italia, d’être responsable de la normalisation de l’extrême droite dans différents pays, dont l’Italie et la Suède.

Un scénario similaire s’est déroulé en Grèce, explique M. Varoufakis, où Alexis Tsipras, qu’il qualifie d’« ancien camarade », « a été absorbé par l’establishment ».

Lorsqu’il était ministre des Finances du gouvernement de gauche dirigé par le parti grec Syriza, M. Varoufakis est apparu comme l’un des principaux responsables politiques opposés à la « troïka anti-européenne et à son dernier programme d’austérité », selon ses propres termes, représentée par le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis.

M. Varoufakis a fait campagne auprès de M. Tsipras pour le « non » au référendum de juillet 2015 sur le plan proposé à la Grèce par l’UE et le Fonds monétaire international (FMI) en échange d’un programme de prêts.

Cependant, M. Tsipras a finalement fait volte-face et a accepté la mise en œuvre du plan. M. Varoufakis a alors démissionné.

« Nous sommes des humanistes »

En ce qui concerne la politique migratoire, l’homme politique grec a déclaré que le parti Mera25 soutient le respect du droit international et il a pris ses distances du refus du gouvernement de Mme Meloni d’accueillir les bateaux d’ONG arrivant par la mer Méditerranée la semaine dernière.

« Nous adoptons une position impopulaire ces jours-ci, nous sommes des humanistes », a-t-il déclaré avant d’affirmer que l’UE « commet quotidiennement des crimes contre l’humanité » en matière de migration, et qu’elle est en train de devenir une véritable « Europe forteresse ».

« Une telle Europe ne pourra jamais bien traiter les Européens. Parce que le pire aspect du racisme est que lorsque vous êtes discriminant et brutal envers l’étranger, vous finissez par être discriminant et brutal envers votre propre peuple », a déclaré le leader de Mera25.

Au contraire, M. Varoufakis a indiqué que son parti plaiderait en faveur de la migration vers l’Europe.

Selon lui, « nous avons besoin d’un parti politique comme le nôtre, qui a le courage de regarder les Européens dans les yeux et de leur dire, nous sommes des hypocrites ».

« L’Allemagne a besoin de 490 000 migrants chaque année afin de maintenir une main-d’œuvre stable. […] Donc, ce dont nous avons besoin avant tout, ce n’est pas d’une politique italienne ou allemande, mais d’une politique paneuropéenne d’accueil des migrants et des réfugiés », a-t-il conclu.

[Édité par Anne-Sophie Gayet & Davide Basso]