Allemagne : l’extrême droite dépasse le SPD d’Olaf Scholz dans les sondages

En Allemagne, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne gagne en popularité, selon un récent sondage qui le place en deuxième position — devant le Parti social-démocrate d’Allemagne du chancelier Olaf Scholz.

Euractiv.com
German-Dutch joint cabinet meeting
D’après un sondage YouGov publié vendredi (9 juin), 20 % des électeurs allemands donneraient leur voix à l’AfD, parti d’extrême droite, ce qui en fait le deuxième parti derrière la CDU (28 %) et devant le SPD de M. Scholz (19 %). [ EPA-EFE/SEM VAN DER WAL]

En Allemagne, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) gagne en popularité, selon un récent sondage qui le place en deuxième position — devant le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) du chancelier Olaf Scholz.

D’après un sondage YouGov publié vendredi dernier (9 juin), 20 % des électeurs allemands donneraient leur voix à l’AfD, parti d’extrême droite, ce qui en fait le deuxième parti derrière la CDU (28 %) et devant le SPD de M. Scholz (19 %).

À l’origine, l’AfD a été fondée comme formation eurosceptique, avant de se tourner ces dernières années vers la droite populiste en mettant davantage l’accent sur l’immigration. Depuis le début de l’année, le parti a connu un regain de popularité inattendu, dépassant les écologistes (Alliance 90/Les Verts), un autre membre de la coalition tripartite de M. Scholz, à la mi-avril, d’après les sondages.

« Nous disposons d’un argument de vente unique. Contrairement à tous les autres, nous affirmons que les sanctions ne pénalisent pas la Russie, mais notre propre population », a confié Tino Chrupalla, coprésident de l’Afd, à la chaîne ZDF.

La migration à nouveau à l’ordre du jour

Cette situation est en partie due à la résurgence de la migration dans le discours public, a expliqué à EURACTIV Uwe Jun, politologue à l’Université de Trèves.

« Le sujet de la migration est récemment redevenu beaucoup plus important et lorsque ce sujet figure en tête de l’ordre du jour, l’AfD fait toujours un bond dans les sondages », a indiqué M. Jun à EURACTIV.

« La raison en est qu’un nombre considérable de personnes est favorable à la position de l’AfD sur le sujet. Il n’y a pas de majorité allemande en faveur de politiques migratoires libérales, mais plutôt une tendance vers une position plus restrictive », a-t-il expliqué.

Le nombre de demandes d’asile en Allemagne a augmenté de 80 % entre janvier et mars 2023 par rapport à la même période l’année dernière, selon l’Office fédéral pour la migration et les réfugiés.

Popularité du parti

M. Jun voit également la raison du succès de l’AfD dans le manque de popularité de la coalition de feu tricolore. Le SPD, les Verts et le FDP se sont empêtrés dans des querelles épineuses sur la politique énergétique et les dépenses. Selon plusieurs sondages, la coalition ne dispose plus d’une majorité à présent.

« Le vote de protestation joue un rôle lorsqu’un gouvernement ne parvient pas à satisfaire les électeurs avec sa politique — et c’est actuellement la perception qu’a l’opinion publique de la coalition en feu tricolore », a déclaré M. Jun.

Le succès actuel du parti n’est pourtant pas sans précédent. En 2017, lors des premières élections fédérales organisées après la crise migratoire de 2015, l’AfD a recueilli 12,6 % des voix, ce qui en a fait le plus grand parti d’opposition au Parlement. De plus, un sondage national l’avait placé en deuxième position devant le SPD avec 18 % des voix en 2018.

« [Cette situation] m’inquiète », a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz au sujet de la montée en puissance de l’AfD dans les sondages, lors d’un entretien avec le radiodiffuseur RTL. Toutefois, éviter de parler de problèmes évidents constituerait la « première grande erreur que l’on pourrait commettre ».

L’opposition a eu recours à des déclarations de plus en plus virulentes pour accuser la coalition d’être à l’origine de la montée de l’AfD dans les sondages.

Les sondages actuels mettent également le président de la CDU, Friedrich Merz, dans une position délicate : dans un entretien lors de sa première campagne pour la présidence du parti, il avait laissé entendre qu’il serait en mesure de « diviser par deux » la part de voix de l’AfD.

Différences géographiques

Il existe également de fortes disparités géographiques concernant la popularité du parti : l’AfD est le parti le plus populaire auprès des électeurs des Länder de l’est de l’Allemagne (32 %), qui appartenaient autrefois à la République démocratique allemande (RDA) communiste, selon un sondage Forsa réalisé en début de semaine — contre 13 % dans le reste du pays.

« L’AfD est particulièrement populaire en Allemagne de l’Est parce que la population est plus sceptique à l’égard de l’immigration et qu’il y a un potentiel plus élevé de votes de protestation », explique M. Jun.

Cette évolution sera particulièrement intéressante à l’approche d’une série d’élections régionales dans l’est de l’Allemagne en 2024. En Saxe, où les électeurs se rendront aux urnes à l’automne prochain, l’AfD avait réussi à obtenir un score de 27,5 % en 2019, arrivant en deuxième position derrière la CDU.

Toutefois, il reste à voir dans quelle mesure la récente montée en puissance de l’AfD dans les sondages entraînera des conséquences électorales.

« Il existe parfois un effet de mode, c’est-à-dire que lorsqu’un parti est populaire, certaines personnes le soutiennent en raison de sa plus grande popularité. Il est difficile de dire si cet effet joue également un rôle en ce moment », a déclaré M. Jun.

Il affirme que les choses « dépendent de nombreux facteurs » et qu’il est « difficile de prédire à ce stade » si le parti est en mesure de traduire son succès temporaire en succès tangible.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]