À qui profite la libre circulation des travailleurs dans l’UE ?

La majorité des citoyens de l’Union européenne a une opinion positive de la libre circulation des travailleurs dans le bloc, même si seule une minorité a effectivement l’intention de profiter de cette possibilité.

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This article is part of our special report "Le marché unique européen a 30 ans"
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Dans le cadre d’une enquête publiée par la Commission européenne en décembre 2022, 17 % des citoyens interrogés ont déclaré avoir déjà vécu dans un autre État membre, tandis que 18 % ont indiqué qu’elles envisageaient de travailler dans un autre pays à l’avenir. [<a href="https://www.shutterstock.com/de/image-photo/europe-map-european-flag-large-group-401691301" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK/gopixa</a>]

La majorité des citoyens de l’Union européenne a une opinion positive de la libre circulation des travailleurs dans le bloc, même si seule une minorité a effectivement l’intention de profiter de cette possibilité. Les personnes ayant un niveau d’éducation élevé vivent et travaillent à l’étranger plus de deux fois plus fréquemment que celles ayant un niveau d’éducation plus faible.

La création du marché unique européen en 1993 a permis à l’Union européenne de lever les entraves au commerce des biens et des services entre les pays, mais aussi à la libre circulation des travailleurs. Les citoyens européens ont ainsi obtenu le droit de travailler dans toute l’Union, une avancée souvent citée comme l’un des principaux avantages de celle-ci.

« Il y a une très forte valeur ajoutée pour la société dans le fait d’avoir la possibilité de se déplacer librement d’un pays à l’autre », a confié à EURACTIV Cinzia Alcidi, directrice de recherche du groupe de réflexion Centre for European Policy Studies (CEPS). « Avoir la possibilité de travailler à l’étranger augmente la possibilité de trouver un emploi ou un emploi plus intéressant ou plus adapté », a-t-elle ajouté.

La plupart des citoyens s’accordent à dire que le droit de travailler partout sur le territoire de l’UE est quelque chose de positif, même si seule une minorité fera réellement usage de cette opportunité.

Dans le cadre d’une enquête publiée par la Commission européenne en décembre 2022, 17 % des citoyens interrogés ont déclaré avoir déjà vécu dans un autre État membre, tandis que 18 % ont indiqué qu’elles envisageaient de travailler dans un autre pays à l’avenir.

En outre, 58 % des citoyens du bloc estiment que les personnes qui se déplacent entre les pays de l’UE sont bénéfiques au marché du travail. Ces chiffres suggèrent que le soutien de l’opinion publique a augmenté au fil du temps. En effet, seuls 45 % d’entre eux étaient de cet avis en 2009.

Mme Alcidi reconnaît que, du point de vue de l’efficacité du marché, la liberté de circulation est clairement avantageuse. Ainsi, lorsque des personnes originaires de pays où le taux de chômage est plus élevé sont en mesure de se déplacer au lieu de rester au chômage chez elles, cela profite à l’individu, mais aussi à la société dans son ensemble.

La « fuite des cerveaux » inquiète

L’experte a toutefois relevé quelques inconvénients à la libre circulation des travailleurs. Il existe notamment un risque de « fuite des cerveaux », qui survient lorsque des personnes qualifiées ayant bénéficié d’une formation universitaire financée par leur État d’origine finissent par s’expatrier. Ce phénomène représente une perte de capital humain pour le pays.

Les données de l’enquête révèlent que les personnes ayant un niveau d’éducation élevé sont beaucoup plus susceptibles de se déplacer d’un pays à l’autre.

Parmi ceux qui ont terminé leurs études à l’âge de 20 ans et plus, la part de personnes ayant vécu à l’étranger (26 %) est plus de deux fois supérieure à celle des personnes ayant quitté l’école à l’âge de 15 ans ou plus tôt (10 %).

Une différence encore plus importante apparaît en ce qui concerne la volonté de travailler à l’étranger à l’avenir. Ici, la part la plus importante provient des répondants qui étudient encore aujourd’hui et qui sont donc susceptibles de poursuivre des études supérieures. Plus de la moitié d’entre eux disent envisager de travailler à l’étranger.

Pour l’experte, ce n’est pas une surprise.

« En réalité, c’est toujours le cas, les personnes ayant suivi des études supérieures sont plus mobiles, c’est donc une tendance générale », explique Mme Alcidi. « Cela s’explique, de manière générale, par le fait que les personnes ayant fait des études supérieures sont mieux équipées pour surmonter les obstacles liés à la mobilité vers un autre pays, notamment sur le plan linguistique », a-t-elle ajouté.

Il existe toutefois des différences entre la migration de main-d’œuvre de l’Europe de l’Est vers les pays d’Europe de l’Ouest et du Sud, a indiqué l’experte.

« Au moment de l’élargissement de l’UE à l’Est, il y a eu des flux assez importants de l’Est vers l’Ouest, qui étaient assez généralisés, c’est-à-dire qu’ils ne concernaient pas uniquement les personnes ayant fait des études supérieures », a expliqué Mme Alcidi.

Cette situation contrastait avec la migration de main-d’œuvre des pays d’Europe du Sud vers l’Europe du Nord. Dans ce cas-là, ce sont surtout des personnes hautement qualifiées qui ont quitté leur pays et les questions de fuite des cerveaux étaient alors plus pressantes — notamment au lendemain de la crise financière.

Ce schéma a toutefois évolué au fil du temps en raison de l’augmentation générale de la proportion de personnes ayant fait des études supérieures, y compris en Europe de l’Est, a indiqué l’experte.

Enfin, il existe également une différence entre les grands et les petits États membres, relève Mme Alcidi. « Habituellement, les personnes provenant de petits pays sont plus mobiles que celles provenant de grands pays », dit-elle. « Dans le cas de l’UE, c’est en fait assez notable. »

De meilleurs salaires et perspectives de carrière

Interrogées sur les motivations qui les poussent à partir à l’étranger, 62 % des personnes ont déclaré qu’elles accepteraient un emploi dans un autre pays si elles gagnaient plus que leur revenu actuel. La moitié d’entre elles ont toutefois déclaré qu’il leur faudrait percevoir un salaire deux fois plus élevé que leur salaire actuel, voire davantage, pour partir à l’étranger.

Parallèlement, « les écarts de salaire ne sont pas le seul moteur », explique Mme Alcidi. « L’un des principaux moteurs reste les opportunités, et aussi les perspectives de carrière ». Par exemple, les personnes qui estiment ne pas pouvoir trouver dans leur pays d’origine des opportunités professionnelles correspondant à leurs compétences peuvent chercher un emploi à l’étranger.

Néanmoins, la plupart des personnes qui envisagent de travailler à l’étranger souhaitent retourner dans leur pays d’origine dans les cinq ans, si l’on en croit les données de l’enquête.

Il s’agit d’une bonne nouvelle pour les États membres observant un grand nombre de départs à l’étranger, selon l’experte. En partant à l’étranger pendant un ou deux ans, les travailleurs « peuvent améliorer leurs compétences ou leurs connaissances, et ensuite ils retournent dans leur pays. Ils ramènent donc du capital humain ».

« Dans ce cas, c’est en réalité très bénéfique pour le pays d’origine », a conclu Mme Alcidi.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]