Accord au G20 sans froisser la Chine
Réunis à Paris, les ministres de l’Économie sont parvenus à un compromis sur les indicateurs macroéconomiques. Mais Christine Lagarde a précisé qu’ils n’étaient pas des "cibles". Ils ne sont pas non plus contraignants.
Réunis à Paris, les ministres de l’Économie sont parvenus à un compromis sur les indicateurs macroéconomiques. Mais Christine Lagarde a précisé qu’ils n’étaient pas des « cibles ». Ils ne sont pas non plus contraignants.
Les 20 pays les plus industrialisés au monde sont parvenus, samedi 19 février à Paris, à un accord sur des critères d’évaluation de leurs déséquilibres économiques. Mais le compromis évite soigneusement toute référence directe aux points de friction avec la Chine.
La France a ainsi pu annoncer un premier succès à l’issue de la réunion des ministres des Finances du groupe qu’elle préside et qui rassemble 85% de l’activité économique de la planète.
Mais la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, n’a pas caché que l’accord avait été difficile à trouver. « Les négociations ont été franches, parfois tendues, toujours très respectueuses et elles ont fait l’objet d’un compromis final dont on ne peut pas dire qu’il est attribuable à tel ou tel », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse.
L’issue des discussions, entamées vendredi soir, poursuivies la nuit durant par les « sherpas » des délégations et reprises samedi matin par les ministres, est restée incertaine jusqu’au dernier moment, en raison de l’opposition de la Chine à toute référence aux réserves de change et aux transactions courantes pour mesurer les déséquilibres.
Enorme excédent commercial
Réaffirmant la volonté des pays membres de coordonner leurs politiques pour parvenir à une croissance économique « forte, durable et équilibrée », le G20 explique, dans son communiqué viser, d’ici sa prochaine réunion ministérielle en avril à Washington, un accord sur des « lignes directrices indicatives » pour l’évaluation des indicateurs de déséquilibres.
Ces derniers, précise le communiqué, sont la dette et les déficits publics, le taux d’épargne et l’endettement privé, ainsi que « les déséquilibres extérieurs à partir de la balance commerciale, des flux nets de revenus d’investissement et des transferts, en tenant pleinement compte du taux de change et des politiques budgétaire, monétaire ou autre ».
Premier exportateur mondial et deuxième puissance économique de la planète, la Chine s’emploie à réduire son énorme excédent commercial (plus de 130 milliards d’euros en 2010) mais elle dispose parallèlement des premières réserves de change mondiales, estimées à plus de 2.000 milliards d’euros.
Proposition américaine rejetée
La phase d’évaluation des indicateurs retenus, précise le communiqué, devra prendre en compte les « circonstances nationales et régionales, y compris celles des grands producteurs de matières premières ». Parmi ces derniers figurent entre autres, dans le G20, l’Arabie saoudite, le Brésil, l’Argentine et l’Australie.
Christine Lagarde a précisé que les indicateurs n’étaient pas des « cibles » et qu’ils n’étaient pas contraignants. De son coté, la ministre espagnole Elena Salgado a parlé d’un « excellent début qui (…) annonce une excellente fin ».
©Flickr/World economic forum
Lors du sommet des dirigeants du G20 à Séoul en novembre, plusieurs pays, parmi lesquels figurait l’Allemagne, avaient rejeté une proposition américaine visant à fixer des limites chiffrées en matière de déficit ou d’excédent courant.
Reprenant une autre des priorités de la présidence française, les Vingt ont aussi émis le souhait d’une amélioration du système monétaire international (SMI), ce qui les conduit à réaffirmer leur volonté d’éviter « les fluctuations déstabilisatrices des flux de capitaux » et « les mouvements désordonnés des taux de change ».
« Guerre des changes »
Christine Lagarde a une nouvelle fois réfuté l’idée d’une « guerre des changes » évoquée depuis plusieurs mois, assurant que « le G20 ne fonctionne pas comme ça ». Mais son homologue américain, Timothy Geithner, a profité de l’occasion pour dénoncer une nouvelle fois la sous-évaluation du yuan chinois.
Washington accuse depuis longtemps Pékin d’entretenir la faiblesse de sa monnaie pour doper ses exportations.
« Il y a un large consensus sur le fait que les grandes économies, pas seulement l’Europe, le Japon et les États-Unis mais aussi les grandes économies émergentes, doivent permettre un ajustement de leurs taux de change pour répondre aux forces des marchés », a dit le secrétaire au Trésor de Barack Obama.
Matières premières
De leur côté, les grandes puissances émergentes que sont la Chine et le Brésil reprochent aux États-Unis de provoquer des distorsions dans les flux de capitaux mondiaux par le biais de leur politique monétaire d’injections massives de liquidités sur les marchés.
Le débat sur le SMI sera au centre d’un « séminaire » du G20 fin mars à Shenzhen, en Chine. Mais, Christine Lagarde a reconnu que « le système monétaire international ne va pas être refait en un jour, ni même en un an ».
Quant à la lutte contre la volatilité des prix des matières premières, autre priorité de Paris, elle n’a réalisé aucune avancée notable lors de la réunion de Paris. Un groupe de travail y sera consacré, sous présidence japonaise.
