A Auschwitz, un ministre turc accuse l'UE de racisme

L'UE risque d'être submergée par une mentalité raciste « qui rivalise avec les méthodes fascistes des années 1930 », a déclaré le ministre turc chargé des affaires européennes, Egemen Ba???, lors d'une commémoration de l'Holocauste à Auschwitz.

Egemen Bagis.jpg
Egemen Bagis.jpg

L'UE risque d'être submergée par une mentalité raciste « qui rivalise avec les méthodes fascistes des années 1930 », a déclaré le ministre turc chargé des affaires européennes, Egemen Ba???, lors d'une commémoration de l'Holocauste à Auschwitz.

M. Ba???, qui s’est exprimé mardi (1er février), a déclaré que le seul remède à ce qu’il nomme « la mentalité pervertie » de l’Europe était l’adhésion de la Turquie à l’UE.

 « L’UE, fondée pour éliminer les menaces de cette période afin d’aboutir à la paix, est désormais menacée d’être submergée par une mentalité raciste qui ne peut pas incorporer ses propres valeurs et imite les méthodes fascistes des années 1930 », a déclaré M. Ba???, selon une transcription officielle d’un discours effectuée par ses services.

« Malheureusement, aujourd’hui, la Turquie et le peuple turc en Europe portent le poids de leur différence […] Les Turcs, de manière ouverte ou implicite, entendent cela : « Vous êtes différents et n’avez pas votre place parmi nous ».

« Ceux qui possèdent une mentalité raciste et pervertie n’ont pas le droit de dégrader la démocratie et la philosophie de l’Union européenne », a-t-il poursuivi.

« La meilleure réponse à donner à ces personnes serait de soutenir et d’adopter davantage les valeurs de l’Union européenne et les principes de la démocratie. Le seul remède à cette mentalité pervertie est l’adhésion de la Turquie à l’UE », a conclu M. Ba???.

Négociations dans l’impasse

Ce message ferme intervient alors que les discussions relatives à l’adhésion de la Turquie sont pratiquement gelées, du fait du refus d’Ankara d’ouvrir ses ports et ses aéroports aux bateaux et aux avions de Chypre, membre de l’UE.

Par ailleurs, la Turquie semble se dérober quant à l’idée d’autoriser ses citoyens à voyager sans visa, dans l’espace de libre circulation Schengen. Récemment, le pays a mis en place une zone de libre circulation, en établissant un système sans visa avec des pays tels que l’Iran, la Syrie, le Yémen, la Lybie, le Liban, le Maroc et la Tunisie. Dans le contexte de propagation des révolutions dans l’espace méditerranéen, la pression de l’immigration arrivant en UE via la Turquie risque de se renforcer dans la région, affirment les experts.

EURACTIV a demandé à différents interlocuteurs turcs de réagir aux déclarations du ministre des affaires européennes. Jusqu’à présent, seul Kader Sevinç, la représentante à l’UE du CHP, le plus grand parti d’opposition du pays, a répondu.

Mme Sevinç a qualifié la déclaration de M. Ba??? de « superficielle ». Elle a reconnu que la crédibilité de la démocratie européenne dans le monde était dans une certaine mesure minée par la xénophobie croissance et les positions politiques extrémistes dans certains Etats membres de l’UE.

 « Cependant, nous ne devrions pas généraliser ces tendances destructives dans les politiques européennes. Nous restons confiants quant à la capacité de l’Europe à surmonter les difficultés actuelles et à prouver une fois de plus la valeur universelle de la démocratie. C’est pourquoi la majorité des Etats membres et les larges cercles politiques de chaque pays membre soutiennent la candidature de la Turquie sur la base d’arguments rationnels », a déclaré Mme Sevinç.

EURACTIV a également demandé à la Commission de commenter cette déclaration. L’exécutif de l’UE a dit vouloir d’abord vérifier si les citations de M. Ba??? étaient corrects.

D’autres options pour Ankara ?

Dans un entretien précédent accordé à EURACTIV, M. Ba??? avait déclaré que l’adhésion à l’UE constituait « une ancre très importante » pour la Turquie, en ajoutant qu’Ankara disposait d’autres options.

De hauts représentants turcs revendiquent le fait que leur pays a beaucoup à offrir à l’UE et qu’il la débarrasserait de certains de ses fardeaux plutôt que d’en ajouter de nouveaux.

Parmi les avantages que la Turquie pourrait apporter à l’Europe de l’ouest, ils évoquent le facteur démographique mais aussi la croissance économique saine de leur pays.