Accord Italie-Starlink : les craintes sur le plan politique, économique et de la souveraineté s’intensifient
L’adoption éventuelle par le gouvernement italien d’un système de communication par satellite Starlink serait une erreur politique et économique, selon plusieurs députés nationaux et européens.
L’adoption éventuelle par le gouvernement italien d’un système de communication par satellite Starlink serait une erreur politique et économique, selon plusieurs députés nationaux et européens, mais le gouvernement Meloni persévère dans sa décision alors qu’Elon Musk se délecte du débat.
Si l’accord est signé, l’Italie deviendra le premier État membre de l’Union européenne (UE) à s’engager officiellement avec l’entreprise américaine SpaceX, du milliardaire Elon Musk.
Cependant, cela soulèverait des questions quant à l’alignement du pays sur les priorités stratégiques européennes, notamment la mise en place de l’Infrastructure de Résilience et d’Interconnexion Sécurisée par Satellite (IRIS2) de l’UE, tout en risquant de coûter à l’Italie des emplois, sa souveraineté et son autonomie stratégique.
Elon Musk a fait la une de nombreux médias récemment, surtout depuis que son comparse, Donald Trump, a été réélu président des États-Unis. Sa relation apparemment étroite avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni a également fait l’objet d’un examen minutieux, de même que ses attaques cinglantes contre le système judiciaire italien.
Rome est en train de négocier un contrat de cinq ans avec SpaceX visant à créer un système de télécommunications sécurisé à l’usage du gouvernement italien, ce qui a suscité des vives critiques de l’opposition.
Le député Antonio Nicita, du Partito democratico (S&D) a confié à Euractiv que l’accord semble être alimenté par une logique politique plutôt qu’économique. Selon lui, Elon Musk pourrait essayer de devancer la constellation IRIS2 en s’assurant un État membre majeur de l’UE comme client, ce qui pourrait mettre en péril la viabilité financière du système européen.
IRIS2, une constellation Internet par satellite à orbites multiples, vise à garantir progressivement une connectivité sécurisée et à supprimer progressivement la dépendance à l’égard des systèmes non européens d’ici 2030.
Selon le député italien, l’accord conclu entre le gouvernement italien et Starlink soulève également des inquiétudes en matière d’antitrust (antimonopole), car un contrat exclusif entre le gouvernement italien et Starlink pourrait conduire à un verrouillage du marché ou à une préemption.
Selon Bloomberg, le contrat de cinq ans coûterait 1,5 milliard d’euros. Toutefois, l’Italie est déjà un bailleur de fonds et futur client d’IRIS2, dont le coût s’élève à 10,6 milliards d’euros pour l’ensemble des Vingt-Sept.
Antonio Nicita a prévenu que, si un concurrent dominant s’accapare la majeure partie de la demande en signant des contrats à moyen terme avec d’autres gouvernements de l’UE, l’ensemble du programme IRIS2 perdra de sa crédibilité et de sa viabilité économique.
L’eurodéputé français et ancien rapporteur d’IRIS2 Christophe Grudler (Renew) a quant à lui indiqué à Euractiv que l’accord italien serait une « erreur stratégique », ajoutant que les contribuables italiens paieraient deux fois pour les deux systèmes.
De plus, Christophe Grudler a souligné qu’à partir de 2025, le programme GovSatCom de l’UE, dont fait partie le système IRIS2, fournira la plupart des services auxquels l’Italie cherche à accéder via son accord avec Starlink. Il a averti que l’entreprise d’Elon Musk remplacerait l’industrie italienne et lui coûterait des emplois, mais affaiblirait aussi la souveraineté et l’autonomie stratégique de Rome.
Bien que la Première ministre italienne Giorgia Meloni, dont le parti siège avec les Conservateurs et Réformistes européens d’extrême droite au Parlement européen, puisse chercher à obtenir les faveurs d’Elon Musk pour renforcer ses liens avec la prochaine administration américaine, Christophe Grudler a ajouté que les conséquences à long terme de cet accord seraient préjudiciables à l’Italie.
Le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini (Patriotes pour l’Europe) a quant à lui écrit sur X que l’accord était une opportunité et non un risque. Selon lui, l’accès aux services Starlink moderniserait l’Italie en garantissant une connectivité sûre et fiable dans tout le pays, décrivant le PDG de SpaceX comme une figure de proue de l’innovation mondiale.
Elon Musk a d’ailleurs répondu à Matteo Salvini dans l’heure qui a suivi, qualifiant la perspective de « formidable » et prédisant que d’autres pays européens suivraient l’exemple de l’Italie.
En tant qu’État souverain, l’Italie dispose d’un pouvoir discrétionnaire total pour prendre des décisions et des actions souveraines, a rappelé un porte-parole de la Commission le 7 janvier, expliquant que l’accès aux services de SpaceX était compatible avec le projet IRIS2.
Le porte-parole a également rappelé que l’implication de l’Italie dans IRIS2 signifie qu’elle devrait accueillir trois centres de contrôle de la future constellation.
[Édité par Anna Martino]