Accord de dernière minute pour Chypre

Chypre a conclu un accord de dernière minute avec les prêteurs internationaux dans la matinée d’aujourd’hui (25 mars). Elle fermera sa deuxième plus grande banque et infligera de lourdes pertes aux déposants non assurés, dont aux Russes aisés, en échange d’un renflouement de 10 milliards d’euros.

EURACTIV.com / Reuters
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Chypre a conclu un accord de dernière minute avec les prêteurs internationaux dans la matinée d’aujourd’hui (25 mars). Elle fermera sa deuxième plus grande banque et infligera de lourdes pertes aux déposants non assurés, dont aux Russes aisés, en échange d’un renflouement de 10 milliards d’euros.

 



L'accord est survenu quelques heures avant une échéance en vue d'éviter un effondrement du système bancaire lors de négociations tendues à Bruxelles entre Nicos Anastasiades, le président chypriote, et les dirigeants de l’Union européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI).

Rapidement adopté par les ministres des finances de la zone euro, le projet sauvera Chypre d'une débâcle financière en liquidant la Popular Bank, dite Laïki et transférant des dépôts inférieurs à 100 000 euros à Bank of Cyprus afin de créer une banque assainie (« good bank »).

Les dépôts supérieurs à ce montant dans ces deux banques, qui ne sont pas assurés par la législation de l'UE, seront gelés et utilisés en vue de régler les dettes de Laiki et de recapitaliser Bank of Cyprus à travers une conversion des dépôts en participations.

 

La banque Laiki paie la facture

Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, a déclaré que la chasse aux déposants non assurés de Laiki devrait permettre de dégager 4,2 milliards d'euros.

Cette banque fermera ses portes et entraînera la perte de milliers d'emplois. Selon des responsables, les principaux détenteurs d’obligations de Laiki seront évincés et ceux de la Bank of Cyprus devraient apporter leur contribution.

Un porte-parole de l'UE a précisé qu'aucune taxe ne seraient imposée à l'ensemble des déposants chypriotes, même si la mise à contribution de détenteurs de grands comptes dans les deux plus grandes banques sera probablement bien supérieure à ce qui était initialement prévu. Une première tentative de conclusion d’un accord a échoué la semaine dernière lorsque le Parlement chypriote a rejeté une proposition de taxe sur tous les dépôts.

Wolfgang Schäuble, ministre allemand des finances, a indiqué que les parlementaires ne devraient pas approuver le nouveau programme étant donné qu'ils avaient déjà promulgué un texte de loi qui établit les procédures de réglementation bancaire.

« Cela ne peut pas se faire sans recapitalisation interne dans les deux banques […] C'est difficile pour Chypre, mais nous avons le résultat que le gouvernement [allemand] a toujours défendu », a déclaré M. Schäuble à des journalistes. Il a ajouté qu'il était certain que le Parlement allemand l'adopterait.

D'après une source proche des négociations, M. Anastasiades a menacé de démissionner dimanche s'il était trop oppressé. Il a quitté le quartier européen sans faire de commentaires.

Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, a déclaré que l'accord constituait un « plan complet et crédible pour traiter les défis économiques auxquels est confronté le pays ».

« Cet accord fournit la base pour restaurer la confiance dans le système bancaire, qui est essentiel pour le soutien à la croissance », a-t-elle indiqué dans un communiqué.

Alors que les banques étaient fermées la semaine dernière, la Banque centrale de Chypre a imposé une limite de retrait de 100 euros par jour aux distributeurs dans les deux plus grandes banques en vue d'éviter un retrait massif.

Pierre Moscovici, le ministre français des finances, a rejeté les charges selon lesquelles l'UE avait mis Chypre à genou. Il a ajouté que c'était le modèle d'entreprise extraterritorial de l'île qui avait échoué.

« Pour ceux qui disent qu'on est en train d'étrangler un peuple, que c'est immoral, il faut quand même regarder qu'il s'agit d'une économie casino qui était au bord de la faillite », a-t-il annoncé.

Humeur anxieuse

À Nicosie, la capitale chypriote, l'humeur était anxieuse dimanche.

Environ 200 employés de banque ont manifesté devant le palais présidentiel dimanche en scandant « troïka, sors de Chypre » et « Chypre ne deviendra pas un protectorat ».

Au cours d'un vote stupéfiant mardi dernier, le parlement constitué de 56 députés a rejeté une taxe sur les petits et grands déposants. Michael Sarris, le ministre chypriote des finances, a passé trois jours à Moscou afin de tenter en vain d'obtenir de l'aide de la Russie. Des citoyens et entreprises russes détiennent des milliards d'euros dans les banques chypriotes.

Vendredi, les législateurs ont adopté la nationalisation des fonds de retraite et la séparation entre banques assainies et structures de défaisance (« bad bank »). Cette dernière mesure s'appliquera à Laiki. Le projet de plafond des retraites a été abandonné en raison de l'opposition allemande, selon un représentant chypriote.

Les banques en mauvaise posture détenaient 68 milliards d'euros en dépôts, dont 38 milliards sur des comptes de plus de 100 000 euros. Ces montants sont énormes pour une île de 1,1 million d'habitants qui ne pourrait jamais supporter elle-même un tel système financier.