L’ouverture de Macron sur l’accord UE-Mercosur suscite l’indignation en France
À l’issue d’une rencontre jeudi 6 novembre à Belém, au Brésil, avec le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, Emmanuel Macron a laissé entendre que la France pourrait soutenir l’accord UE-Mercosur, à condition que les pays du bloc sud-américain acceptent les garanties proposées par l’UE. Une ouverture qui a déclenché une levée de boucliers en France.
Soucieuse de diversifier les échanges commerciaux de l’UE dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et la Chine, la Commission européenne souhaite finaliser d’ici la fin de l’année l’accord UE-Mercosur.
Autrefois farouche opposant à cet accord commercial, Paris a assoupli sa position après que l’exécutif de l’UE a proposé des mesures de sauvegarde visant à protéger les agriculteurs européens contre d’éventuelles perturbations du marché causées par les importations provenant du Mercosur.
« Tel qu’il avait été signé, pour nous il n’était pas acceptable », a déclaré Emmanuel Macron. Il a expliqué que la version initiale ne comportait ni clauses miroirs, qui imposent les normes de l’UE aux produits importés des pays du Mercosur, ni mesures de sauvegarde visant à prévenir la déstabilisation du marché et à protéger les agriculteurs.
Cela marque un changement par rapport à la position précédente de la France, qui avait continué à réclamer des clauses miroirs en plus des dispositions de sauvegarde.
« Nous avons été entendus par la Commission », a poursuivi le président français, faisant référence aux mesures de sauvegarde dévoilées le 8 octobre. Ces mesures techniques « permettent d’avoir un paquet qui, à nos yeux, est tout à fait acceptable ».
Pour Emmanuel Macron, l’élément clé est désormais que les États du Mercosur — l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay — acceptent ces clauses, ce à quoi la Commission s’efforcera de parvenir dans les semaines à venir.
Après des discussions avec ses homologues brésilien Lula, argentin Javier Milei et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron s’est dit « plutôt optimiste » quant à l’issue des négociations.
Selon des sources du bloc sud-américain interrogées par Euractiv, la question des mesures de sauvegarde est généralement considérée comme une affaire interne à l’UE concernant la mise en œuvre de mesures déjà convenues dans le cadre de l’accord.
Lula s’attend toujours à ce que l’accord soit signé cette année, pendant la présidence brésilienne du bloc sud-américain.
Réaction
En France, où l’opinion publique reste fermement opposée à l’accord, le revirement d’Emmanuel Macron a suscité l’indignation. Luc Smessaert, vice-président du principal syndicat agricole FNSEA, a accusé le président de « trahison ».
Dans tout le spectre politique, les dirigeants expriment de vives critiques. L’eurodéputée française Céline Imart (Parti populaire européen, PPE) a également dénoncé une « trahison », tandis que la députée européenne Manon Aubry (La Gauche, GUE/NGL) a condamné ce qu’elle voit comme une capitulation devant Bruxelles.
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a également réagi, soulignant que les clauses miroirs restaient une ligne rouge.
« Aujourd’hui, même s’il y a des avancées, le compte n’y est pas », a-t-elle affirmé vendredi 7 novembre.
Toutefois, cette opposition ne devrait avoir qu’un impact très limité.
Le Conseil doit désormais autoriser formellement la signature de l’accord, dont la ratification par les Vingt-Sept est prévue en décembre.