Allemagne : le ministre des Finances défend le frein à l’endettement, utile pour contrôler l’inflation
Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, membre du Parti libéral-démocrate, a défendu le « frein à l’endettement » inscrit dans la constitution du pays contre les critiques de ses partenaires de coalition, arguant qu’il permet également de contrôler l’inflation.
Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, membre du Parti libéral-démocrate (FDP) a défendu le « frein à l’endettement » inscrit dans la constitution du pays contre les critiques de ses partenaires de coalition, arguant que le plafond fonctionne également comme un outil de contrôle de l’inflation.
Après une décision de la Cour constitutionnelle nationale qui a aggravé la situation budgétaire du gouvernement l’année dernière, le chef du parti libéral FDP a défendu le frein à l’endettement lors d’un évènement à Berlin lundi (15 avril). Il a déclaré que cette règle aidait le gouvernement à établir les bons objectifs et à éviter ce qu’il qualifie de dépenses publiques coûteuses.
Le rigoureux frein à l’endettement du pays, qui limite les déficits budgétaires annuels à 0,35 % du PIB, corrigé des variations conjoncturelles, a récemment été fortement critiqué, particulièrement par les partis au pouvoir avec le FDP au sein de la coalition, le Parti social-démocrate (SPD, S&D) et les l’Alliance 90/Les Verts (Verts/ALE). Ces derniers voient dans cette règle un obstacle aux investissements publics.
« Au cours des 15 derniers mois, nous avons régulièrement débattu de la question de savoir si l’Allemagne devrait adopter une politique budgétaire expansionniste », a-t-il expliqué, en faisant allusion au débat en cours sur l’adoption d’un tarif d’électricité subventionné pour les industries lourdes et aux appels pour une initiative similaire à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act, IRA) au niveau de l’UE.
M. Lindner a déclaré que le pays pouvait éviter ces deux options grâce au frein à l’endettement.
« Notre politique budgétaire modérément restrictive, [qui s’appuie] sur le frein à l’endettement, fait évoluer l’inflation dans la bonne direction, à savoir vers les 2 %, alors qu’aux États-Unis, nous observons d’énormes déficits budgétaires qui engendreront des coûts considérables en paiements d’intérêts dans les années à venir », a-t-il ajouté.
L’inflation américaine a diminué, passant d’environ 9 % à la mi-2022 à 3 % en juin 2023, avant de remonter légèrement à 3,5 % en mars 2024. En Allemagne, elle a culminé à 8,8 % en novembre 2022, puis a progressivement baissé pour atteindre 2,2 % en mars 2024.
M. Lindner a soutenu que le frein à l’endettement de l’Allemagne a empêché la hausse des prix grâce à l’augmentation des dépenses publiques, agissant ainsi comme un « frein à l’inflation ».
Cependant, ses déclarations contrastent fortement avec celles des entreprises et des syndicats, qui ont salué le système de subventions américain pour stimuler les investissements dans de nouveaux sites de production. Selon eux, l’Europe pourrait se retrouver à la traîne dans des secteurs industriels à fort potentiel de croissance.
Alors que l’économie américaine a progressé de 2,5 % en 2023, la production de l’Allemagne a baissé de 0,3 % au cours de la même période.
« Seules des réformes mineures sont nécessaires »
La controverse autour des règles allemandes s’est accentuée après qu’une décision en novembre 2023 par la plus haute cour du pays, a restreint l’usage des exceptions à ces règles lors de crises.
Le ministre a reconnu que « l’arrêt de la Cour constitutionnelle fédérale a considérablement renforcé l’application du frein à l’endettement, même d’une manière qui n’aurait pas été nécessaire à mon avis ».
Toutefois, tout en se montrant ouvert à quelques réformes mineures concernant l’application du frein à l’endettement, telles que le calcul de l’ajustement cyclique et le remboursement de la dette liée à la crise, il a déclaré qu’« au fond », aucune modification de la règle constitutionnelle n’était nécessaire.
La position du ministre a été partiellement soutenue par Lars Feld, économiste à l’Université de Fribourg et conseiller gouvernemental, qui a récemment publié un article affirmant que, depuis son introduction en 2009, le frein à l’endettement n’a pas entraîné de baisse de l’investissement public.
Il a également souligné que « le faible niveau d’investissement observé sur cette période peut aussi être dû au fait que l’investissement public avait déjà considérablement diminué auparavant, en particulier au niveau municipal, qui n’est pas directement touché par le frein à l’endettement ».
La politique fiscale manque de vision à long terme
Selon M. Feld, depuis 1995, les investissements publics ont été plus faibles en Allemagne que dans la plupart des autres économies industrialisées, atteignant en moyenne seulement 2,3 % du PIB, contre 3,7 % dans l’ensemble des pays de l’OCDE.
Cette situation n’est toutefois pas due à un manque de fonds, mais « plutôt à la bureaucratie, aux coûts élevés de planification et d’autorisation, ainsi qu’aux pénuries de personnel et au manque de main-d’œuvre qualifiée ».
M. Lindner estime qu’il n’est pas certain que l’économie puisse absorber une augmentation des dépenses publiques « sans nuire aux projets privés », étant donné sa capacité économique actuelle.
« Nous ne gagnerions pas grand-chose à financer de nouveaux projets publics supplémentaires au détriment d’installations de production supplémentaires », a-t-il affirmé.
Ses propos ont toutefois été contesté par Leonard Mühlenweg, économiste au sein du groupe de réflexion Dezernat Zukunft.
« Les capacités économiques ne sont pas indépendantes de la demande publique », a confié M. Mühlenweg à Euractiv. « Par le passé, une austérité excessive a réduit le potentiel de l’économie. Il y a un réel danger que cela se reproduise », a-t-il ajouté.
D’après le ministre des Finances, au vu des contraintes actuelles, l’Allemagne est sur la voie d’atteindre un ratio dette/PIB de 40 %, ce qui est nettement inférieur au seuil de 60 % fixé par l’Union européenne et à son niveau actuel de 64 %, a-t-il indiqué, évoquant un document du Conseil allemand des experts économiques.
M. Mühlenweg a ajouté : « Un autre problème majeur réside dans le fait que la politique fiscale allemande actuelle manque de vision à long terme. Cela crée beaucoup d’incertitude, ce qui pourrait finalement nuire également aux investissements privés ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]