13 industriels veulent développer les réseaux électriques en Méditerranée

Appelé "Transgreen", le projet pourrait permettre la production et le transport de 20 gigawatts d’électricité supplémentaires d’ici à 2020 entre l’Afrique et l’Europe.

EURACTIV.fr

Appelé « Transgreen », le projet pourrait permettre la production et le transport de 20 gigawatts d’électricité supplémentaires d’ici à 2020 entre l’Afrique et l’Europe.

Le projet solaire méditerranéen prend forme. Un an après le lancement du projet Désertec, formé par une vingtaine de multinationales, la France a annoncé, lundi 5 juillet, l’alliance de treize industriels pour développer un réseau de transport de l’électricité autour du bassin méditerranéen. 

Ce consortium, auquel prennent notamment part les Français RTE, Areva, EDF, CDC infrastructure, et Alstom, doit mettre en place un cadre nécessaire pour permettre la production et le transport de 20 gigawatts d’électricité supplémentaires d’ici à 2020. Si Transgreen n’a pas vocation à être le bailleur de fonds des nouveaux projets, ses inspirateurs veulent encourager les investissements dans la région. Le consortium sera d’ailleurs doté d’un budget modeste, de l’ordre de 2 à 3 millions d’euros.

Concrètement, un bureau d’études devrait être opérationnel d’ici à la fin 2010. Il devra proposer un «schéma directeur technique et économique» d’un réseau transméditerranéen. Sur les 20 GW produits, 5 GW seront destinés à l’Europe, indique la déclaration d’intention signée par les 13 industriels. Le coût de la création des interconnexions permettant de transporter les 5GW de l’Afrique vers l’Europe devrait s’élever à 8 milliards d’euros, pronostiquent les signataires de Transgreen.

«On ne peut pas construire des centrales solaires et nucléaires sans prévoir le transport de l’électricité», a jugé le conseiller de l’Elysée Henri Guaino. «C’est la meilleure réponse à ceux qui doutent de l’Union pour la Méditerranée», s’est-il réjoui, reprenant l’une de ses phrases fétiches lors de la présentation de chaque projet lié à ce processus, lancé en juillet 2008. «Le plan solaire méditerranéen repose désormais sur deux pieds : Désertec, pour la production et Transgreen, pour le transport», s’est-il félicité. 

Un jugement partagé par le ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo, qui concède que l’Union pour la Méditerranée rencontre des difficultés sur le plan institutionnel. «Mais la vraie vie l’emporte sur l’institutionnel», a-t-il jugé, en mentionnant les projets de l’UPM sur les déchets, l’eau, l’énergie et les transports.

«L’Union européenne développe une économie majeure d’énergie faiblement carbonée», a pour sa part expliqué le président du conseil de surveillance de RTE, André Merlin. «L’électricité non carbonée doit atteindre 66% en 2020», a-t-il poursuivi. 

Transgreen devra également «développer les coopérations techniques et technologiques» avec les pays de la rive sud du bassin méditerranéen, «promouvoir les technologies et l’industrie européenne» dans la compétition mondiale, et «contribuer par l’ensemble de ses actions à identifier des opportunités commerciales» pour mettre en œuvre le schéma directeur.

Sur bien des aspects, les contours de Transgreen demeurent assez flou. La structure devra, par exemple, «contribuer à un cadre régulatoire et institutionnel». Mais pour l’instant, la Commission européenne n’y est pas formellement associée. La «forme juridique» du consortium reste «à déterminer», selon le protocole d’accord, qui précise néanmoins que l’organisation siègera à Paris.

Pourquoi le consortium compte-t-il si peu d’industriels du Sud? «Nous avons beaucoup de contacts dans la région, notamment au Maroc. La prochaine étape est de les faire entrer dans Transgreen», répond M. Merlin. 

Jean-Louis Borloo voit déjà en ce projet un moyen de dépasser les rives de la Méditerranée en l’étendant jusqu’à «l’Ouest de l’Afrique». «L’Union pour la Méditerranée sert à développer cette grande ambition de l’Eurafrique», a renchéri Henri Guaino. Le conseiller de Nicolas Sarkozy se rendra à Milan lundi 12 juillet pour convaincre des partenaires italiens de participer au consortium.

En 2005, la rive nord de la Méditerranée produisait 51 TWH d’énergie renouvelable, contre 2 TWh pour les rives sud et ouest du bassin. En 2020, ce chiffre passera à 96 TWh pour la rive nord et 33 TWh pour les rives sud et est, selon des estimations de l’Observatoire méditerranéen de l’énergie.