Aide à la Grèce : nouvelles conditions allemandes
La Grèce doit accepter de nouvelles mesures d'austérité avant de recevoir une aide financière de l'UE, au risque de rendre hypothétique un éventuel soutien de l'Union si elle refusait, a déclaré à un journal le ministre allemand des finances Wolfgang Schaeuble.
La Grèce doit accepter de nouvelles mesures d'austérité avant de recevoir une aide financière de l'UE, au risque de rendre hypothétique un éventuel soutien de l'Union si elle refusait, a déclaré à un journal le ministre allemand des finances Wolfgang Schaeuble.
Criblée de dettes, la Grèce a d'ores et déjà annoncé des mesures d'austérité d'une valeur de plusieurs milliards d'euros, notamment via des augmentations d'impôt et des réductions des salaires des fonctionnaires. Toutefois, elle reste en négociation avec l'UE et le FMI pour adopter de nouvelles mesures.
Le fait que ni l'UE ni le gouvernement allemand n'aient pris de décision [concernant le déblocage de l'aide] signifie que la réponse peut être aussi bien positive que négative, a déclaré M. Schaeuble dans l'édition dominicale du journal Bild.
Cela va entièrement dépendre de la volonté de la Grèce de continuer dans cette voie, dans les années à venir, pour réaliser de strictes économies. Je l'ai clairement indiqué au ministre grec des finances.
Plus tard samedi, le ministre allemand des affaires étrangères Guido Westerwelle a fait écho à l'appel de M. Schaeuble, pressant la Grèce de proposer un plan de consolidation budgétaire qui persuaderait les pays de débloquer l'aide.
Le fait de savoir si la Grèce va oui ou non recevoir une aide de l'UE doit encore être décidé. Nous ne signerons pas un chèque en blanc, a-t-il dit lors d'un entretien sur la télévision ZDF.
Demande formelle de la Grèce pour obtenir l'aide
Vendredi (23 avril), la Grèce s'est inclinée face aux pressions des marchés financiers en demandant formellement l'activation d'un paquet d'aide conjoint de l'UE et du Fonds monétaire international (FMMI), estimé à 45 milliards d'euros.
L'opposition à un tel plan d'aide est forte en Allemagne. La chancelière Angela Merkel, qui doit faire face à une élection régionale cruciale le 9 mai, s'est retrouvée en difficultés, expliquant que l'aide ne serait accordée à la Grèce que si Athènes prenait des mesures supplémentaires pour réduire son déficit budgétaire qui s'est monté à 13,6 % de son PIB l'an dernier.
M. Schaeuble a déclaré qu'un programme de restructuration sévère pour les années à venir était inévitable, et constituait une condition absolument nécessaire pour que l'Allemagne et l'UE répondent favorablement à la demande de la Grèce.
Mais il a aussi clairement indiqué que l'Allemagne devait être prête pour soutenir la Grèce afin d'assurer la stabilité de la zone euro.
Nous défendons la stabilité de l'euro, parce que l'Allemagne tire avantage de la monnaie commune au moins autant que les autres membres de la zone euro. Aider la Grèce ne constitue donc pas un gaspillage de l'argent des contribuables, mais une décision basée sur les intérêts fondamentaux de l'Allemagne.
L'aide devrait arriver à temps
Dimanche (25 avril), le ministre grec des finances George Papaconstantinou a répondu en soulignant que son pays avait déjà adopté des mesures de rigueur et que l'aide inclurait des conditions strictes.
Il a affirmé que les négociations de renflouage avec le FMI et ses partenaires européens allaient dans le bon sens et qu'il était confiant du fait que la Grèce s'assurerait d'obtenir l'aide à temps pour la date limite du 19 mai.
La ministre française de l'économie Christine Lagarde a promis de tenir la Grèce responsable pour les politiques économiques inappropriées qui ont fait grimper le déficit budgétaire à 13,6 % du PIB en 2009 et ses dettes à 115 % du PIB.
Elle a qualifié le paquet d'aide de cocktail d'indulgence et de grande sévérité, affirmant au Journal du Dimanche que les partenaires de la Grèce contrôleraient de près ses progrès et mettraient le pied sur le frein si Athènes se désengageait de ses promesses.
La France et l'Allemagne, les deux plus importantes économies de la zone euro (qui compte 16 pays), devraient fournir près de la moitié de l'aide européenne.
Les craintes d'un défaut de paiement ont poussé les taux d'intérêts sur les obligations décennales au dessus de 8,7 %, ce qui représente 567 points de base au dessus des taux des obligations allemandes de référence.
En conséquence, il est devenu exagérément cher pour la Grèce de prendre en charge ses dettes astronomiques et la demande formelle d'aide a peu aidé à apaiser les pressions du marché.
Conflits à Athènes
L'opposition populaire à davantage de mesures d'austérité constitue l'un des principaux risques mettant en danger les projets économiques de la Grèce. La police antiémeute grecque a usé de gaz lacrymogènes contre des manifestants venus en masse dans le centre d'Athènes vendredi pour protester de nouveau contre les réductions budgétaires.
Un sondage publié samedi a montré que presque deux tiers des Grecs estimaient que le gouvernement socialiste du premier ministre George Papandreou était soit trop lent pour réagir ou n'avait pas géré de manière correcte l'économie alors que la crise financière s'aggravait.
Le quotidien de centre gauche Eleftherotypia a déclaré que le spectre hongrois planait sur le gouvernement de M. Papandreou. Les électeurs hongrois ont en effet sanctionné le gouvernement socialiste ce mois-ci après qu'il ait essayé de pousser en faveur de lourdes réductions budgétaires requises par le FMI.
(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EURACTIV).