À la veille de l’élection présidentielle, les Français plus que jamais indécis
Le 10 avril, les Français sont appelés aux urnes pour choisir leur chef de l’État pour les cinq prochaines années. Mais cette élection présidentielle s’annonce incertaine, avec des prévisions d’abstention record et une grande incertitude des choix des électeurs.
Le 10 avril, dans deux jours, les Français sont appelés aux urnes pour choisir leur chef de l’État pour les cinq prochaines années. Mais cette élection présidentielle s’annonce plus que jamais incertaine, avec des prévisions d’abstention record et une grande incertitude des choix des électeurs.
L’élection de cette année est pourtant d’une importance cruciale compte tenu du contexte géopolitique actuel, du rôle diplomatique que la France recouvre et de sa place dans le continent européen – en plus d’occuper la présidence tournante du conseil de l’UE –, et des enjeux liés à la transition écologique et numérique, et du pouvoir d’achat. Autant de thèmes très présents dans l’esprit des Français.
Douze candidats sont en lice, parmi lesquels le président sortant Emmanuel Macron, trois candidats national-souverainistes, dont Marine Le Pen et Éric Zemmour, mais aussi Valérie Pécresse pour la droite et le candidat de gauche radicale Jean-Luc Mélenchon.
Le risque d’une forte abstention
Selon toutes les prévisions faites jusqu’ici par les instituts de sondages, l’abstention devrait être très élevée. Particulièrement attachés à l’élection présidentielle, les Français apparaissent cette fois-ci comme lassés ou peu intéressés par les enjeux qu’elle représente, et parfois déçus par les candidats qui y concourent.
Le record d’abstention de l’élection de 2002 pourrait bien être battu : à l’époque, 28,4 % des Français n’avaient pas voté au premier tour. Aujourd’hui, les différentes enquêtes situent autour de 30 % l’abstention estimée.
En 2017, à une semaine du premier tour, 78 % des électeurs affirmaient être certains d’aller voter, pour une participation finale constatée s’établissant à 77,77 %, donc très proche de ce qui était prévu par les instituts de sondage.
Sur les 47,9 millions de personnes inscrites sur les listes électorales, 14 millions de Français pourraient donc choisir de ne pas se déplacer ce dimanche : leur influence sur le résultat final pourrait être considérable, voire déterminante.
Des jeunes peu mobilisés
Parmi les catégories de la population les plus abstentionnistes, les jeunes semblent davantage pris d’une désillusion vis-à-vis de la politique par rapport aux plus anciens.
Selon la dernière enquête d’Ipsos France, menée auprès d’un échantillon très large (12 600 personnes), 40 % des 18-24 ans risquent de s’abstenir, ce qui représenterait plus de 2 millions de voix. Cette proportion monte à 45 % pour les 25-34 ans et concerne 2,2 millions de votants.
Yannick Jadot (Verts) fait ses meilleurs scores au sein de la première catégorie, comme Jean-Luc Mélenchon (gauche radicale) qui, avec Marine Le Pen (extrême droite), cartonne aussi dans la seconde. Ils pourraient donc être les plus pénalisés par leur faible mobilisation.
Au-delà, plus l’électeur est âgé, plus il est enclin à voter.
La mobilisation est aussi particulièrement faible auprès des électeurs ne se considérant proches d’aucun parti politique : la moitié d’entre eux n’est pas certaine d’aller voter ou ne compte pas le faire. Parmi les électeurs qui expriment une proximité politique, ceux de gauche sont un peu moins mobilisés que ceux de droite ou les centristes.
Un électorat volatil et incertain
Une autre donnée importante à prendre en compte dans ce scrutin, c’est la grande incertitude qui règne parmi les électeurs, dont le choix n’est, pour partie, pas encore fixé.
Toujours selon Ipsos France, 32 % des personnes certaines d’aller voter n’ont toujours pas arrêté leur choix, même s’ils ont indiqué une intention de vote. Les autres instituts de sondage donnent des chiffres très similaires.
Les électeurs du président sortant et des deux principaux candidats d’extrême droite sont ceux qui hésitent le moins (en dessous de 25 %).
Au contraire, ceux qui déclarent voter pour des candidats de gauche sont bien plus incertains, comme les électeurs de Valérie Pécresse, candidate de la droite. Ainsi, le vote exprimé au profit l’écologiste Yannick Jadot est le moins définitif (58 % de ses électeurs potentiels). Il est suivi par Mme Pécresse (39 %) et Jean-Luc Mélenchon (34 %).
Ces proportions décroissent à mesure que l’élection approche, et donc le choix se renforce, mais elles demeurent élevées et représentent plusieurs millions de suffrages (environ 10 millions selon nos calculs).
Jean-Luc Mélenchon pourrait ainsi tirer profit des indécis qui comptent voter pour Fabien Roussel et Yannick Jadot, tandis qu’Emmanuel Macron peut profiter d’un report dès le premier tour des électeurs de Valérie Pécresse. Marine Le Pen essaie de convaincre les nombreux votants d’Éric Zemmour qui hésitent encore entre les deux.
Des études d’opinion ressort aussi une grande volatilité des intentions de vote.
Un certain nombre d’électeurs semblent aussi avoir changé d’avis à plusieurs reprises au cours des derniers mois, ce qui arrivait plus rarement dans les dernières élections où l’électorat était davantage cristallisé.
Il est impossible de vraiment savoir combien de personnes ce phénomène concerne, mais il s’agit d’une proportion « évidemment énorme » à quelques jours du scrutin, comme nous l’a confié un sondeur chevronné.
Selon la dernière enquête d’Ipsos France citée plus haut, 8 % des personnes certaines d’aller voter, ont changé de candidat dans les deux dernières semaines.
Alors que le scrutin est imminent, son issue est incertaine, même si des tendances semblent se dessiner. Les entourages de plusieurs candidats ont partagé avec nous, dans les derniers temps, leur crainte qu’une faible mobilisation de leurs sympathisants ne les pénalise.
Ainsi, dans les partis de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, qui reposent un électorat plutôt abstentionniste par rapport aux autres, c’est la seconde place qui est en train de se jouer. Les proches d’Emmanuel Macron s’inquiètent qu’une position trop confortable dans les intentions de vote ne démobilise les électeurs moins politisés, mais favorables au président sortant, qui risquent de trouver inutile de se déplacer dimanche.