Adolescent tué : le gouvernement craint l’escalade
40 000 policiers et gendarmes ont été déployés jeudi pour contenir les violences urbaines qui depuis la mort d’un jeune homme par balle mardi dernier ont monté en intensité. Les renseignements territoriaux craignent une généralisation des violences.
40 000 policiers et gendarmes ont été déployés jeudi (29 juin) pour contenir les violences urbaines, qui, depuis la mort d’un jeune homme par balle mardi dernier, ont monté en intensité. Les renseignements territoriaux craignent une généralisation des violences.
[Mis à jour à 14h02 avec les chiffres des interpellations actualisés.]
Des affrontements ont éclaté dès mardi soir en banlieue parisienne après qu’un jeune homme de 17 ans a été tué dans le cadre d’un contrôle de police. Le policier ayant tiré le coup de feu mortel a été placé en détention provisoire jeudi.
Ces violences urbaines se sont étendues à de nombreuses autres villes françaises dans la nuit de mercredi à jeudi. En marge de la marche blanche – marche silencieuse pacifiste d’expression de solidarité pour le défunt – organisée par la famille de l’adolescent, qui a réuni environ 6 000 personnes à Paris, des échauffourées ont eu lieu, et plusieurs destructions et pillages ont été reportés en France dans la nuit de jeudi à vendredi.
À Montreuil, dans la petite couronne parisienne, la situation a vite dégénéré et des centaines de personnes ont attaqué le centre-ville, avec pour objectif d’attaquer le commissariat. À Lille, la mairie de Fives a été victime d’attaques aux mortiers de feux d’artifice. Des incidents divers ont été relevés à Lyon, et des débordements ont aussi éclaté en Belgique, notamment à Bruxelles.
Selon une note des renseignements territoriaux de jeudi qui a été citée par plusieurs médias, « une généralisation » des violences est attendue dans les « prochaines nuits ».
Les services de renseignement craignent que les nuits à venir ne soient « le théâtre de violence urbaine avec une tendance à la généralisation » avec « des actions ciblées sur les forces de l’ordre et les symboles de l’État ou de la puissance publique ».
Plus tôt, la Première ministre Elisabeth Borne a appelé à « éviter toute escalade », peu après avoir participé à une cellule de crise interministérielle, convoquée par le président Emmanuel Macron. Ce dernier a notamment pointé les « scènes de violences […] intolérables » contre des « institutions de la République ». En effet, de nombreux lieux publics ont été pris pour cible par des manifestants : commissariats, lycées, mairies…
Après la troisième nuit de violences, 875 personnes ont été interpellées en France, dont plus de 400 à Paris et sa banlieue, selon les données du ministère de l’Intérieur vendredi. Pour contenir les débordements de la nuit de jeudi à vendredi, 40 000 policiers et gendarmes ont été déployés dans tout le pays, dont 5 000 rien qu’à Paris, contre 2 000 la nuit précédente. Le RAID, la BRI et le GIGN ont été engagés en réserve.
Le policier détenu provisoirement pour homicide volontaire s’est exprimé par la voix de son avocat Me Laurent-Franck Liénard dans la nuit de jeudi à vendredi, demandant « pardon à la famille ». Sur BFMTV, Me Liénard a ajouté : « Il n’a pas voulu le tuer ».
Les réactions politiques ont été extrêmement nombreuses. La gauche a d’une part dénoncé la stratégie de maintien de l’ordre et les pratiques policières dans le cadre des contrôles qu’elle effectue, et d’autre part accusé les forces de l’ordre d’être racistes.
« Les chiens de garde nous ordonnent d’appeler au calme. Nous appelons à la justice », avait déclaré Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, s’attirant les foudres du gouvernement qui, avec les associations d’élus, multiplient les appels au calme et à la désescalade des tensions. Le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti s’est indigné contre ceux qui « crachent sur la police et sur la justice » qui deviendraient, en faisant cela, « les complices moraux » des auteurs des violences urbaines constatées.
À droite et à l’extrême droite, certains responsables politiques ont demandé l’instauration d’un régime d’état d’urgence, à l’image d’Éric Ciotti (Les Républicains/PPE) et d’Éric Zemmour (Reconquête/NI, extrême droite). Cette possibilité a été écartée par Gérald Darmanin.
La dernière fois que l’état d’urgence avait été déclaré en France pour des émeutes similaires, c’était en 2005. À l’époque, des émeutes avaient commencé en banlieue parisienne en réaction à la mort de deux jeunes par électrocution alors qu’ils fuyaient un contrôle de police.
Lors des affrontements dans les jours qui suivirent, des forces de l’ordre qui subissaient des tirs de projectiles avaient lancé une grenade lacrymogène à l’entrée d’une mosquée. Cela avait envenimé la situation et les émeutes urbaines s’étaient étendues sur trois semaines. Le mouvement s’était aussi étendu à des communes partout en France, ce qui avait entraîné le déclenchement de l’état d’urgence par le gouvernement de l’époque.