Accord avec l'extrême droite suédoise : l'eurodéputé Pascal Durand quitte Renew Europe

L’eurodéputé français Pascal Durand a annoncé mercredi son départ du groupe parlementaire libéral Renew Europe. En cause, son opposition frontale à l'alliance entre les libéraux suédois membres de Renew Europe et le parti d'extrême droite suédois à la suite d'élections nationales.

Euractiv France
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« Il me semblait absolument essentiel que Renew Europe, le groupe centriste, soit un mur nous protégeant de cette dérive de la droite vers l’extrême droite », a déclaré M. Durand mercredi (30 novembre) lors d'une conférence de presse.

L’eurodéputé français Pascal Durand a annoncé mercredi son départ du groupe parlementaire libéral Renew Europe, pour rejoindre les sociaux-démocrates (S&D). En cause, son opposition frontale à l’alliance entre les libéraux suédois membres de Renew Europe et le parti d’extrême droite suédois à la suite d’élections nationales.

En Suède, une alliance des partis de droite traditionnelle soutenue par l’extrême droite a remporté les élections nationales en septembre dernier. Dans ce cadre, un accord de coalition a été trouvé entre les chrétiens-démocrates (Kristdemokraterna), les Modérés (Moderaterna) et les libéraux (Liberalerna). Fait notable, l’accord précise que le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna) ne sera pas membres du gouvernement mais que la coalition s’engage à mettre en œuvre leur politique migratoire.

Un fait d’armes que Pascal Durand ne peut pas accepter, tant l’alliance entre libéraux suédois et le parti d’extrême droite fondé par des néonazis est « un mauvais signal », contraire aux valeurs européennes prônées par Renew Europe.

« Il me semblait absolument essentiel que Renew Europe, le groupe centriste, soit un mur nous protégeant de cette dérive de la droite vers l’extrême droite », a-t-il déclaré mercredi (30 novembre) lors d’une conférence de presse.

Avant d’ajouter : « au fil du temps, nous avons été pris dans une tendance dangereuse, une sorte de faux pragmatisme, qui justifie toutes les alliances au nom de la nécessité de gouverner. »

M. Durand a par ailleurs regretté que les statuts de Renew Europe n’aient pas été modifiés en interne pour permettre l’adoption des mesures disciplinaires à l’encontre des libéraux suédois.

Il s’est cependant félicité du fait que le secrétaire général de Renew Europe, Stéphane Séjourné, ait exprimé ses réserves sur l’accord du gouvernement suédois.

« Je regrette l’accord et la direction qu’il prend », avait déclaré M. Séjourné en septembre. « Un gouvernement avec l’extrême droite ne peut pas avoir notre bénédiction ».

EURACTIV a contacté le siège des libéraux suédois à Stockholm qui n’a pas communiqué de réponse à ce stade.

Renew Europe et l’extrême droite

Contacté par EURACTIV, Renew Europe s’est dit préoccupé par les liens que les libéraux suédois entretiennent avec l’extrême droite au niveau national, et a affirmé avoir agi en conséquence.

« Les libéraux suédois ont été suspendus de toute activité au sein de Renew — une décision qui n’a jamais été prise par d’autres groupes du Parlement européen dans la même situation », précise le communiqué de presse.

Mais Pascal Durand ne partage pas le même constat. Selon lui, Karin Karlsbro, la seule eurodéputée libérale suédoise de Renew Europe, « travaille dans le groupe, vote dans le groupe, parle pour le groupe. Il ne s’agit donc pas d’une suspension ». Dans les faits, Mme Karlsbro n’est « simplement plus invitée aux événements de Renew  Europe ».

Mme Karlsbro a déclaré à EURACTIV que le soutien dont elle et son parti bénéficient au sein du groupe « reste fort ». Même son de cloche de la part du secrétariat général de Renew Europe, qui confirme que Mme Karlsbro est une députée très appréciée et que « personne n’a de doute sur ses convictions».

Renew Europe organisera par ailleurs un colloque dédié à l’extrême droite jeudi prochain (8 décembre) «dont le plan d’action permettra de fixer des règles claires de participation à notre groupe parlementaire en 2024, avec une ligne rouge concernant l’impossibilité de toute alliance, proche ou lointaine, avec un parti d’extrême droite », selon le communiqué de la délégation française.

Si elle est appliquée pour les élections européennes de 2024, cette mesure répondrait à l’une des préoccupations majeures de M. Durand.

« J’espère qu’au-delà des mots, il y aura une conditionnalité imposant qu’il n’y ait pas le moindre lien avec l’extrême droite au sein de ce groupe », a-t-il déclaré, soulignant toutefois qu’à ce stade, rien de concret n’a été fait en ce sens.

Des Verts aux Socialistes & Démocrates

Interrogé par EURACTIV sur la raison pour laquelle, en tant que cofondateur d’Europe Écologie Les Verts, il avait choisi de rallier les rangs du groupe S&D et non pas des écologistes, Pascal Durand s’est montré peu convaincu par ses anciens camarades de parti.

« J’ai quitté le Parti vert français pour des raisons politiques. Est-ce que cinq ans plus tard, ces raisons politiques ont évolué ? La réponse pour moi est non », a-t-il déclaré.

Selon lui, l’écologie « ne se trouve pas seulement dans les mots », mais bien dans un dialogue social complet que le parti écologiste français a aujourd’hui perdu de vue.

« Un parti écologique social, c’est un parti écologique qui comprend qu’en même temps qu’on sort du diesel, on travaille avec les syndicats des usines automobiles et que l’on ne commence pas par poser un objectif sans comprendre le chemin pour y arriver », a-t-il déclaré, en référence à la décision européenne récente d’interdire la production de voitures à moteur thermique dès 2035.

Selon lui, les socialistes et les Verts partagent « une même perception de l’Europe » et sont des partis « progressistes », et, même s’il avoue que le dialogue pourra parfois être mouvementé, il affirme pouvoir apporter sa sensibilité écologiste au sein du S&D.

« Je vais essayer de faire au S&D exactement la même chose que j’ai faite à Renew, c’est-à-dire d’essayer d’apporter ma vision écologiste dans les débats »,  a-t-il conclu.