Allemagne : après les élections de février, cette vague conservatrice qui pourrait emporter le Bundestag

Les élections législatives de février devraient faire entrer l'Allemagne dans une nouvelle ère, alors que les conservateurs de l'Union chrétienne-démocrate (CDU, PPE), les favoris des sondages, promettent l'application de politiques économiques très libérales.

EURACTIV Allemagne
Chancellor Scholz Speaks At The Bundestag Ahead Of Upcoming EU Meeting
Dans les urnes, les Allemands devraient choisir le « cap politique » du pays, à savoir si « nous nous faisons confiance pour investir puissamment dans notre avenir en tant que pays fort […] ou si nous mettons notre avenir en péril », a déclaré le chancelier sortant devant les législateurs du Bundestag. [Sean Gallup/Getty Images]

Les élections législatives de février devraient faire entrer l’Allemagne dans une nouvelle ère, alors que les conservateurs de l’Union chrétienne-démocrate (CDU, PPE), les favoris des sondages, promettent l’application de politiques économiques très libérales. Mais encore faudra-t-il qu’ils parviennent à constituter une coalition qui leur soit favorable. 

Olaf Scholz était de toute évidence conscient des conséquences historiques de son geste, au moment de demander aux députés allemands d’exprimer le 16 décembre dernier leur confiance dans le gouvernement, ouvrant de fait la voie à des élections législatives anticipées.

Les citoyens allemands vont donc choisir dans les urnes « le cap politique » que va devoir emprunter le pays, pour savoir « si nous nous faisons confiance pour investir puissamment dans notre avenir en tant que pays fort […] ou si nous mettons notre avenir en péril », avait déclaré le chancelier sortant devant le Bundestag.

Mis en minorité après le départ du Parti libéral-démocrate (FDP, Renew Europe), la coalition gouvernementale se savait condamnée et l’Allemagne se prépare aux élections du 23 février.

Les résultats de ce scrutin et les négociations de coalition qui s’ensuivront détermineront si l’Allemagne est en mesure de faire face aux profondes crises économiques et sociétales qui touchent le pays. Le Bundestag pourrait ainsi être balayé par un fort vent conservateur, à moins que le système politique allemand ne se révèle totalement bloqué.

Les défis que devra relever le nouveau gouvernement sont en effet nombreux. En raison des prix élevés de l’énergie, l’économie allemande, qui dépend des exportations, sera vraisemblablement entrée pour la deuxième année consécutive en récession. L’industrie automobile allemande est à la peine et une limite constitutionnelle à l’emprunt, « le frein à l’endettement », entrave les investissements publics.

Une situation qui pourrait encore s’aggraver si le nouveau président américain Donald Trump entre en guerre commerciale avec l’Union européenne (UE) et se désengage du terrain ukrainien. Berlin va devoir moderniser son armée et renforcer sa défense, trouver une réponse à l’immigration irrégulière et entraver la montée de l’extrême droite.

Un moment « à la Gerhard Schröder »

La situation n’est toutefois pas sans précédent. Il y a vingt-deux ans, l’Allemagne était qualifiée d’« homme malade de l’Europe » et des élections nationales se tenaient dans un contexte de croissance anémique et de chômage élevé.

Le chancelier de l’époque, le social-démocrate Gerhard Schröder (SPD, Socialistes et Démocrates européens) avait réussi à se maintenir au pouvoir en 2002, avant de mettre en place une refonte des assurances sociales et une déréglementation du marché du travail, un ensemble de réformes connues sous le nom d’« Agenda 2010 ».

Gerhard Schröder affirmait vouloir « exiger davantage de contributions de la part de chaque individu ».

Ces politiques marquées à droite lui avaient valu de perdre son poste avant la fin de son second mandat. Pourtant, même Angela Merkel (Union chrétienne-démocrate/CDU, Parti populaire européen), qui lui a succédé, avait reconnu que l’Agenda 2010 avait été un « succès », qui avait permis à l’Allemagne de connaitre la prospérité dans la décennie qui suivit.

De l’Agenda 2010 à l’Agenda 2030

D’après les sondages, un retour d’Olaf Scholz à la tête de l’État allemand semble peu probable. Le rôle de réformateur qu’avait joué Gerhard Schröder a dans le même temps été revendiqué par le champion de la CDU, Friedrich Merz, le grand favori du prochain scrutin. Se référant à l’Agenda 2010, le parti prépare un « Agenda 2030 », et de grandes réformes économiques seront présentées en janvier.

Et les propositions de la CDU semblent faire écho à celles de l’ancien chancelier. Selon Carsten Linnemann, le secrétaire général du parti et l’auteur du manifeste qui devrait servir de base à l’Agenda 2030, il est nécessaire de récompenser le travail et de libérer les ambitions individuelles. Il est donc pour lui essentiel de réduire les impôts et les prestations sociales, de déréglementer et de mettre en place une politique stricte de maintien de l’ordre public.

Carsten Linnemann espère que ces mesures permettront de relancer la croissance et de dégager les ressources nécessaires pour soutenir l’économie et renforcer l’armée allemande. Il s’agit en tout cas du programme le plus conservateur des forces politiques aspirant à la chancellerie depuis longtemps. Après trois années sous l’égide de la coalition semi-progressiste d’Olaf Scholz, l’Allemagne s’en trouverait transformée.

La guerre est finie (si vous le voulez)

Toutefois, l’avenir des projets de la CDU dépend de la possibilité du parti à trouver une majorité, de plus en plus difficile à obtenir en raison de la fragmentation de la scène politique allemande et de la montée du mouvement d’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD, Europe des nations souveraines), pour l’instant laissé derrière un cordon sanitaire.

Selon de récents sondages, le Bundestag pourrait avoir un visage tout à fait inédit. Deux partis historiques pourraient même disparaitre, les progressistes de Die Linke (La Gauche) et le Parti libéral-démocrate (FDP), fréquents partenaires de coalition de la CDU/CSU, ce qui renforcerait les mouvements anti-establishment que sont l’AfD et l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW).

La CDU pourrait alors former une coalition avec le SPD ou les Verts. Or, les responsables politiques chrétiens-démocrates reconnaissent que leurs réformes seront difficiles à mettre en œuvre avec l’un ou l’autre de ces deux derniers partis.

« Les Verts sont détachés de la réalité, très peu de choses seront possibles [avec eux], [et] c’est également un défi avec le SPD », a déclaré Markus Söder, chef du parti frère bavarois de la CDU, l’Union chrétienne sociale (CSU, PPE), après le lancement du manifeste.

Les Verts et le SDP semblent en effet décidés à bloquer la politique migratoire envisagée par les conservateurs, ils sont défavorables à l’abandon de certaines mesures en faveur de l’environnement et aux coupes prévues dans les aides sociales.

Pour Markus Söder, plus la CDU obtiendra de bons résultats, « plus nous pourrons mettre en oeuvre de mesures ». Les négociations pour former une coalition après les élections pourraient durer jusqu’au printemps.

Friedrich Merz pourrait se sentir rassuré par l’expérience de l’Agenda 2010 de Gerhard Schröder : le chancelier de l’époque avait dû négocier avec la CDU/CSU pendant des mois en raison de sa majorité de blocage à la chambre haute du parlement allemand, mais il avait finalement réussi à conclure un accord — six mois plus tard.

[Édité par Laurent Geslin]